SCENE l
CLARISSE
Cette sympathie est bien naturelle, madame ; j'ai eu de grands malheurs dans ma vie et cela me rend compatissante pour les femmes.
ROSE
Qui se perdent... C'est cela que vous voulez dire.
CLARISSE
Non, mon enfant, je n'avais pour vous aucune injure, ni sur les lèvres, ni dans le cœur, et si vous étiez malheureuse, j'airrierais que vous vinssiez à moi -avec confiance... si toutefois vous m'en jugiez digne.
ROSE
Oui, j'aurai' volontiers confiance en vous. — A peine si nous avons causé deux ou trois fois ensemble, lors des visites que je faisais ici, avant d'y venir définitivement demeurer, mais vous m'avez toujours paru bonne et je suis toute disposée à avoir avec vous d'amicales rolations.
CLARISSE
Gela sera facile; je suis seule presque tout le jour. Cette petite porte donne dans mon salon; le verrou est de mon côté. Je ne le mets jamais.
Je n'abuserai pas de votre gracieuseté pour êtreindiscrète.
CLARISSE
Et vous n'aurez à craindre de moi aucune importunité. Je suis un peu secrète- en ce qui me concerne et
je respecte les secrets des autres... M. Léon ne m'a jamais dit son nom, et, comme je ne loue que ceci, je n'ai, Dieu merci, pas de livre de police et je ne le lui ai point demandé.
ROSE
Vous savez le mien, cependant.
CLARISSE
Je sais que vous vous appelez Rose, M. Léon vous a nommée devant moi. — Les étrangers me nomment madame Duclos, les amis m'appellent Clarisse, vous choisirez de ces deux noms, Rose, celui qui vous plaira le mieux. Au revoir. Si vous avez besoin de quelque chose, sonnez, Gertrude vous répondra. — Je vais diner, voulez-vous partager mon repas?...
ROSE
Merci, madame, Léon viendra me prendre.
CLARISSE
A votre aise et au revoir.