DOMESTIQUE
M. ROUSSET
Au moment où Léon parait sur le seuil, il s'élance, secouant le volume au-dessus de sa tête, et presse son fils dans ses bras.
Embrasse-moi!...
Trappant sut* le volume.
Pourquoi n'as-tu pas mis ton nom?...
LÉON, interdit.
Mais. . . mon père. . .
M. ROUSSET, insi»tant.
i*ouiquoi?. . . J'aime fort ton ouvrage! . . . Il faut, quand on publie, en avoir le courage ; Trouves-tu que ton nom manque de dignité?...
Rousset, — Rousseau, — que diable! on Ta déjà porté!...
LÉON
Je craignais que ce nom. . .
M. ROUSSET, avec l'eu.
Bien trop de modestie Quand on vient, comme toi, d'engager la partie! ... C'est à dessein qu'un père entrave son enfant. . . La volonté s'aiguise aux choses qu'on défend, Et les vocations qui défoncent les portes Sont, à n'en pas douter, des vocations fortes ! ...
Se retournant vers Dufcrnciy.
N^est-ce pas, Dufemay, que vous pensez ainsi ?
Se relournant vers son ÛU.
Or, puisque ce volume a si bien réussi,
Je veux te voir, mon fils, marcher la tête hante!
Tu peux prétendre à tout, tu parviendras sans fante!. .
Fc retournant ver» Etienne Dufemay.
N'est-ce pas, Dufernay, qu'il peut prétendre à tout?
Montrant le livre.
C'est une dot, cela, pour les gens de hou goût! C'est, sous ton pied qui marche, une route aflermie ! Te voilà des salons et de l'Académie!...
ETIENNE, souriant.
Vingt ans, c'est un peu jeune. ..
M. ROUSSET, vivement.
Et pourquoi, s'il vous plaît?
Qui l'empébhe? cela dépend du hruit qu'on fait : La clameur des journaux. . .
ÉTtENNE, souriant.
Encor faut-il attendre.:
Nul n'a parlé...
M. ROUSSET
Comment?
C'est facile à comprendre !
M. ROUSSET, indigné.
Mais à quoi songent-ils? je vous demande un peu!
ÉTIRNNE*
Le livre est tout nouveau. . . le poète. . .
M. ROUSSET, frappant sur la table.
Morbleu!
J'ai mon journal ici, — je ne préviens personne.