‹ L'oiseau blesséChapitre 36 sur 136 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

vite et d'incohérence qui n'est pas sans charme. Je m'explique parfaitement l'aventurequi lui est arrivée !... Enfin! Nous sommes très bien ensemble : elle m'a fait ses petites confidences et, pour me monlrer ses aptitudes, elle m'a récilé une fable de La Fonlaine. Et, ma foi, si bien, que j'ai l'intention d'en parler à Villerat pour sa prochaine soirée... à moins que tu ne me désapprouves.

MADELEINE

Du tout... du tout... C'est très amusant... Elle t'a récité une fable de La Fontaine!... Et nous qui nous imaginions tomber en plein drame !... C'est comme ce jeune homme, avec qui je viens de causer quelques instants... Certes, il est distingué... mais il est terriblement calme et froid pour une situation pareille... La mère est la seule des trois qui me paraisse normale : c'est une bonne femme... Ah ça! Pourquoi ris-tu?

SALVIÈRE

Je ris de l'espèce de déception que tu

éprouves. Tu as été profondément émue quand notre cousin t'a raconté cette histoire et alors, tu t'attendais à voir une famille en larmes et des gens traduisant leur désespoir avec des gestes pathétiques. Et voilà que tu es sur le point de ne plus t'intéresser à eux parce qu'ils s'expriment naturellement.

MADELEINE

Dis tout de suite que je suis théâtrale et romanésque !

SALVFÈRE

Non7 tu as au contraire la pitié la plus profronde et la plus franche, et il y a peu de femmes aussi délicatement sensibles que toi... Mais ton imagination a construit un drame et ia réalité t'en donne un autre. Alors, tu es surprise. Attends un peu : le vrai est peutêtre, au fond, plus poignant que celui que tu te figurais. La vie impose quelquefois le drame à des êtres très simples, et même comiques.

(Entrent Roland et Yvonne.)

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