LA BELLE INCONNUE
Oil vas-tu, pale amie, au fil de l’eau berceuse, Immobile et les bras poses sur tes genoux ? Ton esquif, en frolant les roseaux et l’yeuse, Devra-t-il te conduire a quelque rendez-vous ?
Quel penser s’elabore au fond de tes prunelles ? Regrettes-tu, ce soir, quelque amant trepasse ? Ou, peut-etre, veux-tu que revivent en elles Les souvenirs qu’evoque un malheureux passe ?
Tu parais inclinee a la melancolie ;
Ton corps est diaphane en sa robe de lin ;
Douce evocation de la vierge Ophelie
Qui se penche au miroir d’un etang cristallin.
Recherches-tu la plage oil jamais Ton arrive, Le bonheur si lointain que toujours tu revas, Ou quelque rare fleur marchant a la derive, Que malgre tout effort les doigts ne cueillent
Dis-moi, belle Etrangere, es-tu done l’exilee Que l’abandon frappa d’un fatadique ennui, Ou tentes-tu d’atteindre, 6 Muse inconsolee, Le Desir et l’Amour en fuite dans la nuit ?