‹ L'oncle Million: comédie en cinq actes et en versChapitre 78 sur 122 · ACTE lY, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCÈNE I

Mais c'est manquer, sans honte, à toute bonne foi ! Je n'aurais jamais cru ces choses-là de toi !.. .

ALICE, émue.

Tu Taimes donc, au fond?

' CLARA, trépignant.

Oui! oui! oui!... Je suis lasse D'attendre ainsi! de voir mes compagnes de classe Dont sept fois par semaine on demande la main ! Hier c'était Lucile, et c'est Rose demain.

Je n'y tiens plus. . . je crois qu'au nez de ma famille J'épouserais Popin, plutôt que rester fille, S'il mettait au contrat cet article si doux, Qu'on ne fera jamais de musique chez nous !

ALICE, souriant i\ demi.

Quoi ! ma pauvre Clara. . .

CLÂBA|, avec humeur.

Laisse-moi, je te prie ; J'ai ma légèreté, — j'ai mon étourderie; — Mais, malgré le bon sens qu'on t'accorde partout. Cette façon d'agir m'étonne jusqu'au bout!

Pour déti'ôner Léon, pour effacer mon frère, Dis, qu'as-tu remarqué de beau dans ce notaire? Par quel aimant si fort a-t-il pu t' attirer? Trouveras-tu chez lui de quoi désaltérer Cet amour des beaux-arts )et de la poésie - Qui fait de toi, ma chère, une femme choisie? A-t-il, pour te charmer, ces dehors séduisants Qui surprennent le cœur aux filles de quinze ans? Je ne vois, pour ma part, qu'un mortel ordinaire, Peu lyrique à coup sûr et peu visionnaire, Et c'est précisément ce qui m'attache à lui. . .

D'un ton menaçant.

Tu pleureras demain ta faute d'aujourd'hui !

lOé^ L'OMGLE MILLION.

AUGE

Mais tu saurais déjà, si tu pouvais m'entendre, Que je n*ai pour cet homme aucun sentiment tendre.

CLARA, amèrement.

Et tu l'épouses!...

ALICE

Moi ? . . . plutôt mourir!

CLARA, ébahie.

Vraiment?

Tu n'as pas oublié ton autre engagement?. . .

ALICE

Hélas! . . .

CLARA 9 bondissant.

Et je m*escrime, et tu me laisses dire, Sans qu'un mot de ta bouche abrège mon martyre! Ah ! tu l'aimes toujours... Écoute, écoute un peu : Ce cher Léon ! . . . Tois-tu. . . si je me pique au jeu, Vous braverez bientôt la fortune contraire...

Ouvrant les bras avec majesté.

Alice Dufernay, je t'accorde mon frère!

ALICE, avec trislcsse.

Tout est fini, Clara!...

CLARA

Gomment, tout est fini ?

Tu restes bras ballants et droite comme un, Quand du matin au soir la lutte te réclame!

Heureusement pour vous, j'jsd plus de feu dans l'âme. Et je force demain mon père au repentir ! . . .

ALICE

Une chose, Clara, dont je dois t'avertir,

C'est que probablement ni toi ni moi, sur terre.

N'avons lieu do prétendre à la main du n^Jaire.

Page 1