ACTE TROISIÈME
YVONNE
Tout ça parce que je ne suis pas expansive, que je ne prononce pas de grands mots à tort et à Iravers et que je suis un peu méfiante. C'est curieux qu'avec toute votre intelligence vous ne compreniez pas le caractère d'une simple petite femme comme moi. Mais je vous aime bien, vous savez, et je suis très heureuse. Qu'est-ce que vous pouvez demander de plus?
SALVIÈBE
Rien, certes... Tu as pour moi une espèce d'affection et des sentiments obscurs que tu traduis admirablement par l'expression : « Je vous aime bien ». Et, en effet, je ne t'en demande pas davantage. Mais comprends donc que moi qui t'aime, moi qui ne peux plus, hélas! me passer de toi, je suis au supplice de te savoir errante dans Paris, avec l'un ou l'autre, à la recherche d'un plaisir, d'une distraction ou d'une aventure!... Tu m'échappes sans cess.e, je ne suis pas relié à ta vie! Je n'ai de toi que les rares minutes que nous
passons ensemble dans des endroits hasardeux où je vais en me cachant et où tu arrives en pensant à autre chose ! Tu me répondras que ce n'est pas de ta faute si je suis marié...
YVONNE
Dame! Moi, je ne vous empêche pas de m'accompagner partout, au contraire.
SALV1ÈRE
Tu sais bien que c'est impossible et que je n'ai pas le droit, qu'en tout cas je ne me crois pas le droit d'afficher une maîtresse... Je ne me crois pas non plus le droit de tromper ma femme, mais, celui-là, je l'ai pris à mes risques et périls et entraîné par la fatalité de notre rencontre...
YVONNE
Oh! je ne vous reproche pas d'aimer votre femme. Au contraire, je trouve ça très bien Vous aimez votre femme, vous avez une maîtresse. C'est à vous de vous débrouiller làdedans.
SALV1ÈRE
Ne me rends donc pas la situation encore plus délicate, encore plus compliquée, ne me la rend£ pas douloureuse avec tes vagabondages !...
YVONNE
Mes vagabondages! Mais, vraiment, ne dirait-on pas que je mène une vie scandaleuse! Vous semblez oublier que moi aussi j'ai des ménagements à garder, que je vis dans ma famille, entre ma mère et mon frère, et que j'élève mon enfant! Vous me parlez d'une façon blessante et que je ne mérite pas, Raymond. Je vous prie de vous arrêter...
SALVIÈRE
Oui... je m'arrête... je m'arrêta. . et je me demande pourquoi je te dis des choses dont la prodigieuse inutilité m'apparaît avec éclat... Tu as raison! tu as raison. Ne me réponds même plus quand je t'interrogerai... et,
lorsque tu me verras jaloux comme aujourd'hui, contenle-toi de me regarder avec les yeux que tu as maintenant... Je comprendrai.
YVONNE
Alors, je suis toujours ta petite Yvonne, qui est gentille, au fond, sans l'ombre d'une méchanceté ni d'une arrière-pensée, avoue-le !
C'est vrai... tu n'es pas méchante. Tu te contentes de suivre ta jeunesse et d'obéir à ton goût de la vie... S'il me fallait dire de quoi est faite notre liaison, et ce qu'elle contient, j'en serais incapable... Elle contient peut-être un désastre et peut-être la plus commune des aventures... Tu es une lumineuse petite comète qui décrit autour de moi une trajectoire dont j'ignore la loi.
YVONNE
J'aime bien quand vous me parlez comme ça, car je comprends.