SCÈNE VIII
AN GÈLE
Relevez-vous !... Mais vous souffrez?
CLARISSE
Oui... oui... mais cela p asse!... Je vous revois et., je renais!...
ANGÈLE
Je ne vous comprends pas, madame !
CLARISSE
Cesl que... depuis que je vous ai vue... j'ai appris qui vous étiez... il faut qu'à mon tour je vous dise...
ANGÈLE, elle s'éloigne Je ne vous demande rien, madame...
Clarisse, douloureusement Oh ! j'ai connu votre mère !
ANGÈLE
Ma mère! Ah! parlez-moi d'elle alors, et je n'aurai plus de haine pour vous!... car la nuit la plus sombre s'est répandue sur son souvenir. Elle est morte quand j'étais tout enfant, il n'y avait dans la maison de mon père, ni une lettre, ni un portrait, ni un bijou qui vinssent d'elle.
Il est de fatales situations pires que la mort, mon
enfant, et qui plus impérieusement qu'elle imposent et
commandent l'oubli. — Peut-être votre mère fut-elle bien
coupable? Peut-être votre père a-t-il voulu effacer en-
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tièreinent son nom de votre mémoire? Peut-être n'estelle morte que pour vous?... et vit-elle, éloignée, courbée par le repentir, condamnée par votre père?
ANGÈLE
Quel crime peut commettre une mère qui l'empêche d'embrasser sa fille? Si elle vit, ma mère, pourquoi n'est-elle pas auprès de moi dans les heures où tant de douleurs m'oppressent? Pourquoi n'egt-elle pas auprès de mon père, ruiné, malade, et que ses soins et son amour soulageraient et sauveraient peut-être, quelque faute qu'elle ait commise!... Ah! vous voyez bien que ma mère n'est plus de ce monde!
CLARISSE
Et, si, cependant, elle réapparaissait tout à coup dans votre vie, et commençait par vous imposer un sacrifice immense, au-dessus de vos forces, peutêtre
ANGÈLE
Ma mère, j'en suis sûre, né me demanderait rien que de juste.
S'il fallait pour elle, pour cet amour qu'elle vous apporterait si tardivement, renoncer au plus cher espoir de votre cœur?...
(Jean parait au fond.)
ANGÈLE
Le jour où ma mère m'aurait baisée au front, en m'appelant son enfant, je n'aurais plus d'espoir qui ne rut réalisé.