LÂCHÉ
Edouard (sourd de bonheur)
Kruger (amer). — Et dire cependant, Marianne, qu'il n'y a pas trois ans que c'était moi qui étais ton gros chéri ?
Elle. — Oui, mais, mon oncle, vous étiez trente-six mois plus jeune !
Caricature de C. Julio {La Réforme, de Bruxelles, 1903).
* La caricature belge (!!) — peut-on qualifier ainsi une caricature qui n'a plus d'organes attitri s et dont le principal crayon, pour ne pas dire l'unique," est Julio, artiste de très grande allure, mais d'origine italienne — n'a public que très peu de satires illustrées sur le roi Edouard VII. Parmi les quelques unes qui prirent place dans la Réforme, un quotidien illustré, une seule seulement a pu être retrouvée par moi.
cravate de ce genre, sont pour l'Anglais, la caractéristique du Français. Or, le Roi est à Paris et il s'agit de célébrer l'alliance française.
Mais en costumant ainsi le souverain, on n'a jamais eu l'intention — il importe de le bien affirmer et d'insister sur ce point — ni de le ridiculiser, ni de s'écarter du loyalisme dont j'ai indiqué le très particulier caractère.
Et c'est également pour rester conforme à cette tradition que M. Ally Sloper se confond en amabilités, en hommages, en respects vis-à-vis du très Gracieux, très Aimé et très Populaire Souverain, dont il est particulièrement fier, à qui il offre son tilbury, son
l'oncle de l'ettrope
yacht et à qui, s'il l'osait, il offrirait volontiers... sa femme Et cela est si vrai que, elles-mêmes, les images irlandaises1 si différentes de forme et de fond, de la caricature anglaise ne caricaturent jamais le Souverain. Lorsque l'on voit en une' composition quelconque apparaître le Roi, il est toujours figuré de la plus respectueuse façon et, seule, la légende indique qu'il y a eu une recherche, une intention satirique.
J'ai déjà exposé, en ses grandes lignes, l'attitude de la caricature européenne vis-à-vis d'Edouard. Ce qu'on pourrait ajouter, ici, ne modifierait rien aux sentiments qui ne cessent de se manifester de côté et d'autre, à propos de tel ou tel fait ; mais il est certains points, certains côtés, qu'il convient d'enregistrer pour l'histoire. Les voici. : lors de la maladie du Roi, au moment du couronnement, l'on put remarquer l'âpreté de plusieurs caricatures venant de France, d'Italie" ou d'Allemagne. Le Wahre
Caricature de il. Dipaquit (Cocorico, ,,, , . . .. .
i" mai 1902). 1 égard du souverain anglais.
— Vous ferez ajouter sur mes carts de vVite, immédiatement après « Empereur des Indes »: « Protecteur du Transvaal >'. - A'icz !
Jacob, de Stuttgart, s'inspirant plus ou moins, de la danse des morts, idée toujours vivace en Allemagne, représenta un moribond, un cadavre ambulant couronné, tandis que VUomo di Pietra, de Milan, esquissait le roi de l 'appendicite. J'ai pensé qu'il était bon de reproduire une de ces vignettes, puisqu'il s'agit, ici, d'un document de nature à fixer sur les véritables sentiments des pays étrangers à
«'L'ONCLE DE l' EUROPE" ET SES PARTICULARITES
Au sujet de la guerre du Transvaal, si heureusement terminée par ce prince qui, du jour au lendemain, s'est affirmé roi pacifique et grand politique, on a déjà pu voir combien l'image avait été injuste à l'égard du prince de Galles. Il en sera de même à l'égard du Roi (1).
La très remarquable lithographie de Grandjouan : Les Guerres de son Règne (il s'agit de Victoria), d'un effet si saisissant, d'un réalisme si poignant — je crois devoir la citer et non la reproduire — a cependant, par sa légende, remis les choses en place. Car voici le vœu qu'elle porte, — c'est la Reine qui parle — : « 0 mon fils, arrête cette dernière guerre ! Si tu pouvais voir ce que je contemple pour l'éternité! t
Or, justement, le fils a arrêté la guerre et pacifié les esprits. Et cette vérité c'est un journal à caricatures, accusé (Vanglophobie, qui la reconnaît et qui la proclame ! (2).
(1) Le Transvaal aura eu, débarrasser de toutes les satires, de toutes les violences graphiques d'autrefois, ayant pour sujet l'Irlande. De celleci, qui, pendant si longtemps, avait été le grand cheval de bataille de V anglofhobie, c'est à peine si l'on trouvera trace
à présent.
L'Irlande continue bien, de temps à autre, à protester ellemême — je viens d'indiquer la nature de ses protestations — par les imageries aux si vives et si amusantes couleurs du Weékly Freeman, mais les quotidiennes attaques du Charivari et autres journaux ont, depuis longtemps, pris fin.
(2) Cette caricature a été publiée dans leifr'redu 2 fév. 1901
du moins, le grand avantage de nous
— Edouard VII, comme son ami et neveu, ayant l'habitude de tendre violemment son oreille droi.te. lorsque quelque chose le préoccupe désagréablement, voici comme on peut se le représenter à la réception des dernières nouvelles de l'Afrique du Sud.
(Jugend, de Munich, juin 1900.
Quoi qu'il en soit du petit au grand, en France, en Allemagne, en Hollande, tout particulièrement, l'imagerie satirique, n'en a pas moins continué ses attaques aussi violentes qu'injustes contre Edouard VII. J'ai déjà dit, plus haut, ce qu'il fallait penser de cette anglophobie qui a rempli certains journaux, comme le Simplicissimus, de compositions d'une âpreté sans égale. Ici, c'est Edouard VII se livrant avec les généraux du Transvaal aux plus crapuleuses orgies ; là, ce ne sont que têtes de mort, pyramides de blessés, — ailleurs — l'image à laquelle je fais allusion a été publiée par les Humoristische Bldtter de Vienne, — l'on verra la Serbie répondant au Roi (on sait que depuis l'assassinat des souverains serbes, l'Angleterre a rompu toute relation diplomatique avec le pays) qu'avant de se montrer si difficile, il ferait bien de balayer sa porte de tous les cadavres boërs qui l'obstruent.