CHAPITRE X
SOMMAIRE : Nomination posthume de Pierre d*Alberlas- Saint-Maimc. — Le Grand-Prieur François de Piolenc. — Réunions de chevaliers. — État du Prieuré en 1751. — Profession du curé Maurel. — L'Ordre de Malte et les Arlésiens. — Mort du commandeur André de Grille. — Profession du chevalier Charles de Galéan. — Mort de Jean Raybaud. — Visites canoniques de 1763 et de 1755. — Inventaire des vieilles archives. — Profession du curé Mège. — Réunions au Grand-Prieuré. — Mort à Paris du Grand-Prieur. — Son frère est son successeur. — Il visite la chapelle de Sainte-Luce. — Il assiste à des thèses de théologie. — Profession de Joseph de Porcelet. — Visite canonique de 1761. — Profession du prêtre Jourdan, des chevaliers de Caumont, de Pomerols et du chapelain conventuel Bniguicres. — Mort du bailli Gaspard-Hyacinthe de Grille. — Profession des chevaliers de Villefranche et de Préville. — Mort du Grand-Prieur de Piolenc. — Réunions au Grand-Prieuré. — Paul-Augustin de Rolland- Réauville, Grand-Prieur. — Le chevalier d'Olivary aux arrêts. — Le prêtre Gros (c archivaire ». — Visites canoniques de Sainte-Luce et de l'Hôtel pricural en 1775, 1776, 1778. — Assemblées en dehors d'Arles. — Mort des commandeurs Honoré de Grille et de Joseph-Antoine Raybaud. — Mort du Grand-Prieur de Réauville et de son successeur Charles de Galéan. — Démission du bailli de Manosque, Antoine de Chabrillan. — Réunions de chevaliers. — Joseph de l'Estang-Parade, Grand-Prieur. — Une de ses lettres. — Profession de son neveu. — Il visite les commanderics en 1780 et 1786. — Sa mort. — Réunions au Grand-Prieuré.
la mort d'Octave de Galéan il se produisit un fait assez curieux. Son successeur, suivant l'usage, devait être le grand commandeur qui était alors Pierre d'Albertas Saint-Maime. Il fut nommé, en effet, le 20 avril 1750 par bulles du Grand-Maître, mais on ignorait à Malte qu'il était décédé à Marseille le 4 avril précédent, avant même Octave de Galéan. C'est ainsi que Pierre d'Albertas n'eut que la gloire posthume de cette haute charge. Il était fils d'Antoine Albertas, baron de Dauphin, seigneur de Saint-Maime et de Marquise de Vento des Pennes. Il était né le 6 septembre 1665 et fut reçu chevalier en 1682. Il devint commandeur de Saint-Christol, puis de Saint- Félix, en 1741 bailli de Manosque mais dont il ne prit possession que le 24 avril 1744 parce que cette charge lui fut disputée. Le 26 novembre 1748 il fut nommé grand-commandeur. On peut voir, dans réglise Saint-Jean, à Malte, l'épitaphe qui lui est dédiée. Nous la reproduisons aux Pièces justificatives. Elle parle surtout de ses grands dons à la Langue de Provence, tels qu'il n'en est pas d'exemple dans le passé.
François-Joseph de Piolenc, fils de Joseph, conseiller à la Cour de Provence, et de Madeleine- Marie de Forbin d'Oppède, né à Aix le 11 avril 1681, se trouvait à Paris quand il fut nommé Grand- Prieur, le 3 janvier 1751. Quelques semaines plus tard, le 9 mars, à 4 heures du soir, Bernard Reyne, secrétaire de l'Ordre, habitant Toulouse, fut mis, en son nom, en possession de l'Hôtel prieural par le bailli André de Grille qui en fit rédiger procèsverbal par Joseph- Antoine Raybaud, prêtre conventuel et secrétaire. Piolenc arriva à Arles pouf présider le Chapitre qui se tint le 2 mai ; il retourna
à Paris après la clôture mais se fit un devoir de reparaître à Arles, à peu près tous les ans, aux réunions du printemps des chevaliers de Malte (i).
A ce même chapitre un chevalier arlésien fut nommé commissaire pour vérifier l'état des murailles de THôtel prieural visant au nord, sur le Rhône. Quelques mois plus tard, le 23 octobre 1751, il rédigeait le rapport suivant :
Nous frère Honoré-François-Xavier de Grille d'EstoUr blon... disons que le Rhône s'étant trouvé extrêmement bas le 2 1 courant nous aurions été en bateau avec François Chauvel, maître maçon, et maître Guillaume Beuf, notaire et secrétaire de notre Ordre vérifier la dite muraille dans toute sa longueur au pied de laquelle il n'y avait qu'un pan et demi d'eau et après l'avoir duement et très attentivement examiné avec ledit Chauvel nous disons et notre avis est que la dite muraille est très bonne et qu'il n'y a aucun deffaut ny rien qui menace ruine, qu'au contraire elle promet une durée aussi longue qu'on peut s'atendre d'un bâtiment bâti le plus solidement qu'il n'y a par conséquent aucune crainte de danger pour les archives lesquelles étant bâties sur la chapelle dudit hôtel prieural qui est au midi ne risqueroient rien quand même par impossible tout le corps du bâtiment qui est au nord visant dans le rone séparé de celuy du midy par la cour dud. hôtel viendrait à couler et qu'ainsi la Vénérable Langue peut être en toute surete pour ses archives à cet égard que neantmoins comme l'encoule qui est au pied de lad. muraille dans toute sa longueur est le plus souvent couverte d'eau et que nous ne 1 avons vue a découvert que par l'abbaissement des eaux, nous avons aperçu qu'il y a quelques quairons de la cadete dégradés par les eaux et gelées que nous avons compté au nombre de vingt-sept lequel sera bon de faire cnangerpar des neuf quand les eaux le permetront ce qui —
rt/« terÂi^Myi;"' *'^" '^^'*^'' ~ l'*"*»")- -£« commandeurs
est une petite réparation de simple entretien que ledit Chauvel a estimé et offert de faire pour quarante livres.... »
L'Assemblée décida d'envoyer ce rapport à Malte.
Quelques jours plus tard, le ii novembre 1751, Gaspard Morel, curé des Siaussayes, de la commanderie de Valence, fît profession dans la chapelle de Saint-Jean par les soins de Joseph-Antoine Raybaud (i).
L'Ordre des Hospitaliers a toujours tenu une place d'honneur parmi les préoccupations d'esprit des Arlésiens. En 1752 un Exercice littéraire fut donné par des quatrièmes au collège d'Arles en rhonneur des Grands-Prieurs, baillis, commandeurs et chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et dans lequel fut traitée l'histoinj de Malte. Il y avait à peine trois ans que Pierre Privât de Mollières Fontanilles avait composé à Madrid où il était secrétaire d'ambassade un poème en dix chants, intitulé : Malte ou Vlsle Adam. Plus tard, en 1770, il donna une seconde édition de cet ouvrage avec un titre nouveau : La Maltiade ou Vlsle Adam^ dernier grand maître de Rhodes et premier grand maître de Malte dans lequel ce dernier est le héros du poème et la religion en est le sujet. Dans son ensemble, cette production est médiocre, mais certains détails sont bien venus et sont à citer comme modèles. Elle fut dédiée aux consuls d'Arles, et sortit des presses de l'imprimeur arlésien Jacques Mesnier. Un siècle auparavant, en 1628, un autre arlésien, le P. Antoine de Saint-Michel, récollet, avait publié à Lyon : Le triomphe de Malte^ espèce
, I. Arch. des B.-du-R. — Ordre de Malte. — Chap., coll. etfrof, (x668. 1774) Vol xxy.
de dialogue très développé entre un docteur et un chevalier sur les cérémonies, fêtes et prières en usage dans TOrdre.
Au commencement de cette année 1752, le 28 février, mourait frappé d'apoplexie, sur la paroisse N.-D. la Principale, après avoir reçu l'Extrême- Onction des mains de son curé Issautier, André de Grille, commandeur de Golfech. Il fut enterré le lendemain dans la chapelle du Grand-Prieuré. Il était né à Arles le 2 mars 1 681, de Charles de Grille et d'Isabeau de Coriolis ; il fut bailli et grand croix de rOrdre auquel il rendit de grands services, surtout en combattant sur les vaisseaux de la religion (I).
Une nouvelle profession, celle de Charles-Félix de Galéan-Gadagne, eut lieu dans le Grand-Prieuré, le 24 mars 1752, sous la présidence du chevalier Henri-François-Xavier de Grille d'Estoublon. « L'archivaire 2^ Joseph-Antoine Raybaud, prêtre conventuel, ne pouvant point, à cause de ses occupations, assister à la cérémonie, et comme nul autre prêtre de l'Ordre ne se trouvait à Arles, ce fut Louis Léonard, sous-chanoine de Saint-Trophime, qui vint dire la messe à laquelle assistèrent Joseph- Paul de Gautier- Valabres, commandeur de Cavales, le chevalier novice Joseph de l'Estang-Parade, Louis-Achille de Grille, marquis d'Estoublon, et Guillaume- Antoine, marquis de l'Espine. Il fut chaussé des éperons d'or par Guillaume-François de 1 Estang.Parade. L'avocat Pierre Blain, secrétaire
de 1 Ordre, rédigea le procès-verbal de cette solennité.
«'>M.;M.';AKi*«r """' "' ''•"•• - ''"^■'^" " ^«'"-
Peu avant le Chapitre de 1752, mourut sur la paroisse Sainte-Anne, après avoir reçu les derniers sacrements, Jean Raybaud,' avocat, ancien secrétaire de rOrdre. Il fut enterré au tombeau de ses ancêtres dans Téglise des Pères Cordeliers. 11 était fils d'Antoine et de Marguerite Quenin, et avait épousé en 1697 Marianne de Noyer. « Il a laissé plusieurs bons manuscrits (i) sur l'histoire de Malte, sur la noblesse ainsi que d'excellentes notes relatives à sa patrie >, dit un auteur anonyme. « Il avait beaucoup de goût pour la littérature et l'antiquité. Il avait un amas précieux de bons livres et de riches manuscrits, ses enfants l'ont dissipé, pillé, vendu >, ajoute, à son tour, Tabbé Laurent Bonnemant. C'est lui qui est l'auteur de 1' « Histoire
I . c Parmi ceux-ci figurait la plas grande partie des papiers de Dom Polycarpe de la Rivièrci autear des Annales tT Avignon {•) vol. in-fol. Mss., cooservés à la bibliothèque de Carpentras). On trouve à la p. 688 da recueil ms. de la correspondance de Remerville (même bibliothèque) une lettre adressée à cet érudit par Raybaud, le 34 juin 1709, au post' sertptum de laquelle on lit : Au reste pour ce qui est des Mss. du P. de la Rivière, ce sont les propres originaux que j'ay. J'en ai des preuves convaincantes, entr'autres des lettres du Général des Chartreux qui écrivoit à la personne de qui je les ay, pour tâcher de les avoir. U y a de très belles choses. H est dommage qu'elles restent dans l'obscurité. J'ay aussi des lettres que plusieurs savants lui escrivoient, et entr'autres trois ou quatre de M. de Peiresc >. £. Pekrier : Les Bibliophiles artésiens, p. 33, note 4.
Il y avait dans le cabinet de Guillaume de Nicolay un manuscrit intitulé : Description de tous les monuments antiques^ des statues, bas-reliefs, tombeaux, inscriptions sépulchrales et autres qui se trouvent à Arles sous les Romains et les rois de France de la /r« et a« race, par Jean Ratbaud, avocat, agent de l'Ordre de Malte, à Arles >. Qu'est devenu ce précieux manuscrit ? \\ serait d'autant plus intéressant de le retrouver qu'on en faisait grand cas du vivant de Raybaud. Voici, en effet, ce que lui écrivait de rOratoire de Marseille, le 7 avril 1734, le fameux Père Çougerel avec lequel il était en rapport pour des sujets d'archéologie et d'histoire : < Il me semble que vous m'avez marque dans quelqu'une de vos lettres que vous aviez commencé cet ouvrage (sur les antiquités d'Arles), n'en privez pas le public. C'est à vous que la gloire est réservée de nous don- ' ser un ouvrage excellent sur cette matière ».
' Bibliothèque municipale d'Arles. Ms. 344. Médailles, monnoies, sceaux de Provence et de la ville d'Arles en particulier, <
[manuscrite] des Grands-Prieurs et du Prieuré de Saint-Gilles j>, composée au moyen des archives de rOrdre de Malte qu'il avait à sa disposition ou qu'il ^vait explorées à Toulouse, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même. Tout ce qu'il raconte est appuyé sur des preuves authentiques. Aussi l'abbé C. Nicolas, curé-doyen de Saint-Gilles, a rendu un immense service aux travailleurs en l'éditant et on ne saurait trop le remercier. Malheureusement l'original, fruit d'un premier jet, était criblé de ratures, et la copie, faite pour Guillaume de Nicolay, a conservé des traces d'hésitation que la sagacité de l'éditeur n'a pu faire disparaître entièrement. Cette histoire était souvent consultée, elle le sera bien davantage maintenant. 11 est impossible, en effet, de rien écrire sur l'Ordre de Malte sans avoir à la citer. Elle est la quintessence des innombrables documents réunis par les chevaliers de la Langue de Provence. L'auteur était le propre frère du commandeur-prêtre Jean-François Raybaud dont nous avons parlé et avec lequel il ne faut pas le confondre (i).
En 1753, le 5 mai, eut lieu la visite canonique de l'Hôtel prieural. Elle fut faite par Joseph-Gabriel de Thomas de Gignac (2), commandeur de Caignac, receveur et procureur général du Grand-Prieuré et par Joseph- Antoine Raybaud, < archivaire *»•
I. Ârch. muncip. d'Arles. GG. SaiBte-Anne : Naissances, mariages, décès (1750 à 1765). — E. Pbrrier : Les Bibliophiles arlêsiens, p. 2}, — Bibliothèqne Méj«nes. Ms. 933 ; Abrégé historique et chronologique des hommes illustres d'Arles,
a. Joseph-Gabriel était probablement fils de Jean-Baptiste de Thomas- Gignac et de Marguerite de Guérin. 11 naquit en 1700 et fut reçu chevalier en 171 5. 11 obtint la commanderie de Caignac par grâce magistrale en 1747. Elle rapportait à peu près zo.ooo livres. BiBLiOTHÀQPB-Masis Calybt D*AviGNOif. — Ms. 3839 : Mélanges ecclésiastiques, — > [ArtbfbuilJ : O/. cit,, n, 443.
Ils remarquèrent dans la chapelle, du côté de l*évangile, sous un arceau pratiqué dans le mur, joignant le tombeau de Melchior Cossa, un autel latéral audessus duquel on voyait un tableau représentant IsL^Sainte- Vierge avec ï Enfant Jésus entre ses bras et à côté Sainte-Anne. Il remplaçait l'ancien placé à la sacristie et qui figurait Notre-Dame et Sainte* j\nne{i).
A TAsssemblée d'automne de cette même année, deux chevaliers : Paul-Augustin de RoUand-de- Réauville et Honoré-François-Xavier de Grille furent chargés de dresser l'inventaire des vieilles archives déposées dans une chambre du premier étage du Grand-Prieuré. Ils mirent quatre ans pour terminer ce travail et présentèrent leur rapport au mois de novembre 1757.
Avant de se dissoudre, la réunion d'automne vit la profession religieuse de Jean- André Mège, curé de Dieulefit, qui eut lieu le 6 novembre entre les mains de André-François Raybaud (2).
L'année suivante, le 27 octobre 1755, se fit la visite de l'Hôtel prieural par Charles-Jean-Baptiste de Raousset, commandeur de Raissac, et par le chevalier Honoré-François-Xavier de Grille d'Estoublon qui s'adjoignirent, comme secrétaire, Jeân- BaptisteBret, notaire de Tarascon. Ils la commencèrent en présence de Joseph-Paul de Gautier de Valabres (3), commandeur de Cavales, près de Saint*