ACTE PREMIER
SALVIÈRE
Non, figurez- vous !
YVONNE
Elle n'a que dix vers, mais il n'y a rien de plus émouvant* du moin^, à mon avis.
SALVIÈRE
Ali! j'y suis... C'est celle qui commence par :
Il faut autant qu'on peut obliger tout le monde.
YVONNE
Mais non, ça, c'est La Colombe et la Fourmi.
SALVIÈRE
Alors, récitez-moi L'Oiseau blessé.
YVONNE
Oh ! non...
SALV1ÈRE
Puisque ça n'a que dix vers.
YVONNE
Ça ne fait rien. Je ne m'y attendais pas.
SALV1ÈRE
Allons! ne vous faites pas prier...
YVONNE
Oh! mon Dieu... pour dix vers... n'importe... je suis émue... C'est déjà en public...
(Se levant.)
l'oiseau blessé d'une flèche
Mortellement atteint d'une flèche empennée Un oiseau déplorait sa triste destinée, Et disait, en soufflant un surcroit de douleur : « Faut-il contribuer à son propre malheur! Cruels humains, vous lirez de nos ailes De quoi faire voler ces machines mortelles. Mais ne vous moquez point, engeance sans pitié : Souvent il vous arrive un sort comme le nôtre; Des enfants de Japet toujours une moitié Fournira des armes à l'autre. »