SOURCES DE CREDIT
En face de besoins énormes que nous avons aperçus dans le chapitre précédent, quelles furent les sources de crédit dont disposa l’économie nationale.
En parlant des sources de crédit, il faut d’abord distinguer, d’une part, l'épargne intérieure proprement dite, c’est-àdire la mise en réserve des ressources monétaires sous une forme quelconque et prêtes à être employées soit dans un but de consommation immédiate, soit dans un but productif, et, d'autre part, les ressources provenant de l’étranger et arrivant dans le pays, soit sous forme de dépôts dans les institutions financières, soit sous forme de placements dans les entreprises nationales, soit comme capitaux desentreprises étrangères ayant leur siège social à l'étranger, destinés à l’activité en Pologne. Il est bien évident que les capitaux étrangers venant dans un pays peuvent avoir une influence profonde sur la formation de l'épargne à l’intérieur de celui-ci.
$S 1. — Epargne intérieure
Lorsque nous envisageons le problème de l’épargne intérieure, il est nécessaire de prendre en considération le fait de la grande diversité des formes sous lesquelles celle-ci peut se présenter. C’est ce qui rend difficile Pappréciation exacte de son montant. En effet, une partie considérable des capitaux est investie directement dans les exploitations et les entreprises où ils se sont formés, une autre partie est thésaurisée et n'apparaît pas de facon claire. Nous ne pouvons saisir que la partie de cette épargne qui n’est pas employée dans l’entreprise même, où elle s’est formée. Les capitaux n’apparaissent pour le bonheur des statisticiens que lorsqu'ils sont prêtés à d’autres entreprises, ou qu'un jeu d’écritures les fait apparaître dans les bilans de l'affaire même où ils sont investis!.
1. Le marché financier. Conférence de M. Olivier Moreau-Noret faite à la
Société des anciens élèves de l'Ecole libre des sciences politiques (Les problèmes actuels du crédit, Libr. Félix Alcan, 1930).
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Les formes sous lesquelles se distingue la capitalisation intérieure en Pologne ne sont pas, d’une facon générale, aussi nombreuses que par exemple en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis, etc... Les deux formes suivantes de l’épargne monétaire des particuliers sont les plus fréquentes et en constituent la presque totalité : ce sont, d'une part, la thésaurisation et, d’autre part, les dépôts placés dans les différentes institutions financières. (Cest. d’ailleurs, uniquement la seconde forme que la statistique fait apparaitre.
Il faut cependant mentionner un phénomène qui joue un grand rôle dans le problème de l'épargne en Pologne et constitue sa particularité, c'est l'importance des réserves du Trésor et des institutions publiques, très considérable par rapport au total des réserves du pays.
Il existe deux facteurs qui, dans l’épargne monétaire des particuliers, sont d’une grande nocivité pour le développement de toute l’économie nationale. Ce sont d’une part, la thésaurisation exagérée, d'autre part, l'existence d’un marché non organisé du crédit qui détient des capitaux considérables.
La Chésaurisalion a toujours été très développée en Pologne, favorisée par toute une série de facteurs. Comme nous l'avons dit ailleurs, la moyenne et la petite entreprise constituent la base de l’économie polonaise. L’allure des opérations de ces entreprises est généralement lente‘et les transactions n'intéressent que l’acheteur et le vendeur, sans faire intervenir les institutions financières. Le règlement de la plus grande partie des transactions, surtout de celles qui concernent la petite agriculture, a lieu au comptant, et comme l'habitude du dépôt dans les institutions financières n’a pas encore pris racine, il va sans dire que les disponibilités sont en grande partie thésaurisées. Les paiements par chèque ou par virement sont relativement rares.
Il faut également souligner le faible développement de certaines formes de capitalisation qui, dans les pays à niveau élevé de culture économique, jouent un grand rôle pour l’accumulation de l’épargnet. Le faible développement de l’enseignement et de l'instruction, l'existence d’un grand nombre d'illettrés, surtout à la campagne, amenant la méfiance envers
1. Par exemple les différents types d'assurances sur la vie, etc., les placements en valeurs mobilières. etc.
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les autres formes de placement que celle du bas de laine, ne sont pas non plus sans influence sur le phénomène de la forte thésaurisation.
I s’y ajoutait le faible développement du réseau d’institu- Lions financières privées et leur importance relativement peu considérable. [Il est vrai qu'il existait un système assez développé de caisses d'épargne et de coopératives de crédit. Cet appareil de crédit était assez bien adapté à l'accumulation de la petite épargne et disposait en réalité de sommes très importantes par rapport aux autres institutions financières. Il n’était pas cependant encore suffisamment développé et sa puissance de pénétration dans l’ancienne partie russe notamment était tout à fait insuffisante, surtout à la campagne.
Ajouté à cela le faible développement des voies de communications qui fait que les relations entre la campagne et la ville sont souvent impraticables en automne et au printemps, on aura dressé le tableau de la situation.
A tous les facteurs défavorables que nous venons d’énumérer, s’ajouta encore, après la guerre, l'insécurité et le manque de confiance envers toutes les formes de l’épargne monétaire.
L'inflation ne fut pas propice à la conservation de sommes disponibles un peu élevées en argent. Tous les fonds libres étaient convertis immédiatement en dépenses de consommation personnelle, en réserves de marchandises ou en investissements. Pour les mêmes raisons, la thésaurisation en monnaie nationale ainsi que le dépôt dans les institutions financières ne furent que très peu pratiqués. Les placements présentaient d’ailleurs exclusivement le caractère cle dépôts à vue.
Malgré cela, il faut cependant noter que, par suite de la durée du cycle des opérations agricoles, la population rurale détenait des capitaux monétaires relativement imporsants en monnaie du pays, ce qui lui occasionna des pertes considérables. La thésaurisation en monnaies étrangères, presque exclusivement en dollars, avait considérablement augmenté et des capitaux élevés furent maintenus de cette manière sans emploi.
L'inflation términée, en 1924, uné certaine partie des soi: mes antérieurement thésaurisées fut remise aux institutions financières et placée en dépôt en monnäies étrangères
ou en zlotys. L’allure de l’accroissement des ressources des banques, à titre de dépôts, resta très vive jusqu’à la crise de 1995. La thésaurisation demeurait toutefois extrêmement élevée, étant donné le manque de pleine confiance envers les institutions financières privées, dont, le réseau avait subi une énorme expansion pendant l'inflation, et à l'égard de la monnaie elle-même. Cette méfiance fut d’ailleurs en partie justifiée par la crise monétaire qui se produisit en 1925 et par la crise financière qui suivit, crises qui ébranlèrent la confiance à peine renaissante. D'autre part, l'appareil des institutions d'épargne, très actif avant 1914 {caisses d’épargne et coopératives de crédit), fut affaibli par la guerre et par l'inflation à laquelle son mécanisme n'était pas adapté. Sa puissance de rayonnement fut infime pendant les premières années qui suivirent l’inflation.
Instruite par cette dernière, la population augmente considérablement sa thésaurisation en monnaies étrangères dès que les premiers signes de la crise du zloty e& des krachs de banques apparaissent en 1925. Une partie considérable des dépôts, aussi bien en monnaie nationale qu’en monnaies étrangères, est retirée des banques. :
Cependant, la détente financière et la stabilité du cours du zloty, à partir de la seconde moitié de 1926, le renforcement très important des institutions financières, dont les méthodes de travail sont devenues plus prudentes, le développement considérable du réseau d'institutions de crédit à caractère social (Caisse postale d'épargne, caisses d'épargne, caisses de prêts et d'épargne des communes rurales, coopératives de crédit) dont la puissance financière et le rayonnement augmentent en même temps, tous ces facteurs favorisent la réduction importante du mouvement de thésaurisation. Celle-ci reste considérable malgré tout, influencée par des facteurs d'ordre psychologique provenant de l'inflation et des conséquences générales de la guerre. Bien que la thésaurisation en monnaie nationale soit élevée, celle en monnaie étrangère reste également importante; elle trouve encore un autre facteur d'encouragement dans larémunérationrelativement faible qu'obtiennent les dépôts dans les institutions financières, par comparaison avec le taux d'intérêt qui règne sur le marché privé. La loi fixe, en effet, un taux maximum d'intérêt que les premières sont forcées de respecter tandis que le second