‹ L'Organisation Administrative de la YougoslavieChapitre 2 sur 41 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

L’historien qui écrira l’histoire de l’Etat Yougoslave devra distinguer deux périodes dès les premières années de son existence : une période qui va de la création de l'Etat jusqu’à Janvier 1929, et une autre qui prend naissance le 6 Janvier 1929.

La première englobe les dix premières années de la vie de PEtat Yougoslave ; caractérisée par des luttes politiques continuelles, des crises et des changements gouvernementaux incessants, elle demeure comme une tâche de l'Etat Yougoslave, mais servira néanmoins d’exemple de ce qu’il ne faut pas faire pour ne pas compromettre l’avenir de son pays.

C’est durant cette période que la Yougoslavie a connu les difficultés de toutes sortes : politiques, financières, économiques et administratives, difficultés qui, à certains moments, compromirent l’existence même de l'Etat. Ces difficultés provenaient principalement de la mauvaise politique suivie au cours de ces dix années.

Ceux qui gouvernaient le pays ne se considéraient pas comme les représentants et les élus de la Nation toute entière, mais comme des délégués de partis politiques auxquels ils devaient obéissance. Augmenter numériquement son parti, développer son influence, était leur principal, souvent même leur unique souci. Leurs décisions, n'étaient généralement motivées que par les intérêts qu'ils en tiraient, eux ou leur parti. Ceux de la nation étaient délaissés ou mis au service d’un groupe.

Le peuple lui-même était divisé en deux grands camps : le

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camp des gouvernants et celui de l'opposition ; les premiers ayant tous les privilèges, les seconds encourant tous les déboires.

La Yougoslavie, pendant cette période, ressemblait à un vaste champ de bataille sur lequel deux ennemis se mesuraient pour obtenir ou garder une suprématie.

Ce duel entre partis politiques avait pour résultat inévitable les chutes des Gouvernements, chutes qui discréditaient le parlementarisme et entravaient la bonne marche des affaires de l'Etat. Les nouveaux Gouvernements se succédaient rapidement, n'ayant parfois que quelques jours d’existence.

L’animosité entre les partis devenait chaque jour de pius en plus aiguë, paralysant tout travail parlementaire.

Le 20 Juin 1928, un événement déplorable, peut-être unique dans l’histoire, se produisit : au sein même du Parlement, le sang coula. La rivalité des partis aboutissait à son résultat : deux hommes, deux grands Yougoslaves, furent tués.

Ce regrettable événement eut des conséquences fort graves pour la vie même de l'Etat. Le 20 Juin 1928 marque, en effet, le point de départ d’une nouvelle politique suivie par les partis croates. Le parti paysan croate et le parti des démocrates indépendants de M. PRIBITCHEVITCH abandonnent Belgrade en se désintéressant complètement des affaires de l'Etat. Il fallait agir énergiquement pour sauver le pays.

C’est dans cet état d'esprit que le roi Alexandre institua, le 6 Janvier, son régime absolu. Cette date ouvre une nouvelle période dans l’histoire de la Yougoslavie, période de consolidation et de réorganisation de l'Etat.

L'institution du régime absolu a fait l'objet de plusieurs critiques lors de son introduction. L’absolutisme, disait-on généralement, qui est un mauvais souvenir du passé, ne doit aucunement être admis là où règnent les idées démocratiques, car ses principes sont en opposition manifeste avec ceux de la démocratie.

L'irréfutabilité de cette objection est indiscutable. Maïs le

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régime du 6 Janvier 1929, bien qw’absolu, trouve sa justification dans les mobiles qui ont dicté son institution, — la sauvegarde de l'unité nationale fort compromise et la réorganisation de l'Etat. Nous croyons que l’absolutisme, inacceptable par lui-même, devient parfois légal par son but et ses mobiles. Peu importe la forme du gouvernement pourvu que le bien général, le bien des gouvernés, soit sauvegardé. L’histoire elle-même nous en donne plusieurs exemples dès qu’il s’est agi d’user d’illégalité pour faire respecter la légalité.

C’est le cas de la Yougoslavie. Le changement du régime fut provoqué par la nécessité de la situation à l’intérieur.

Parmi les nombreuses réformes dues au gouvernement du régime absolu, celle de la loi du 3 Octobre 1929 mérite une attention spéciale et peut être considérée comme son œuvre la plus importante.

La question de l’organisation administrative de l'Etat constituait le facteur principal du désaccord existant entre les Serbes et les Croates ; elle contribua en grande partie à l’état chaotique dans lequel se trouvait la Yougoslavie avant le 6 Janvier 1929. É

Les Croates ont adressé beaucoup de reproches à la Constitution de Vidovdan, au sujet de l’organisation administrative du pays. Le centralisme dont était colorée la Constitution de Vidovdan était le point de mire de leurs nombreuses critiques. Pour eux, l’organisation idéale, celle qui s’imposait, devait être basée sur la décentralisation. Ils pensaient qu’une telle organisation administrative faciliterait un plus grand développement économique des différentes contrées qui composent la Yougoslavie, en permettant également l’affermissement de l'esprit national.

Le gouvernement du régime absolu se rendit vite compte de l'exactitude des critiques dirigées contre l’organisation administrative existante. La loi du 3 Octobre, qui divise la Yougoslavie en neuf banovines, consacre un nouveau système admi-

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