LE CAUCHEMAR DU ROI EDOUARD
— La plus grande ennemie de l'Angleterre sanctifiée, et voici Krùger qui. à son tour, apparaît avec l'auréole du martyre.
LE ROt EDOUARD AU TSAR
— Vois un peu, neveu, tous ceux qui sont là étendus^ C'est mon œuvre ce sont les camps de concentration.
Caricatures de J f.insc e \y. Henrirus (Nedet landsche Spectalor, de La Haye, tood et 1906).
— Edouard abandonnant l'Allemagne (Borussia) pour voguer vers son cher cousin de Russie, à Cronstadi. (Sipy, de Prague, 1 906)1.
— Voilà Majesté, un manteau de couronnement qui vous ira à ravir.
— Allongez encore la queue de 50 centimètres. Il s'agit de relever le prestige de l'An^'eterre aux yeux du monde entier!...
Caricature de Henry Somm (Le Rire, 28 décembre 1901}
Guillaume et Edouard; la Monarchie et la République.
Un commencement d'Enquête.
ITJSE LETTRE DU GÉNÉRAL DE GALLLFFET — RÉPONSES DE MM. ALBERT LTJMBROSO, GUGUELMO FERRERO, EDMOND PICARD, EUGÈNE RITTER, LABADIE -LAGR AVE, ÉMILE YUNG.
Mon livre sur Lui qui a été l'objet de multiples appréciations dans la presse du monde entier m'a valu une volumineuse correspondance.
De cette correspondance, qui m'est précieuse, mais qui n'a pour l'histoire qu'un intérêt secondaire, je ne veux retenir que les deux faits suivants, caractéristiques entre tous.
« Lui seul » m'écrivaient les uns, « et c'est là l'indice de son incontestable supériorité, est à même de fournir une aussi ample moisson d'images », alors que d'autres me demandaient si je ne comptais pas, également, faire entrer dans ma galerie des Célébrités cette autre figure, cette autre personnalité royale : Edouard VII. Ceux-ci, assurément, ne se doutaient point que, dès l'origine, la publication d'un recueil consacré au roi d'Angleterre avait été .chose arrêtée dans mon esprit- Un ancien ministre de Sa Majesté, dont le nom est bien connu en France, m'avait fait justement remarquer : « Vous avez consacré tout un volume à l'Empereur d'Allemagne; comme Anglais je ne crois pas être trop exi-
géant en vous demandant si vous ne réserverez pas quelques pages à la si sympathique figure de notre souverain : un bon Anglais qui n'oubliera jamais qu'il fut un bon Parisien ».
Aux opinions ainsi franchement émises, aux questions ainsi nettement posées, le présent volume répond amplement puisque les quelques pages souhaitées», «désirées», se trouvent être un volume, et que ce volume, au point de vue abondance des documents, intérêt et esprit des images, ne le cède en rien à Lui.
L'Oncle de l'Europe peut, donc, être considéré comme une réponse directe aux opinions émises par la presse allemande, puisque celle-ci dans sa majorité, d'accord en cela avec plusieurs de mes correspondants, avait cru pouvoir affirmer que nul autre souverain ne se prêterait à une pareille publication. « Celui qui voudrait faire, quelque jour, pour Edouard VII eé qui vient d'être fait si abondamment pour Lui », écrivait un journal rhénan, « serait sans doute obligé de renoncer à son projet en présence du peu de documents qu'il rencontrerait ».
En réalité, cette affirmation, réduite à néant par les documents publiés ici même, ne manquait pas d'une certaine véracité ; elle était parfaitement soutenable, surtout pour des gens peu familiers avec la satire et l'imagerie, puisque Edouard n'est un des grands arbitres, un des grands directeurs de la politique européenne que depuis quatre années, à peine, tandis que, depuis bientôt vingt ans, Guillaume emplit le monde de ses projets aventureux, de ses idées hardies, de ses conceptions toujours originales. Certes, le prince de Galles n'est pas né d'hier, le prince de Galles qui, on vient de le voir, attirait l'attention des crayons, à l'étranger comme en Angleterre, mais fut-on même, comme l'a été Edouard, le plus populaire d'entre les princes habitués à régner sur l'asphalte parisienne, cette popularité n'a rien de commun avec celle dont jouit un personnage de la taille et de l'envergure de l'Empereur et ce n'est pas dans un rôle relativement effacé de prince consort, que l'on peut attirer sur soi l'attention du monde.
Eh bien ! malgré cet état d'infériorité au point de vue du temps, du nombre des années, quand on a parcouru le présent volume, la popularité d'Edouard, quoique d'origine plus récente, apparaît, sous le crayon des dessinateurs, au moins aussi considérable que la popularité de Guillaume II.
L'Oncle de l'Europe se trouve donc trancher, de façon décisive, le point de comparaison qu'on avait cru pouvoir établir entre Guillaume et Edouard.
Ceci dit, j'entre dans le'vif de la question en répondant au désir nettement formulé par nombre de mes correspondants.
« Vous avez fait sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat », m'écrivaient ces derniers, « une enquête qui n'a pas eu seulement l'attrait de l'actualité, mais qui, encore, a fourni de précieux documents sur la mentalité de l'Europe et des hommes éminents de l'étranger en cette matière spéciale. Pourquoi donc, ne demanderiez-vous pas à ceux qui constituent cette élite intellectuelle, politique et sociale, ce qu'ils pensent de l'Empereur Guillaume et des principaux monarques, ses collègues ? »
A vrai dire l'idée n'était point banale et, conséquemment, bien faite pour me séduire. Mais trouver sa forme, le moyen pratique de la mettre en œuvre n'était pas chose facile.
Comparer entre eux des souverains d'inégale puissance n'aurait eu qu'un intérêt secondaire et, d'autre part, borner une enquête à quelque simple et banale comparaison entre Guillaume et Edouard risquait fort de donner quantité de réponses éternellement identiques. . ^ j
GUILLAUME ET ÉDOUARD
i. — Dans dix jours, quand ma montre marquera midi, je serai un monarque sacré et dûment enregistré!
,2. — Et je dirai, hélas! en regardant ce portrait-estampe, signé Boissonnas et Taponnier (un souvenir de la rue de la Paix), je dirai, voilà comme j'étais hier...
5. — Et voila eOinuii.nl je sciai demain. . Une « bûche » comme nous disons au baccara. 4'. — Quel bonheur pour le roi que le prince de Galles n'ait pas eu cette affaire réfrigérante au-dessus de sa tête lors des bamboches dans Paris !
i. — quand j'étais prince de galles.
Chapitre de mémoires inédits, recueilli par Caran d'Ache. (Le Journal, 1903)
Il fallait, donc, lui donner, par ailleurs, un autre intérêt, l'agrandir, ft lèver, la faire monter des hommes jusqu'aux institutions elles-mêmes, demander aux contemporains, non seulement d'apprécier les deux gouvernants les plus en vue de l'Europe, mais encore d'acquérir le recul et l'impartialité suffisants pour s'élever, d'eux-mêmes, jusqu'au rôle d'historien.
Depuis que la République Française est venue rompre l'unité monarchique d'autrefois, la comparaison entre les deux formes actuelles de l'organisation politique, quoique pouvant donner lieu à des appréciations constantes et quotidiennes, n'a jamais été portée sur le terrain élevé de l'étude et de l'observation. L'occasion était, ainsi, particulièrement propice. \
Mais quand et comment procéder ? \
Fallait-il joindre à l'Oncle de l'Europe une enquête portant uniquement sur un souverain qui jouit de la sympathie universelle"; ne valait-il pas mieux mettre en parallèle Edouard et Guillaume ? Fallait-il publier immédiatement cette enquête ; ne valait-il pas mieux attendre que la plupart des souverains aient eu le temps de défiler devant cet objectif si particulier et si concluant, quoi qu'on puisse dire, de la satire et de la caricature, puisque très certainement, certaines comparaisons intéressantes pourraient intervenir, par la suite, entre Guillaume, Edouard, François- Joseph, Victor-Emmanuel et même Alphonse XIII.
Et, d'autre part, quels points d'interrogation terribles la situation politique actuelle ne dresse-t-elle pas devant nous ? Que va-t-il nous venir de la Sainte Russie d'autrefois, pour ne parler que d'un seul des fameux points noirs jadis chers aux discours du trône, Napoléon III régnant?
Ajoutez à cela le temps plus que limité pour une enquête de pareille importance, une enquête, comme me le faisait observer un de mes honorables correspondants « demandant des connaissances merveilleuses, et une longue étude, dépassant l'intelligence, pour aller jusqu'à. la voyance. »
J'avais, juste, un mois devant moi pour formuler l'enquête, l'adresser... et attendre son résultat. C'était vraiment trop peu et, cependant, en ce court espace de temps, plus de cent réponses me sont parvenues, les unes d'une longueur démesurée, les autres résumant en quelques lignes, brèves et pour ainsi dire, lapidaires, les trois questions par moi posées ; -r-le tout formant un volume d'une étendue telle qu'il me faut forcément remettre à plus tard la publication de cette enquête; qu'il me faut, dès à présent, concevoir un livre spécial qui apparaît, logiquemént, comme la conclusion de cette vaste étude graphique sur les souverains.
Mais, pour faire connaître aux savants, aux historiens, aux psychologues du monde entier, les conditions et les formes de ce questionnaire, j'ai pensé que le mieux était, d'abord, de publier ce questionnaire lui-même, ensuite de choisir, dans l'ensemble des documents que j'avais par devers moi les quelques réponses typiques, je veux dire à la fois les plus complètes et les plus brèves, les plus serrées et les plus fantaisistes. L'espace limité de ces volumes ne me permettait, du reste, pas de faire mieux.
Voici, donc, en premier lieu, les questions posées par mon enquête : on trouvera, à la suite, les réponses. \
^mLIiAtTME ET ÉDOUARD
Texte des Enquêtes