ACTE DEUXIÈME
MADAME LAHONCE
Vous avez une belle confiance !
MADELEINE
J'aime mon mari, et lui. s'il ne m'aime pas, il imite du moins l'amour avec une telle perfection que je suis bien excusable de m'y laisser prendre... Alors, pourquoi voulezvous que je m'inquiète, que je me torture, parce qu'une jeune femme passe près de nous, même une jeune femme comme celle-là, d'une grâce originale et singulière, je le reconnais.,. Raymond la regarde parfois en souriant drôlement... je sais bien, mais qu'est-ce que ça prouve? Et puis, qu'est-ce que c'est que le sourire d'un homme?... On a ça pour rien...
(Elle se penche pour essayer d'écouter à travers la portière.)
MADAME LAHONCE
Vous êtes dans un état d'esprit excellent,
ma chère, et je regrette de l'avoir troublé. Mais je n'ai parlé que dans votre intérêt. L'homme le plus sûr et le plus fidèle a besoin de surveillance.
MADELEINE
Surveiller, c'est déjà être trompée... (Revenant un peu en scène.) Bah! le jour où il faudra sérieusement me défendre, eh bien, je me défendrai./; En attendant, j'aime mieux m'en rapporter à mon destin... Raymond et moi, nous nous sommes épousés par amour, et j'ai consolidé notre union de tant d'espoirs, de tant de dévouement, de sentiments si profonds, qu'elle résistera longtemps, je l'espère, aux petites femmes qui passent... C'est un trésor qu'on n'emportera pas facilement... il est bien lourd! La seule qui l'ait essayé autrefois a dû y renoncer très vite... Je m'en élais d'ailleurs aperçue à temps et j'avais fait tout ce qu'il fallait faire... Aujourd'hui, elle me donne des conseils de sœur et c'est une de mes meilleures amies. (Lui tendant la main.) Sans rancune.