‹ L'oraison [microforme]Chapitre 7 sur 37 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

” De la présence de Dieu dans l’oraison

Puisqüe l'oraison est une audience que Dieu nous accorde, uñ intime entretien de notre âme avec Lui, il est de toute nécéssité de se mettre en la présence de Dieu dès le début de l’oraison, et de s’y maintenir le plus possible jusqu’au derniér moment de cet exercice. ‘Quand ‘vous êtes à l’oraison, dit sainte Chantal, il ne faut voir ni écouter autre chose que Dieu; s’il se présentait à vous même un ange, vous ne devriez pas le regarder, car vous parlez à plus grand que lui’ (1).

Même quand nous faisons des considérations ou des réflexions sur nous-mêmes (dont nous parlerons plus loin,) nous devons garder le sentiment au moins implicite de la présence de Dieu. Demeurons avec lui, sans le perdre de vue, com-

(1) Vie et Œuvres, III., p. 267.

ST

me on demeure dans la société d'un in.

terlocuteur, sans toutetois le regarder fixement tout le temps de la conversation.

Combien d'âmes se détournent de Dieu pour se replier sur elles-mêmes ou se perdre dans de pénibles raisonnements :

elles ont quitté la chaleur pour le froid glacial. L'oraison perd ainsi sa fécondité et ses attraits.

Il faut convenir que l'application de ce principe ne va pas sans difficultés.

Nous ne jouissons pas en effet de la vision béatifique des élus, ‘‘du face À face'’ avee Dieu, selon le mot de saint Paul(1), sans nuages, sans voiles, ‘‘tel qu'il est, sicuti est”? selon une autre parole de saint Jean(2). Il faut attendre le ciel pour goûter ce bonheur. Ici-bas, nous sommes voyageurs, dans la voie, ‘‘in via,"’ disent les théologiens. Notre âms est emprisonnée dans le Corps; nous sommes comme des passereaux alourdis dans la chair.

(1) 1 Cor. XIII, 12, (2) Joan, III, 2,

En ve

1 4 Certains saints ont pu quelquefois, par 1 à 4 miracle, être tirés partiellement de cet - 1 état d'infirmité comme l'exprime énergi-

quement le mot extase (ex-stare). Leur corps alors touchait à peine ou cessait Sp méme complètement de toucher la terre.

, # leur âme semblait prendre son vol, comil # me la colombe, vers les purs sommets * 2 et regarder fixement, comme l'aigle, le

? divin Soleil de Justice. C'est là une

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> 2 :xception à laquelle nous ne saurions pré 4% ‘endre sans une ex""ssive témérité.

É Nous sommes donc ‘'its à chercher

% Dieu comme à tatons ; et, pour continuer

2 la pensée de saint Paul, ‘à le voir cea- | % me dans un miroir et dans une sorte «. énigme: videmus nunc per speculum et in œnigmate'’(1). Une énigme! c’està-dire un problème dif'cile à déchiffrer, un écheveau de fils qu 1 faut débrouiller avec patience. Un miroir! le mircir de la création, mais dont la surface est plutôt dépolie, ternie par d’épaisses vapeurs, et ne nous offrant qu’une image vague et &> fuyante. Notre condition, d’après sainte

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(1) 1 Cor. XIIT, 12.

Thérèse, est à peu près celle d'un aveu gle, qui sent, qui perçoit avec certitude, la présence d’une Personne que ses yeux Sont incapables de voir. Condition pénible, mais meilleure que si l’aveugle était Seul. Mieux vaut étre avec Dieu dans les ténèbres qu'avec toutes les créatures imaginables au grand soleil.

On comprend, dès “8, que l'oraison ‘soit ‘‘un exercieo,?” C'est-à-dire un travail, qui exige notre application et qui coûté. I] faut faire p'éssion sur notre âme pour la plonger dans le divin et l'y Maintenir, tout comme on presserait sur "7 merceau de liège pour l’enfoncer dans l'eau, sous peine de le voir remonter tout de suite à ]a surface,

Ainsi s'expliquent uussi les ‘distraotions que sans miracle nous ne pouvons ‘éviter. Nous ÿ Consacrons tout un chapi- ‘tre. Notons seulement iei, à Ja grande ‘Consolation des âmes pieuses, que Îles distractions dont elks se désolent, ont, pour'ainsi dire, leur place marquée par ‘Dieu dans l'oraison. ME

Nous savons maintenant qu'il est à la fois nécessaire et difficile de demeurer en

veu.

ude, Yeux )éni- “tait lans ur

l1 présence de Dieu pour converser avec lui.: Terminons ce chapitre par quelques conseils pratiques.

Avant tout commencez par un acte de foi énergique qui vous saisisse immédiat:ment de la pensée de Dieu. Un signe de croix bien tracé vous y aidera, en consacrant toute votre personne à la très.

sainte Trinité et en vous rappelant la Rédemption du Calvaire. Puis dites une prière, celle-ci par exemple :, ‘mon Dieu, je crois fermement, sur l'autorité de votre sainte parole, que vous êtes ici présent et que vous êtes dans le fond de mon cœur aussi véritablement que vous etes dans le ciel au milieu des anges et des saints. O souveraine majesté de mon Dieu, je me prosterne et vous adore !

Captivez mon attention, délivrez-moi des distractions, maintenez-moi tout entier dans l'attitude du respect et de l’adoration.”

Il est des imes auxquelles ce simple acte de foi saffit. D'autres ont besoin

le réfléchir davantage. Voici quelques

considérations qui pourront les ajder.

Représentez-vous Dieu présent partout

EN

par son immensité, par sa toute-puissance et sa science, vous enveloppant de son être mieux que l'océan, les poissons, mieux que l'atmosphère, les oiseaux. ‘Il n'est pas éloigné de nous, dit saint Paul, car en lui nous avons l'être, le mouvement et la vie : Quamois non longe sit ab unoquoque nostrüm, in ipso enim vivimus et movemur et sumus.”’(1).

Dieu scrute et pénètre les ténèbres les plus profondes du cœur humain : Omnia nuda et aperta sunt oculis ejus'’(2). Il nous soutient par sa force à tous les instants de notre vie; qu'il retire sa main et nous retomb-rons immédiatement dans le néant.

Ces différentes pensées composent ce que l'on appelle la méthode philosophique.

La théologie nous en fournit une autre.

C'est de se représenter Dieu surnaturellement présent dans notre âme par la grâce sanctifiante, Nous sommes alors

(1) Act. XVIIL. 27, 28.

(2) Heb,, IV. 10.

, à e ra

entente

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dans

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participants de la nature divine: Divinæ consortes naturæ'’(1). Et ce Dieu en trois personnes, que nous aimons par la charité, vient en nous et fait en nous sa demeure : ‘Si quis diligit me, ad eum veniemus et mansionem apud eum faciemus'"(2). Réjouissons-nous : il fait ses délices d’habiter cet humble tabernacle :

deliciæ meæ esse cum filiis hominum(3).

Surtout travaillons à orner cette demeure de pureté, d’humilité, de charité, de recueillement, pour la lui rendre plus agréable, A l'oraison, pour rencontrer Dieu, vous n’avez donc qu’à fermer les veux au monde du dehors, à entrer en vous-mêmes, à regarder dans votre cœur Telle était à peu près la méthode de Sainte-Thérèse. Mais c’est Notre-Seigneur qu'elle se sentait portée à considérer ‘‘comme présent au fond de son àme,'” plutôt que la Trinité tout entière ; et c’est dans ce sanctuaire qu'elle contemplait les mystères du Sauveur.

L'exemple des saints nous fournit pré-

(IPS FREE (2) Joan. XIV, 23.

(3) Prov. VIII, 31.

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cisément une troisième sorte de métho.

de: Pour aider nos sens infirmes à se fixer, ils nous font trouver Notre-Seigneur dans quelqu'un des mystères de sa vie : nous agenouiller devant son berceau au temps de Noël, l'accompagner dans s£ Passion au temps du Carême, le voir resplendissant de gloire pendant le temps pascal, le suivre et l'entendre sur: les routes de la Judée et de ja Galilée en temps ordinaire, Mais c’est surtout aux pieds de la Croix qu'ils nous convient : ‘Mes frères, disait saint François d'Assise à ses religieux, en leur présentant un grand crucifix, voilà notre unique livre! Je suis trop pauvre pour vous en fournir un autre.: mais il vous suffira.” Quel dialogue enivrant que. celui qu'on sait faire avec le divin Crucifié!

Bon -nombre d’âmes ne se plaisent qu'en présence du tabernacle: «i elles n'ont pas la joie de prier dans le lieu saint, elles se tournent d'esprit et de cœur vers ce divin aimant. - Elles se sentent émues de pouvoir dire à leur bienaimé: ‘‘O Jésus-Eucharistie, 6 notre Emmanuel, je sais que vous êtes là, der.

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rière la porte dorée de votre prison d'amour, derrière le voile si léger des saintes Espèces. Je viens m'entretenir avec vous.” Comme le brave paysan dont parle le curé d’Ars, ces âmes simples et ferventes avisent le tabernacle et Jésus les avise. Faites souvent de même.

Par cet exercice préparatoire, vous aurez déjà atteint directement votre bon Maître, avant toute autre méditation de votre sujet d’oraison; vous lui aurez rendu vos devoirs d’adoration, d’admiration, de louange, de remerciement, d’amour, de joie ou de compassion, en attendant les affections plus élargies qui naïîtront des ‘considérations que vous allez faire avec les lumières de votre divin interlocuteur.

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