‹ L'oiseau d'orageChapitre 4 sur 4 · HÉLÈNE · texte numérisé non relu

HÉLÈNE

J'écrivis aussitôt un billet où semblait se résigner un amour que je n'éprouvais pas, mais où pleurait un regret sincère dont l'accent tromperait l'amie trop clairvoyante. J'acceptais le mélancolique rendez-vous qu'elle m'assignait, au seuil de la vieillesse. Je n'essayais pas de discuter son irrévocable et nécessaire décision.

Je restai longtemps pensif, dans la poignante tristesse du mensonge qui déshonorait ses adieux. Persuaderais-je Hélène? m'absoudraitelle, la poésie de l'abnégation amoureuse déco-

rant mon souvenir ? Ah ! que je l'avais mal aimée après l'avoir aimée si bien I Pourquoi n'avais-je pu oublier que j'étais un homme, quand elle n'avait gardé de son sexe que la grâce et la douceur?

Et je mesurais ma lâcheté, mon impuissance, les revanches imprévues de l'orgueil et de la chair, et la boue où s'engluent nos rêves, condamnés à tendre sans l'atteindre vers le double idéal de la beauté parfaite et du parfait amour.

Paris, 1894.

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