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L'Organisation de l'Internationale

Nous reproduisons de FAlmanach du Peuple poor 1872, public par la Commission de propaganda socialiste a Saint-lmier et dont le succes fut tel qu’il fallut en imprimer une seconde edition , eet article de Bakmnine , qui resume bien les idees du grand revolutionnaire russe.

L’Organisation

de rinternationale

La tache immense que s’est iraposee l’Association Internationale des Travailleurs, celle de l’emancipation definitive et complete des travaillenrs et da travail populaire du joug de tous les exploitenrs de ce travail, des patrons, des detenteurs des mati&res premieres et des instruments de production, en un mot de tons les representants du capital, n’est pas settlement une oeuvre economique ou simplement materielle, c’est en meme temps et au meme degre une oeuvre sociale, philosophique et morale; c’est aussi, si Fon veut, une oeuvre eminemment politique, mais seulement dans le sens de la destruction de toute politique, par Fabolition des Etats.

Nous ne croyons pas avoir besoin de demontrer que dans Forganisation actuelle, politique, juridique et sociale des pays les plus civilises, l’emancipation economique des travaillenrs est impossible, et que par consequent pour l’atteindre et pour la realiser pleinement, il faudra detruire toutes les institutions actuelles:

Etat, Eglise, Forum juridique, Banque, Universite, Administration, Armee et Police, qui ne sont en effet qu’autant de forteresses elevees par le privilege contre le proletariat; et il ne suffit pas de les

renverser dans un seul pays, il faut les renverser dans tons les pays, parce quo depnis la fondation des Etats modernes an XVIIe et an XVIIIe sifccle, il exist© entre toutes ces institutions, it travers les frontifcres de tons les pays, une solidarite tonjonrs croissant© et une tr&s forte alliance international©.

La tache que 1’Association Internationale des Travailleurs s’est impose© n’est done pas moindre que cello de la liquidation complete du monde politique, religieux, juridique et social actuellement existant, et son rempiacement par un monde dconomique, philosophique et social nouveau. Mais une entreprise aussi gigantesque ne pourrait jamais se realiser, si elle n’avait k son service deox leviers egalement puissants, egalement gigantesques, et dont l’un complete I’autre; le premier, e’est i’intensite toujours croissant© des besoms, des souff ranees et des revendications economiques des masses; le second, e’est la phiiosophie social© nouvelle, phiiosophie eminemment realise et popolaire, ne s’inspirant theoriquement que de la science reelle, e’esth-dire experimental© et rationnelle a la fois, et n’admettant d’autres bases que les principes humains, expression des besoins eternels des masses, ceux de Tegaiite, de la liberte et de l’universelle solidarite.

Pousse par ces besoins, e’est au nom de ces principes que le peuple doit vaincre.

Ces principes ne lui sont pas etrangers ni memo nouveaux, dans ce sens que, com me nous venons de le dire, il les a de tout temps portes instinctivement en son sein, Il a tou jours aspire & son emancipation de tons les jougs qui l’ont asservi, et comme il est, lui le travailleur, le nourricier de la societe, le createur de la civilisation et de toutes les richesses, — le dernier esclave, le plus eselave de tous les escla-

ves; et comme il ne pent s’emanciper sans emanciper tout le monde avec lui, il a tou jours aspire h l’emancipation de tout le monde, e’est-h-dire h l’universelle liberte. Il a tou jours passionnement reve l’egalite, qui est la condition supreme de la liberte; et malheureux, eternellement ecrase dans 1’existence individuelle de chacun de ses enfants, il a tou jours cherchd son salut dans la solidarite. Jusqu’lt present le bonheur solidaire ayant ete inconnn ou du moins peu connu, et vivre heureux ayant signifie vivre egoistement aux depens, par l’exploitation et par l’asservissement d’autrui, seuls les malheureux, et par consequent les masses populaires, ont senti et realise la frater- nite.

Done la science social©, en tant que doctrine morale, ne fait autre chose que developper et formuler les instincts populaires. Mais entre ces instincts et cette science, il y a cependant un abime qu’il s’agit de combler. Car si les instincts justes avaient suffi pour la delivrance des peuples, il y a longtemps qu’ils eussent ete delivres. Ces instincts n’ont pas empeche les masses d’accepter, dans le cours si melancolique, si tragi que de leur histoire, toutes les absurdites religieuses, politiques, economiques et sociales. dont elles ont ete eternellement les victimes.

Il est vrai que les experiences cruelles par lesquelle8 elles ont ete condamnees k passer n’ont pas ete toutes perdues par les masses. Ces experiences ont cree dans leur sein une sorte de conscience historique et de science traditionnelle et pratique, qui leur tient lieu tres souvent de science theorique. Par exemple, ,on pent Atre certain aujourd’hui qu’aucun peuple de l’occident de l’Enrope ne se laissera plus entrainer ni par un charlatan religieux ou messianique nouveau ni par aucun fourbe politique. On pent dire

anssi que le besoin d’une revolution 6conomique et sociale se fait vivement sentir auiourd’hui dans les masses populaires de 1’Europe; car si l’instinct collectif des masses ne s’etait pas si clairement, si profondement, si resolument prononce dans ce sens, il n’est pas de socialistes an monde, fussent-ils meme des hommes du plus grand genie, qui eussent ete capables de les soulever.

Les peuples sont prets, ils souffrent beaucoup, et, qui plus est, ils commencent & comprendre qu’ils ne sont pas du tout obliges de souffrir et, fatigues de tourner sottement leurs aspirations vers le ciel, ils ne sont plus disposes k montrer beaucoup de patience sur la terre. Les masses, en un mot, independamment meme de toute propaganda, sont devenues sincerement socialistes. La sympathie uni vers elle et profonde que la Commune de Paris a rencontree dans le proletariat de tons les pays en est une preuve.

Mais les masses, c’est la force, c’est an moins Telement essentiel de toute force; que leur manque-t-il done pour renverser nn ordre de choses qu’elles detestent ? II leur manque deux choses: rorganisation et la science, les deux choses precisement qui constituent aujourd’hui et qui ont.

toujours constitue la puissanee de tous les gouvernements.

Done Torganisation, d’abord, qui d’ailleurs ne peut s’etablir sans le concoursde la science. Grace k Torganisation militaire, un bataillon, mille hommes armes peuvent tenir et tiennent effectivement en respect un million de peuple aussi arme, mais desorganise. Grace k Torganisation bureaucratique, l’Etat, avec quelques centaines de mille employes enchaine * des pays immenses. Done pour creer une foree populaire capable d’ecraser la force

militaire et civile de TEtat, il faut organiser le proletariat.

C’est ce que fait precisement TAssociation Internationale des Travailleurs, et le jour oh elle aura re$u et organise dans son sein, la moitie, le tiers, le quart ou seulement la dixi&me partie du proletariat de l’Europe, TEtat, les Etats, auront cesse d’exister. L’organisation de l’lnternationale ayant pour but, non la creation d’Etats ou de despotismes nouveaux, mais la destruction radicale de toutes les dominations particuli&res, doit avoir un caractere essentiellement different de Torganisation des Etats. Autant cette dernj&re est autoritaire, artificielle et violente, etrangere et hostile aux developpements naturels des interets et des instincts populaires; autant Torganisation de TInternationale doit etre libre, naturelle et conform e en tous points k ces interets et k ces instincts. Mais quelle est l’organisation naturelle des masses ? C’est celle qui est fondee sur les determinations differentes de leur vie reelle, quotidienne, par les differentes especes de travail, c’est Torganisation par corps de metiers. Du moment que toutes les industries seront re presentees dans Tlnternationale, y compris les differentes exploitations de la terre, son organisation, Torganisation des masses populaires sera achevee.

On pourrait nous objecter que cette manihre d’organiser l’influence de l’lnternationale sur les masses populaires 8emble vouloir etablir, sur les. ruines des anciennes autorites et des gouvernements existants, un syst&me d’autorite et un gouvernement nouveaux. Mais ce serait lh une profonde erreur. L’action organisee de l’lnternationale sur les masses se distinguera toujours de tous les gouvernements et de Taction de tous les Etats, par cette propriety essentielle de n’etre

que Faction naturelle, non officielle, d’une simple opinion, en dehors de tonte autorite. II y a entre la pnissance de l’Etat et celle de l’lnternationale la m6me difference qni existe entre Faction officielle de TEtat et Taction naturelle d’un club. L’lnternationale n’a et n’aura jamais qu’une grande puissance d’opinion et ne sera jamais que l’organisation de Taction naturelle des individus sur les masses, tandis que TEtat et toutes les institutions de 1’Etat: 1’Eglise, l’universite, le forum juridique, la bureaucratie, les finances, la police et Tarmee, sans ndgliger sans doute de corrompre autant qu’elles le peuvent Topinion et la volonte des snjets de TEtat, en dehors meme de cette opinion et de cette volonte, et le plus souvent contre elles, reclament leur obeissance passive, sans doute dans la mesure, ton jours trfcs elastique, reconnue et determinee par les lois.

L’Etat, c’est 1’autorite, la domination et la puissance organisees des classes possedantes et soi-disant eclairees sur les masses ; l’lnternationale, c’est la delivrance des masses. L’Etat ne voulant jamais et ne pouvant jamais vouloir que Tasservissement des masses, fait appel & lenr soumission. L’lnternationale, ne voulant autre chose que leur complete liberte, fait appel a leur re volte. Mais afin de rendre cette revolte puissante h son tour et capable de renverser la domination de TEtat et des classes privilegiees uniquement representees par l’Etat, l’lnternationale doit s’organiser. Pour atteindre ce but elle emploie seulement deux moyens qui, alors meme qu’ils ne seraient point ton jours legaux — la legalite n’etant, la plupart du temps, dans tons les pays, autre chose que la consecration juridique du privilege, c’est-k-dire de Tinjustice — sont, au point de vue du droit humain, aussi legitimes Tun que

1’autre. Ces deux moyens, nous l’avons dit, c’est d’abord la propaganda de ses idees, et, ensuite, l’organisation de Taction naturelle de ses membres sur les masses.

A quiconque pretendrait qu’une action ainsi organisee est encore un attentat & la liberte des masses, une tentative de creer une nouvelle puissance auteritaire, nous repondrons qu’il n’est ou bien qu’un sophiste on un sot. Tant pis pour ceux qui ignorent la loi naturelle et sociale de la solidarite humaine, au point de s’imaginer que l’independance mutuelle absolue des individus e des masses soit une chose possible, ou meme desirable. La desirer, c’est vouloir l’aneantissement meme de la societe, car toute la vie sociale n’est autre chose que cette dependance mutuelle incessante des individus et des masses. Tout individu, meme le plus intelligent, le plus fort, et surtout les intelligents et les forts, en sont & chaque instant de leur vie, & la fois les producteurs et les produits. La liberty meme de chaque individu est la resultante ton jours de nouveau reproduce de cette masse d’influences materielles, intellectuelles et morales que tous les individus qui l’entourent, que la societe au milieu de laquelle il nait, se developpe et meurt, exerce sur lui. Vouloir eehapper b. cette influence, au nom d’une liberte transcendante, divine, absolument egoide et se suffisant b elle-meme, c’est la tendance au non-etre; vouloir renoncer h l’exercer sur autrui, c’est renoncer h toute action sociale, b l’expression meme de sa pensee et de ses sentiments, c’est encore aboutir an non-etre ; cette independauce tant pronee par les idealistes et les metaphysiciens, et la liberte individnelle congue dans ce sens — c’est done le neant.

Dans la nature comme dans la socidte humaine, qui n’est encore autre chose que cette meme nature, tout ce qui vit ne

vit qu’& cette condition supreme d’intervenir de la mani&re la plus positive, et aussi puissamment que le comporte sa nature, dans la vie d’autrui. L’abolition ■ de cette influence mutuelle serait done la mort. Et quand nous revendiquons la liberte des masses, nous ne pretendons nullement abolir aucune des influences naturelles ni d’aucun individu, ni d’aucun groupe d’individus qui excrcent leur action sur elles; ce que nous voulons, e’est l’abolition des influences artiflcielles, privilegiees, legales, ofticielles. Si l’Eglise et l’Etat pouvaient etre des institutions privees, nous en serions les adversaires, sans doute, mais nous ne protesterions pas contre leur droit d’exister. Mais nous protestons contre eux parce que tout en etant, sans doute, des institutions privies dans ce sens qu’elles n’existent que pour l’interet particulier des classes privilegiees, elles ne s’en servent pas moins de la force collective des masses organisees dans ce but, pour s’imposer autoritairement, officiellement, violemment aux masses. Si 1'Internationale pouyait s’organiser en Etat, nous en deviendrions, nous ses partisans convaincus et passionnes, les ennemis les plus acharnes. - Mais e’est que precisement elle ne peut pas s’organiser en Etat; elle ne le peut pas d’abord, parce que, comme son nom l’indique assez, elle abolit toutes les frontiferes; et il n’est point d’Etat sans fronti^res, la realisation de l’Etat universel, reve par les peoples conquerants et par les plus grands despotes du monde, s’etant historiquement demontree impossible. Qui dit Etat, dit done necessairement plusieurs Etats, oppresseurs et exploiteurs au dedans, conquerants plus, on moins hostiles au dehors, — dit negation de l’hnmanite. L’Etat universel,.

ou bien l’Etat populaire dont parlent les communistes allemands, ne peut done

signifier qu’une chose: Vabolition de VEtat.

L’Association Internationale des Travailleurs n’aurait point de sens si elle ne tendait pas invinciblement & l’abolition de l’Etat. Elle n’organise les masses populaires qu’en vue de cette destruction.

Et comment les organise-t-elle? Non du haut en bas, en imposant h la diversity sociale produite par les diversites du travail dans les masses, ou en imposant & la vie naturelle des masses une unite et un ordre factice, comme le font les Etats; mais du bas en haut, au contraire, en prenant pour point de depart 1’existence sociale des masses, leurs aspirations reelles, et en les provoquant, en les aidant it se grouper, & s’harmoniser et k s’equilibrer conformement k cette diversite naturelle d’occupations et de situations.

Mais pour que l’lnternationale, ainsi organisee de bas en haut, devienne une force reelle, une puissance serieuse, il faut que chaque membre dans chaque section soit beaucoup mieux penetre des principes de l’lnternationale qu’il ne Test aujourd’hui. Ce n’est qu’k cette condition que dans les temps de paix et de calme il pourra remplir efficacement la mission de propagateur et d’apotre et dans les temps de luttes celle d’un vrai revolutionnaire.

En parlant des principes de i’lnternationale, nous n’en entendons pas d’autres que ceux qui sont contenus dans les considerants de nos statuts generanx votes par le congr^s de Gren&ve. Ils sont si pen nombreux que nous demandons la permission de les recapituler ici:

1° Uemancipation du travail doit etre V oeuvre des travailleurs eux-memes:

2° Les efforts des travailleurs pour con querir leur emancipation ne doivent pas

tendre a constituerde nouveaux privileges, mais & etablir pour tous (les homines vivant sur la terre) des droits et des devoirs egaux, et a aneantir toute domination de classe;

3° 1!assujettissement economique du travailleur a Vaccapareur des matures premieres et des instruments de travail est la source de la servitude dans toutes ses formes: mistre sociale , degradation mentale, soumission politique;

4° Pour cette raison, Vemancipation Sconomique des classes ouvrieres est le grand but auquel tout mouvement politique doit etre subordonne comme simple moyen;

5° L’emancipation des travailUurs n’est pa* un problbme simplement local ou national ; au contraire, ce problems inter esse toutes les nations civilisees, sa solution etant necessairement subordonnee a leur concovrs theorique et pratique;

6° U Association aussi bien que tous ses membres reconnaissent que la verite, la justice, la morale doivent etre la base de leur conduite envers tous les hommes sans distinction de couleur , de croyance ou de nationaUte;

7° hnfin Us considerent comme un devoir de redamer les droits de I’homme et du citoyen , non seulement pour les membres de VAssociation, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs . — « Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs. >

Nona savons maintenant tons que ce programme si simple, si juste, et qui exprime d’nne maniere si pen pretentieuse et si pen offensive les reclamations les

pins 14gitimes et les plus humaines da proletariat, contient en Ini, preeminent parce qn’il est un programme exclusivement humain, tous les germes d’une immense revolution soeiale: le renversement de tout ce qui est et la creation d’un monde nouveau.

Voile, ce qui doit etre maintenant expliqud et rendu tout & fait sensible et clair k tous les membres de l’lnternationale. Ce programme apporte avec lui une science nouvelle, une nouvelle philosophic sociale qui doit remplacer toutes les anciennes religions, et une politique toute nouvelle, la politique Internationale, et qui comme telle, nous nous empre8sons de le dire, ne pent avoir d’autre but • que la suppression des Etats. Pour que tous les membres de l’Internationale puissent rempiir consciencieusement leur double devoir de propagateurs et de revolutionnaires, il faut que chacun d’eux soit penetre actant que possible lni-raeme de cette science, de cette philosophic et de cette politique. II ne leur sufflt pas de savoir et de dire qu’ils veulent 1’emancipation economique des travailleurs, la jouissance integrate de son produit pour chacun, 1’abolition des classes et de l’assujettissement politique, la realisation de la plenitude des droits humains et l’equivalence parfaite des devoirs et des droits pour chacun, — l’accomplissement de Thumaine fraternite, en un mot. Tout cela est sans doute fort bien et fort juste, mais si les ouvriers de l’Internationale s’initient h ces grandes verites, sans en approfondir les conditions, les consequences et l’esprit, et s’ils se contentent de les repeter toujours et toujours sous cette forme generate, its courent bien le risque d’en faire bientot des paroles creuses et steriles, des lieux commons incompris.

Mais, dira-t-on, tens les onvriers, alora meme qu’ils sont des membres de. l’lnternationale, ne peuvent pas devenir des savants; et ne suffit-il pas qu’au sein de cette Association, il se ti ouve un groupe d’hommes qui possMent, aussi completement quo cola se pout de nos jours, la science, la philosophic et la politique du socialisme, pour que la majorite, le people de l’lnternationale, en obeissant avec foi & leur direction et k leur commandement fraternel (style de M. Gambetta, le Jacobin-dictateur par excellence), ne puisse pas devier de la voie qui doit le conduire & l’emancipation definitive du proletariat ?

Voilii un raisonnement que nous avons assez souvent entendu, non ouvertement emettre, — on n’est ni assez sincere, ni assez courageux pour cela, — mais developper sous main, avec toutes sortes de reticences plus ou moins habiles et de compliments ddmagogiques adresses k la supreme sagesse et Fomnipotence du peuple souverain, par le parti autoritaire dans l’lnternationale. Nous Favons toujours passionnement combattu, parce que nous sommes convaincus que du moment que FAssociation Internationale se partagerait en deux groupes: Fun comprenant l’immense majorite et compose de membres qui n’auraient pour toute science qu'une foi aveugle dans la sagesse theorique et pratique de leurs chefs ; et l’autre compose seulement de quelques dizaines d’individus-directeurs, — cette institution qui doit emanciper FHumanite, se transformerait elle-meme en une sorte d 'Etat oligarchique , le pire de tons les Etats; et qui plus est, que cette minority clairvoyante, savante et habile qui assumerait, avec toutes les responsabilites, tons les droits d’un gouvernement d’autant plus absolu, que son despotisme se cache soigneusement sous les appparences

d’un respect obsequieux pour la volonte et pour les resolutions du peuple souverain, resolutions toujours inspirees par lui-meme & cette soi-disant volonte populaire; — que cette minorite, disons-nous, obeissant aux necesSites et aux conditions de sa position privilegiee et subissant le sort de tous les gouvernements, deviendrait bientot et de plus en plus despotique, malfaisante et reactionnaire.

L’Association Internationale ne pourra devenir un instrument d’ emancipation pour Fhumanite, que lorsqu’elle sera d’abord emancipee elle-meme, et elle ne le sera que lorsque, cessant d’etre divisee en deux groupes: la majorite des instruments aveugles et la minority des machinistes savants, elle aura fait penetrer dans la conscience reflechie de chacun de ses membres la science, la philosophic et la politique du socialisme.

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