‹ L'omelette; scène de ménage [par] A. Erhard, racontéeChapitre 1 sur 1 · L'omelette; scène de ménage [par] A. Erhard, racontée · texte numérisé non relu

L'omelette; scène de ménage [par] A. Erhard, racontée

15 Exemplaires sur Whatman bleuté, N° i à 15 (épuisé). 45 — Papier Vergé de Hollande, N° i6à 60 (épuisé).

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La femme a besoin d'être domptée, et s'en trouve bien.

(Procdiion, Notes et pensées).

J'ai bien du chagrin. . . oui. . . vous allez le comprendre.

Certes, Paul est pour moi très bon, très doux, très tendre,

Mais. . . (Paul, c'est mon mari, depuis bientôt un mois ;

Il m'adore, il le dit du moins, et je le crois ; )

Mais. . . le lendemain même ! . . . Enfin, voici l'histoire :

Oh! elle restera longtemps dans ma mémoire.

Bien longtemps ! . . . C'était donc le lendemain du jour

Qui, comme il le disait, couronnait son amour.

Du jour après lequel, depuis près d'une année,

Il soupirait, du jour enfin de l'hyménée.

> Nous étions tous les deux au coin de notre feu.

Sur nos lèvres encor voltigeait un aveu ;

Nous regardions bondir puis s'éteindre la flamme,

Nous nous parlions, non pas de la voix, mais de l'âme.

Parfois nous échangions un regard, lui joyeux.

Moi troublée et baissant timidement les yeux.

Il s'était rapproché, son fauteuil était contre

Le mien. . . J'étais émue, heureuse. . . Il sort sa montre

( Celle que bon papa venait de lui donner):

— Diable! dit-il, midi? Nous allons déjeuner.

N'est-ce, pas ma chérie ? Oh !.. . et moi, pauvre folle.

Qui croyais qu'il allait me dire une parole

Aimante ! . . . Il avait bien autre chose à songer !

Il avait faim! Monsieur ne songeait qu'à manger !

Hier j'étais pour lui le seul bien souhaitable ;

Aujourd'hui ce n'était plus moi, c'était la table!

Il avait faim ! . . . Déjà ! . . . Comme vous pensez bien,

A ce manque d'égards je ne répondis rien.

Mais il reprit: — A quoi songez-vous, ma chérie?

Oh! la rêveuse!. . . Eh bien?. . . Voyons, je vous en prie.

Donnez l'ordre qu'on serve au plutôt le repas ;

Et, comme de nouveau je ne répondais pas,

Il me regarda, puis d'une voix plus aimante,

Plus douce, il ajouta: — Vous n'êtes pas souffrante,

Marthe ? — Non. .. seulement. .. — Seulement ? — Seulement

Jamais je n'aurais cru. . . Je le dis, là, vraiment. . .

Qu'aujourd'hui vous auriez si faim! — Ah! ça, ma chère, Fit-il, on déjeunait pourtant chez votre mère.

— Oh! c'est bien différent! — Je ne vois pas en quoi. Voypns, faites servir; je meurs de faim, ma foi.

Je vis bien qu'il fallait obéir sans réplique ; Mais que faire ? J'avais. . . à chaque domestique. . . (C'était gentil) j'avais. . . (ne pouvant pas prévoir. . . Pour rester seuls. . .) donné congé jusques au soir. Juger de mon émoi : comment oser lui dire ?. . . Mais loin de se fâcher, il se mit à sourire.

— Ah? diable ! (C'est son mot.) Nous voici dans un grand Et cruel embarras. Aller au restaurant?

Non . . • Moi qui m'étais fait une si douce fête

Dà déjenner ici tous deux en tête-à-tête.

Diable! Comment sortir de là? C'est ennuyeux.

Non ; point de restaurant, de regards curieux.

C'est le temple qui sied au bonheur, non l'auberge. . .

Parbleu ! Voici. Je vais envoyer le concierge

Nous acheter du pain, du beurré, quelques œufs;

Nous déjeunerons là, comme deux amoureux. ^

On peut se contenter fort bien d'une omelette.

Quand l'amour l'assaisonne. Allons, vite l'emplette !

Dix minutes après on apportait les œufs. Jusqu'ici ce n'est rien. Voici le douloureux.

Ne s'avise-t-il pas de m'ordonner de faire L'omelette ?. . . — Pardon ; ce n'est pas mon affaire, Lui dis-je. — Ni la mienne. — Et puis je ne sais pas. ije mentais; mais on doit mentir dans certains cas.) Me faire faire, à moi, sa fenwne! . . . à moi qu'il aime!. . . Tout bas je me disais : tu la feras toi-même. Et, j'espère, méchant, que tu la brûleras. Mais lui, sans s'émouvoir : — Bah ? vous ne savez pas ?

— Non, monsieur, je ne sais comment il faut s'y prendre.

— Et bien! Marthe, dit-il, je m'en vais vous l'apprendre Oh ! n'ayez pas cet air contrit et malheureux.

Rien de plus simple, allez : on casse, on bat ses œufs,

On verse dans la pocle, est l'omelette est faite.

Et je dus, de mes mains, faire son omelette !

Je n'en ai pas mangé ; plutôt que d'y toucher

J'aurais ! . . . Oh ! je ne sais. . . Lui, calme, sans broncher,

Sans s'occuper de moi, remplissait son assiette;

Il mangeait, il buvait. .'. Il finit l'omelette !

Je voyais maintenant ce que c'est qu'un mari :

La douleur secouait mon pauvre cœur meurtri ;

En vain je m'efforçais de cacher mes alarmes !

Je ne les contint plus, et je fondis en larmes.

Il m'attira vers lui, m'assit sur son genou,

Et moi, je me repris à pleurer. . . dans son cou.

A la fin il me dit: — La tête n'est pas bonne ;

Heureusement le cœur vaut mieux; je vous pardonne.

C'est lui qui me pardonnait 1 Avouez que c'est fort Me pardonner, à moi qui n'avais aucun tort \ . .

J ai loui un a maman. Maman m'a dit : — L est i^rave ; C'est ainsi qu'un mari fait de v<As son esclave.

— Son esclave, maman ? — Dame ! a-t-elle ajouté, Tu comprends? Si tu fais toujours sa volonté !

— C'est vrai ; mais l'embarras où je suis est extrême ; S'il se fâche ? — Tant pis pour lui. — C'est que... je l'aime. Oh ! oui, je l'aime ! . . . — Après ?. . . Belle raison, ma foi : Est ce que je n'ai pas aimé ton père, moi ?

Oui ; mais voilà. . . Maman est hardie et tenace ; Ce n'est pas comme moi : moi, je manque d'audace ; Je n'ose pas ; sans ça. . . Maman est dans le vrai ; Je le sens bien, hélas î . . . Si j'osais ? . . . J'essaierai . . . Oui ; je veux essayer. Après tout, c'est justice Que l'homme après avoir fait le maître obéisse. Ma foi, chacun son tour ; je ne vois pas pourquoi La victime, s'il en faut une, serait moi ? La loi n'accorde à l'homme aucune préférence. . . Esclave ! . . . En Orient, je veux bien ; mais en France ! C'est trop humiliant. . . Ah ! j'ai trop attendu ! Mais je rattraperai vite le temps perdu ! Il luttera ? Tant mieux ! je ne crains pas la guerre ! Venez, mon cher époux, vous ne vous doutez guère

De ce qui vous'attend et qui vous pend au nez. . . Ah ! d'avance je ris de ses airs consternés. . . Quitter une femme humble, et soumise, et craintive, Et retrouver. . . Ah ! Ah !.. . Arrive, Paul, arrive. .

C'est lui!.

Mon Dieu, pourvu que le dîner soit prêt Courons m'en assurer. . . Vite ! . . . Il me gronderait.

Asnicres. — Imp J. Chevallier, 30, rue Parnienticr.

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