‹ L'Organisation du Crédit en Pologne Son Évolution Depuis la Première StabilisationChapitre 25 sur 214 · A ER · texte numérisé non relu

A ER

La production augmentant à vive allure et la consommation ne pouvant pas suivre, un fort décalage s’ensuivit. Celui-ci est devenu encore plus important à partir de 1929 où la crise agricole aiguë s’est déclenchée.

Il faut également souligner l'apparition des méthodes de financement de la consommation à l’aide de crédits suffisamment abondants et longs. Tout en étant arrivée à ranimer “celle-ci par ce procédé artificiel pendant un certain temps, l’industrie a finalement ressenti le contre-coup de cette facon d’agir. C’est ainsi qu'une grande partie des ressources de l’industrie se sont trouvées immobilisées provoquant une forte pénurie des fonds de roulement et amenant de fortes pertes lorsque arriva la crise.

C) Industrie du bois. — En parlant des différentes branches de l’économie nationale il ne faut pas omettre une branche qui tient une place intermédiaire entre l’agriculture et l’industrie et qui joue un grand rôle dans le commerce d’exportation, à savoir l’industrie et le commerce du bois et des produits du bois. La Pologne possède de grandes possibilités à ce point de vue. Mais la facon dont le problème du bois est actuellement traité comporte d'énormes imperfections dans ce pays. C'est ainsi que le bois brut et semi-manufacturé est surtout expédié à l'étranger. L'importance de cette exportation diminue continuellement dans la balance com-

merciale {voir le tableau suivant) :

Exportation du bois pendant les années :

| 1927 | 1928 1929 1930 1927 |1928 |1929 11930 En ions É zlotys. ; 1° En ne ne Bois brut Ë Wa | ME R | 256.2 | 296.2 169.1 | ol Fa 10.3 38.3 35 126.2

Bois semi manufacturé | 337.9 DZ A 2D40 211.4 153.2153.8 152.8 160.7

Produits finis. "10, 39.6 45,1 57.1 43.5 À 6.2| 7.6111.8112.5

Vannerie,,,,...,.. De 14 0.9 1#6 ISO TS INO S MNOTMAONRE

mess ms CE ee) CS PS PS PS

Total ............| 685.0 | 590.0 | 481.9 | 248.2 | 100! 100! 100 | 100

9, par rapport au montant total de l’expor- ; tatioN scsssssuso, | 26,3% 123,5 017,1 | 14,3 3 | SR |

. Î: Anñuairés dé slätistique dé l'Ofjice central de stalistique et Informations statisliques de l'Officé céntral de statistique, 1931, fase, 2,

RO

La diminution de l'exportation du bois polonais pendant les dernières années s'explique par la concurrence toujours plus âpre de la Russie qui entraine la diminution des achats en Pologne de la part de certains marchés qui ont pour elle une très grande importance, surtout de l'Allemagne. La crise actuelle exerce également une grande influence sur la situation de cette branche. Comme causes d'ordre intérieur, il faut considérer également le manque de fonds de roulement dont souffrent le commerce et l’industrie du bois ainsi que l'insuffisance de bonnes voies de communication terrestres et de cours d’eau aménagés qui provoquent un renchérissement du produit.

S 4 — Situation du commerce polonais et ses besoins de crédit.

De même que pour les autres branches de l’économie nationale, le partage de la Pologne en trois parties appartenant à trois organismes économiques différents eut une profonde répercussion sur toute l’organisation du commerce. D'une façon générale, la Pologne d’avant-guerre ne possédait pas d'appareil commercial bien solide n1 de relations commerciales directes avec les grands marchés étrangers. Comme nous l'avons déjà vu à d’autres occasions, l’économie nationale écoulait sa production et achetait les produits qui lui étaient nécessaires, en grande partie dans chacun des pays copartageants.

En effet, les organismes commerciaux particuliers à chacune des trois parties du pays étaient adaptés au marché auquel celles-ci étaient rattachées. Les rapports avec l'étranger étaient très limités, chaque partie de la Pologne se servant pour ceux-ci de l'appareil commercial du pays copartageant imtéressé. Le seul appareil commercial plus ou moins développé et qui entretenait des relations suivies avec l'étranger était celui du Royaume du Congrès. Il faut cependant dire que même ici les relations avec les marchés étrangers n'avaient pas un caractère direct, le commerce faisant aussi bien les opérations d'importation que d'exportation par l’intermédiaire surtout des grands centres de commerce allemands.

Un autre fait qui caractérise le commerce de toutes les parties du pays, c'est l’absence du grand commerce et la surabondance du moyen et très petit commerce et des intermédiaires en général! Il résulte de cet état de choses que le coût des produits pour la consommation s’en trouve augmenté, en même temps que sont réduits les bénéfices des producteurs. Le commerce coopératif, bien que se développant d’une facon importante, n'est pas encore arrivé à jouer un rôle considérable.

L'insuffisance de l’appareil commercial propre comporte notamment le défaut d'organismes propres à favoriser le développement des relations avec l’étranger, ainsi que d’entreprises de manutention et de standardisation des produits. Ces derniers, se dirigeant à l’étranger,surtout vers l'Allemagne, à l’état non épuré, ne s’écoulent qu’à des prix considérablement inférieurs aux prix mondiaux. C’est à l'étranger que les produits polonais sont standardisés et épurés, ce qui relève leur valeur marchande. Il en est ainsi surtout en ce qui concerne les produits agricoles?.

Rappelons ici encore un facteur qui rend difficile la tâche du commerce, augmentant en même temps les prix des produits: c’est l’insuffisance de voies de communication appropriées.

Etant donné l'insuffisance de capitaux dans le commerce privé à l’heure actuelle, c’est l'Etat qui, surtout à partir de 1926, agit beaucoup pour arriver à la rationalisation du

1. Nombre et chiffre d’affaires des entreprises commercialesa) d’après les catégories de patentes industrielles en 1928 :

Nombre Montant total Montant du

des entreprises du chiffre: chiffre d’aff.

d'affaires en par entreprise

millions de zl. en milliers cenrl DO ALES te D STAR 446.247 15.080 34 Catégorie LÉO RENS E 1.076 2.300 2.184 — LT ere 39.569 6179 174 — LM PÉTER Et 219052 4.942 23 — EVER mer 190.570 1.609 8

(Annuaire statistique de l'Office central de statistique, 1930, p. 258.)

Nous voyons donc nettement que c’est la très petite et moyenne entreprise commerciale qui est en très forte majorité. Par ailleurs, aussi bien le total du chiffre d’affaires annuel de celles-ci que le chiffre d'affaires par entreprise, est très faible.

a) Entreprises commerciales faisant le commerce de marchandises, institu-

. di 1, : . . . . . > tions financières, institutions d'assurance, entreprises de commission, de transport et autres entreprises faisant du commerce.

2. Une grande amélioration se fait voir à ce sujet dans ces dernières années.

PARLE gr A

commerce polonais. C'est l'Etat qui crée des entreprises de manutention et de conservation des produits, qui prend des mesures législatives pour la standardisation des produits destinés aux marchés étrangers, qui favorise et crée même seul des institutions pour le commerce avec l'étranger, ete. C’est dans le même but de favoriser le commerce national que le Gouvernement a créé et développe continuellement le nouveau port maritime de Gdyna ainsi que la Marine marchande.

Pourtant, les mesures prises pour l'assainissement et la rationalisation du commerce extérieur ne sont pas encore suffisantes; l'insuffisance de capitaux dont il souffre se répercute d’une façon funeste sur l’état des relations commerciales avec l'étranger, de même que sur sa puissance de pénétration sur les marchés étrangers. La pénurie de fonds de roulement du commerce d'exportation et la cherté du crédit ne lui permettent pas d'adopter une politique active d'expansion. Il en résulte qu'il n’est pas en état de concurrencer les produits des pays possédant des ressources de crédit plus importantes, surtout dans les cas où il faudrait disposer de crédit commercial à terme suffisamment long.

La conséquence de cet état de choses est le renforcement de la concurrence des produits étrangers sur le marché national, et ceci malgré l’existence d'une protection douanière et les prix plus bas des produits polonais. En effet, souffrant de la cherté du crédit à l’intérieur, le commerce polonais trouve un avantage à faire venir des produits de l'étranger, à condition d'obtenir des crédits suffisamment longs. C’est à cela qu'ont recours les exportateurs étrangers faisant ainsi le « dumping du crédit ».

Un autre fait qui est, lui aussi, pour beaucoup dans le phénomène de la pénurie en fonds de roulement dont souffre le commerce, c’est l'usage pratiqué sur une grande échelle du financement du commerce non pas par la voie directe, mais seulement par l'intermédiaire des entreprises industrielles qui, elles, fournissent aux commerçants des crédits en marchandises. Ce procédé, sans parler de l’inconvénient qui en résulte pour le commerce qui a également besoin de crédits en espèces, met celui-ci dans un ‘état de dépendance trop grande vis-à-vis de l’industrie. Cette dernière pousse très souvent la production au-dessus des besoins du marché et, étant forcée ainsi d’écouler ses stocks, exerce une pression sur le commerce par sa politique de crédits en marchandises

à terme plus long. Le marché n'étant pas adapté à Fabsorption de toute cette production, malgré le stimulant donné à la consommation, c’est le commerce qui, en fin de compte, se trouve détenteur de marchandises invendues et en face d’échéances qu'il n’arrive pas à régler. Finalement, les difficultés du commerce se répereutent sur la situation de l'industrie.

La différence énorme qui existe entre la structure économique d’un pays comme l'Angleterre, par exemple, et celle de la Pologne est un argument qu'on oppose aux raisons qu'invoquent les défenseurs d’une politique de financement direct du commerce, politique qui se pratique en Angleterre. C’est ainsi que, tandis que la production polonaise est destinée en grande partie au marché intérieur, l'Angleterre base sa production essentiellement sur les déborchés étrangers. C’est le commerce qui joue un rôle énorme dans la conquête de ses différents marchés. D’autres raisons que font valoir les défenseurs du système de financement indirect du commerce par l’industrie, sont la faible culture, l'absence d'organisation rationnelle et le faible développement du commerce polonais, en comparaison avec le commerce anglais. On souligne également le rôle du commerce national qui, surtout en matière de céréales, consiste à augmenter la chaîne des intermédiaires et à renchérir le prix du produitt.

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas nier cependant le rôle important que joue le commerce national aussi bien dans les relations intérieures que dans les relations extérieures, où il est arrivé à des résultats très appréciables, malgré des conditions difficiles de travail. La nécessité qui existe ainsi de procurer des crédits directs suffisants au commerce, pour lui permettre une expansion adéquate, est donc bien évidente.

En effet, l'inflation a fait apparaître, grâce à la vitesse de la circulation et des affaires, l'illusion d’une grande abondance de capitaux de roulement. Leur pénurie réelle, conséquence de la guerre et du ralentissement considérable du mouvement des affaires, n’est apparue vraiment que lorsque l'inflation se termina.

Le mouvement des affaires s'étant ralenti à ce moment, la crise consécutive à la stabilisation survint, augmentant encore le marasme. Ajoutons, d'autre part, la politique fis-

1. Stan. Pszczolkowski, Les crédits étrangers et leur rôle dans la politique du crédit polonais, Varsovie, 1927, p. 56-62.

cale du gouvernement, spécialement défavorable au commerce.

Cette pénurie de fonds, est devenue d’une grande acuité par suite encore de ce que, pendant l'inflation, nombre d’entreprises furent créées qui ne possédaient pas de bases saines. Elles ne pouvaient exister que dans les conditions anormales où elles avaient pris naissance. Ces entreprises n’ont pas voulu, bien évidemment, disparaitre immédiatement à la ün de l'inflation et faisaient de grands efforts pour se maintenir.

La politique de crédit qu'on suivit à l'égard du commerce n’a pas non plus favorisé la reconstitution de ses réserves.

Malgré la reprise des affaires qui dura jusqu'à la fin de 1928, le commerce n'est pas arrivé à reconstituer ses fonds de roulement: en l’absence de crédits directs, bon marché et suffisants, il fut obligé de se procurer les crédits nêcessaires sur le marché libre où le coût de l’argent était extrémement élevé. Le commerce a dû entreprendre en même temps le financement de la consommation rationale sur une large échelle, en corrélation avec la politique de crédit de l’industrie. Cette dernière, ayant augmenté sa production, faisait effort pour se débarrasser de ses stock*.

Le commerce à essayé alors de se procurer les fonds de roulement nécessaires à l’aide des crédits en marchandises obtenus auprès de l’industrie, crédits dont le terme devenait toujours plus long. Mais il en fut empêché aussi bien par la politique de l’industrie tendant à limiter ce procédé, que par le ralentissement de la consommation.

Etant donné l'épuisement de ses ressources et le coût très élevé du crédit, la situation du commerce empire chaque année et la crise actuelle s’est répercutée sur elle d'une façon très grave. Cette répereussion est d'autant plus forte qu'étant donnée sa grande insolvabilité, à l'heure actuelle, les crédits de la part de l'industrie se sont presque totalement arrêtés, les opérations se réglant, en partie au comptant.

Ce qui augmente encore les besoins de fonds (le roulement de la part du commerce des produits agricoles et qui tient à la structure même de l’agriculture, c’est Ie fait que la majeure partie des transactions s’opère au comptant.

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