LE PRINCE DU « RECORD » ET LA REINE DU « RECORD
— Je me demande lequel est le plus fatigué de nous deux, vous ou moi ! ,
mis d'y revenir et se tint parole royalement — et qui, bientôt, l'accaparera des années durant. A Londres, il est toujours tenu par sa situation d'héritier de la couronne : à Paris, il n'est que prince de Galles et les princes de Galles ont, depuis plus d'un siècle, une réputation qui ne laisse rien à désirer. Du petit au grand, les journaux à caricatures ne veulent
* Il s'agit, ici, d'un portrait particulièrement hideux qui figurait sur la couverture d'un des nombreux Jubilee Number publics à propos du cinquantenaire de la Reine.
caricatures du journal The Bulletin, de sydney. (Juin 1897).
LE PRINCE DE~GALLES DEVANT l'huMoUR ANGLAIS 2?
plus voir en lui qu'un royal bambocheur. Même lorsqu'il s'agit d'entrevues officielles, d'alliances, de politique européenne, cette tendance se laissera, toujours, nettement percevoir. En 1891, la légende d'une petite vignette de Marais, dans Y Echo du Boulevard, relative à la visite de l'Empereur allemand à Windsor, est tout à fait suggestive. Guillaume et Edouard viennent de souper et, pour bien définir leur personnalité, pour mieux accentuer la si considérable différence entre eux deux, le dessinateur a mis dans leur bouche ces deux affirmations diamétralement opposées « Equilibre européen, triple alliance, sacrés français / » dit le neveu, ce à quoi l'oncle répond par : « Folies Bergères, Moulin-Rouge, jolies françaises ». Et il en sera éternellement de même jusqu'au moment où Edouard de Galles se transformera en Edouard VII.
A la vérité, deux parts sont à faire dans la vie du prince : la part du devoir et, si j'ose m'exprimer ainsi, la part du feu.
La part du devoir, c'est l'Angleterre, et le Punch est là pour noter, pour fixer par son crayon, toute la succession des événements : revues de la marine, semaines de Cowes — des années durant le prince sera le grand patron des régates — visites souveraines à Windsor, exposition, concours, fêtes de toutes sortes, voyages dans les cours étrangères, tout ce qui constitue la vie officielle, publique, d'un représentant de famille royale et d'un futur monarque. Les images ici reproduites traduisent de façon exacte la façon dont Y humour anglais entendait interpréter les faits et gestes du prince héritier.
La part du feu, ce sera, surtout, l'affaire de la caricature étrangère, trop heureuse de pouvoir, en la circonstance, satisfaire à des rancunes de toutes sortes et donner libre cours à cette vieille haine anti-britannique qui apparaît, en quelque sorte, comme l'antipathie originelle des gens de la terre ferme contre les gens de la mer, des habitants du continent contre les habitants de cette île qui, par le fait de leur isolement en plein Océan, entendent également vivre, isolés du continent, ne voulant rien savoir de ses besoins et de ses intérêts, mais prétendant quand
même, grâce aux qualités indiscutables de leur esprit d'initiative et d'aventures, à une sorte d'hégémonie sur le monde et sur les continents nouveaux.
Qu'elle vienne de France, d'Allemagne, d'Autriche, de Russie, ou même de Hollande, qu'elle soit inconsciente ou non, cette antipathie, en réalité, aura toujours pour raison, les mêmes causes, et, dans la caricature, elle se manifeste, dès l'origine, sous des formes bien définies; tantôtpersonnelle, tantôt impersonnelle.
Personnelle, ce seront les attaques dirigées contre la reine Victoria ou le prince de Galles; — les premières n'auraient que faire ici et peuvent être toujours considérées comme déplacées — les secondes, déjà entrevues, nous allons les passer rapidement en revue ; — impersonnelle, ce seront les images, nombreuses au point qu'on ne saurait les apprécier, qui s'attaquent au bouledogue anglais, au gros et gras .John Bull.
Mais il importe de remarquer ceci: c'est que tant qu'Edouard fut prince de Galles, la caricature française montra à son égard une bienveillance qui, pour être différente de celle du Punch et des journaux anglais, n'en fut pas moins très réelle. Elle lui savait gré d'aimer Paris; elle n'oubliait pas qu'il passait pour être l'arbitre suprême du bon ton, qu'il était un de ceux qui décidaient de la mode et des élégances, dont la société était recherchée par tous les partis et que familièrement le parisien, ce grand enfant, appelait « Galles ».
« Nous aurons Galles ». Qui ne se souvient de la fameuse invitation qui tint un jour tout Paris en émoi !
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Croquis de George Omry.
(L' Autocycle illustré, mai 1897).
Que le prince de Galles ait usé et largement de la vie, qu'il ait, de ce fait, par sa situation de prince héritier, prêté le flanc à des attaques plus ou moins justifiées venant de journaux et de crayons hostiles, c'est là un fait qu'on ne saurait nier, mais il importe, étant donné la facilité de l'image à toujours grossir les choses, de bien définir le véritable caractère du souverain actuel.
Aux journaux qui, par la plume et par le crayon, représentèrent le prince de Galles traînant la couronne dans le ruisseau, il est nécessaire de faire remarquer ceci. Contrairement aux princes de Galles, ses ancêtres, qui ne furent que des inutiles et des oisifs, — l'un d'eux, même, restera le type du mauvais garnement couronné — Albert-Edouard dépensa dans tous les domaines une très réelle activité, et se montra aussi ardent aux plaisirs, aux entreprises amoureuses qu'esclave de ses multiples devoirs de princehéritier.