‹ L'ordre de Malte dans la ville d'ArlesChapitre 25 sur 129 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SOMMAIRE : Les Grands-Prieurs se fixent à Aries. — L'église et la maison Saint-Jean de Saint-Gilles sont rebâties. Ce quVtait qu'un Grand-Prieur. — Fondation d'une galère par Lussan. — Un de ses jugements. — Mort de Lussan, de Vaqueyras, Grand-Prieur de Toulouse, et de Gaspard de Barras, commandeur de Saliers. — L'Hôtel Saint- Jean d'Aries, siège du Grand-Prieuré. — Balthazar d'Agout-Moriès, Grand-Prieur, sa mort. — Quelques réunions de chevaliers de Malle. — Classement des archives.

|epuis quelque temps déjà les Grands- Prieurs habitaient Arles. Le 15 janvier 1615, parut le décret de l'Ordre qui sanctionna cet état de choses (i). La maison de la commanderie de Trinquetaille, assise sur les bords du Rhône, dans la ville, fut unie avec tous ses meubles au Grand-Prieuré ; elle devint la demeure propre des titulaires. Néanmoins Esparbès

X. D'après ce même décret, après la mort de Lussan le nouveau commandeur de Trinquetaille devait acheter un logement dans Arles, pour lui et ses successeurs. Cest la raison pour laquelle François de Vintimille OUioule, nouveau titulaire, fit l'acquisition, le 15 janvier 1627 de la maison d'Armentaire Barracan, à l'angle de la me Balze et de la me du Collège (aujourd'hui maison Canton) ; si quelques-uns des derniers Grands-Prieurs ont habité THôtel devenu le Grand-Prieuré, appartenant alors à la commanderie de Trinquetaille, c'est qu'ils possédaient en même temps ce bénéfice.

de Lussan avait fait rebâtir l'église Saint-Jean à Saint-Gilles, profanée depuis 1562. La réconciliation fut faite par Tévêque de Nîmes, Pierre de Valernod, le 10 février 1609, assisté de l'archevêque d'Arles^ Gaspard du Laurens, du sénéchal et de quelques^ chevaliers. Il avait aussi fait reconstruire l'ancienne maison prieurale (i). Mais on jugea plus digne du Grand -Prieur d'habiter Arles, ville beaucoup plus importante, car ce n'était pas un personnage ordinaire que ce dignitaire de l'Ordre de Malte, ainsi qu'on a pu le remarquer déjà. Il tenait le premier rang parmi ses égaux. — primus inter pares — non seulement dans le Midi mais dans toute la France. Après lui, venaient les baillis, les grands croix, et les autres dignitaires de l'Ordre. Il était élu par le Grand-Maître et choisi parmi les commandeurs les plus anciens et les plus recommandablés par leurs services. Il portait la robe noire, le grand manteau et la croix octogonale. Lorsqu'il était sur les vaisseaux de la religion ou au service du roi, il quittait Thabit religieux pour se revêtir de l'armure des chevaliers. Il devait, chaque jour, réciter l'office de la sainte Vierge, et il était astreint à certains jeûnes particuliers, outre ceux prescrits par l'Église. Inutile de dire qu'il devait être profès. Aux quatre principales fêtes de l'année, il devait s'approcher des sacrements dans la chapelle de son hôtel prieural. Il avait à son service un aumônier, un notaire pour secrétaire et plusieurs autres domestiques. Un certain nombre de commanderies, variables, suivant les époques, et disséminées dans la région du sud de la France, étaient sous sa dé-

I. Ratbaud : Op, cit., ii, pp. 176, 177, 179. Voir aux Pièce» justificatives : Réconciliation de VEglise de Saint' Jean à Saint-Gilles»

pendance ; il devait les visiter tous les cinq ans, et, pour ce faire, il avait droit à une douzaine de chevaux. Les procès-verbaux des visites des Grands-Prieurs signés de leur main et scellés de leur sceau existent encore et la plus grande partie en est déposée aux archives départementales, à Marseille. Il n'était pas rare que le Grand-Prieur fût absent d'Arles, car, outre les hauts emplois qu'il pouvait remplir, soit auprès du Grand-Maître, soit auprès du Roi de France, trois prieurs de l'Ordre devaient toujours se trouver à Malte, chacun au moins pendant deux ans. Il devait alors se faire remplacer par un chevalier des plus anciens qu'il nommait son lieutenant ou son vicaire.

Il devait punir les frères sous sa dépendance, oublieux de leurs obligations religieuses, car les personnes de l'Ordre étaient exemptes de la juridiction séculière pour les fautes personnelles. Les peines variaient de la privation de l'habit jusqu'à la prison perpétuelle. Il y avait dans le prieuré de Saint-Gilles des châteaux où l'on enfermait les coupables, citons pour la Provence, ceux de Rue et de Vinon (i).

Les bénéfices du Grand- Prieur et des commandeurs étaient, en général, considérables, mais ces dignitaires étaient tenus, suivant la quantité de leurs ressources, de servir une pension à un certain nombre de chevaliers car ceux-ci n'avaient pas proprement de revenus et ils habitaient où ils voulaient. Primitivement il n'en était pas ainsi : la vie de communauté était rigoureusement observée ; mais après la peste de 1349, les ressources ayant considérablement diminué, une nouvelle or-

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