ACTE TROISIEME, CINQUIEME TABLEAU
LE SAPIN
Je vous remercie, mon vénérable père... Mais comme j'aurai déjà l'honneur d'ensevelir les deux victimes, je craindrais d'éveiller la juste jalousie de mes collègues; et je crois qu'après nous, le plus ancien et le plus digne, celui qui possède la meilleure massue, c'est le Hêtre...
LE UÊTRE
Vous savez que je suis vermoulu et que ma massue n'est point sûre... Mais l'Orme et le Cyprès ont de puissantes armes...
l'orme Je ne demanderais pas mieux; mais je puis à peine me tenirdebout... Une taupe, cette nuit, m'a retourné le gros orteil...
le cyprès
Quant à moi, je suis prêt... Mais, comme mon bon frère le Sapin, j'aurai déjà, sinon le privilège de les ensevelir, tout au moins l'avantage de pleurer sur leur tombe... Ce serait illégitimement cumuler... Demandez au Peuplier...
LE PEUPLIER
A moi?... Y pensez-vous?... Mais mon bois est plus tendre que la chair d'un enfant!... Et puis, je ne sais ce que j'ai... Je tremble de fièvre... Regardez donc mes feuilles... J'ai dû prendre froid ce matin au lever du soleil...
le chêne, éclatant d'indignation.
Vous avez peur de l'Homme !... Même ces petits enfants isolés et sans armes vous inspirent la terreur mystérieuse qui fit toujours de nous les esclaves que
nous sommes!... Eh bien, non! C'est assez!... Puisqu'il en est ainsi, puisque l'heure est unique, j'irai seul, vieux, perclus, tremblant, aveugle, contre l'ennemi héréditaire !... Où est-il?...
Tâtonnant de son bâti • Tyltyl.)
tyltyl, tirant son couteau de sa poche.
C'est à moi qu'il en a, ce vieux-là, avec son gros bâton ?...
Tous les autres arbres, poussant un cri d'épouvante à la vue du couteau, s'interposent i
tiennent le chêne.)