‹ L'oncle Million: comédie en cinq actes et en versChapitre 22 sur 122 · ACTE I, SCÈNE ÏX · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE ÏX

Morbleu ! qui parle en vers?. . . La belle invention ! Est-ce que j'en fais, moi?. . . L*imagination !. .. Est-ce que j'en ai, moi?. . . Fils de mes propres œuvres, n m*a fallu, mon cher, avaler des couleuvres Pour te donner un jour le plaisir émouvant De guetter, lyre en main, l'endroit d où vient le vent ! Ces frivolités-là, sagement entendues.

Sont bomies, si Ton veut, à nos heures perdues. Moi-même, j'ai connu, dans une autre maison, Un commis, bon enfant, qui tournait la chanson, Mais qui savait, du moins, ne se monter la tête Que pour un mariage ou bien pour une fête...

Toi, tû prétends rimer... perpétuellement!... Voyons ! est-ce fondé sur wi raisonnement?

Vivons-nous poup cela? Groi&-tu qu'il soit bien rare D'accommoder des mots d'une façon bizarre?

As-tu même, un grand point que je dois éclaii'cir, La réputation qu'il faut pour réussir?

LÉON, exaspéré.

Nous verrons.!.

H. ROUSSET

Ail ! fort bien, tu vas à l'étouidie !

Croisant ses bras.

Pourrais-tu seulement faire une tragédie?

LÉON, avec résigaation.

S'il faut que je m'y mette...

M. ROUSSET, vivement.

Au diable [, . . Avise-t'en !

Malheureux!...

LEON

Mais jadis tu ne criais pas tant, Quand, dans ton cabinet, une fois par semaine, T^ me faisais, de force, avaler Théramène,

Et souvent au dessert, ce qui te semblait beau, Réciter la Laitière avec Maître Corbeau!...

H. RODSSET.

Que viens-tu nous chanter? La distance est extrême Entre orner sa mémoire et composer soi-même !

LÉOK, avec feu.

Mais, mon père, entre nous, ces hommes immortels, Debout sur leurs tombeaux comme sur des autels. . . Racine et Poquelin, Lafontaine et Corneille, Dont tu gardes les vers, ainsi qu'une merveille, Dans ces grands livres bleus ornés de tranches d'or... ils composaient, pourtant ! . . .

M. RODSSET, brusquement.

C'est bon quand on est mort !

LÉON, avec force.

Mais je vivais, quand, fier de mes succès en classe, Tu me donnais, un jour, ce beau fusil de chasse! Mais je n'étais pas mort, quand, pour mes vers latins. Tu passais ta journée à bénir les destins; Et qu'ébloui d'un fils qui savait lire Homère, Tu priais à dîner les adjoints et le maire !

Eh bien, moi, que veux-tu? par Virgile bercé. J'ai pris goût, sans malice, au miel qu'on m'a versé; Et si tant de raisons défendent que j'y touche, C'était un crime, alors, de m'en frotter la bouche !

M. ROnSSET.

Je ne répondrai pas. C'est absurde. Tu sais Qu'on apprend le latin pour savoir le français; Voilà tout. Quant aux vers, dans une langue morte..,

LEON, gesticulant.

Ce sont toujours des vers ! . . .

H. RODSSET.

Que le diable t'emporte !

Vois Clara, vois ta sœur, dont l'esprit est plus sain;

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