‹ L'ombrelle--le gant--le manchon;Chapitre 25 sur 28 · A RIT · texte numérisé non relu

A RIT

> s > LE TT FE : AUS — Sie >< < re — defifain; Cest la Poussaint, il féra-froid.… va m’ach ter un manchon... prends-le beau... qu'il dure long-

temps; j'ai peur des engelures pour cet hiver. »

Puis, lorsque Jacques rapporta le manchon: « Il est bien joli, dit Francine, je le mettrai pour sortir. »

Le lendemain, jour de la Toussaint, à l’angélus de midi, elle fut prise par l'agonie et tout son corps se mit à trembler, « J’ai froid aux mains, murmurat-elle, donne-moi mon manchon » — et elle plongea ses pauvres mains dans la fourrure.

« C’est fini, dit'le médecin à Jacques, va l’embrasser»; et Jacques colla ses lèvres à celles de son amie. Au dernier moment, on voulut lui retirer le Manchon, mais elle y cramponna ses mains.

« Non, non, dit-elle; laissez-le-moi : noussommes dans lhiver, il fait froid. — Ah mon pauvre Jacques! »

— Et Francine meurt sans quitter son Manchon. — Histoire lugubre et poignante, comme l’œuvre de Murger, en général; — le Manchon de Francine sera peut-être le chapitre le plus durable de la Vie de Bohème. — On n’a pu mettre cette scène réaliste au théâtre, mais un peintre, M. Haquette, l’a admirablement exécutée dans l’une de ses meilleures toiles exposées à l’un de nos Salons annuels.

C'est que le Manchon évoque. . 1 bien des idées tristes pour les âmes 4 > sentimentales et charitables; ce meuble d'hiver rappelle ê les misères de ceux qui sont sans feu ni lieu, ni vêtements confortables, et lorsque la bise souffle au dehors,

que la neige tombe mollement dans un calme sombre,

plus d’une jeune fille rêveuse, accoudée près de la fenêtre, laisse tomber son Manchon en songeant aux infortunés qui souffrent, aux cigales insouciantes et

aux laborieuses fourmis dont la fortune adverse a trompé la prévoyance.

Le Manchon, ce cachottier, cache bien des détresses : on le voit aujourd’hui aux mains de toutes les ouvrières et modistes qui partent dès le matin, l'hiver, de leur demeure pour l'atelier lointain ; et cela serre | le cœur de voir tous ces petits Manchons misé- |

rables faits de lapin ou de chat noir, desquels sort souvent la pointe dorée d’un petit pain et le papier graisseux qui enveloppe une char-

cuterie chlorotique ou un Arlequin acquis au marché de la première heure. Le Manchon qui réchauffe tant de jolies mains laborieuses et vaillantes semble, en hiver, être le refuge de la vertu grelottante mais victorieuse.

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