‹ L'orgie latineChapitre 64 sur 74 · AME · texte numérisé non relu

AME

Tu ne souffriras pas plus longtemps le scandale qui déshonore ton règne!. s.

CLAUDE, laissant tomber la coupe qu’il portait à ses lèvres.

Quel scandale?

CALPURN1E.

Quoi, tu ne sais rien? Tu es le seul dans Rome! César Auguste!

CLAUDE

Tu m’embêtes, je ne veux rien savoir.

FLAVIE, s’interrompant de chanter .

Messaline s’amuse.

Moi aussi.

CLAUDE

FLAVtE.

Non, toi tu fais semblant... Et puis, quand même cela serait, tu es le maître, tandis qu’elle te doit soumission et obéissance.

CLAUDE

Enfin, de quoi est-elle coupable?...

MÉRYSTÀ.

Tu ne te fâcheras pas?

CLAUDE

Non, je suis trop fatigué.

CALPURNIE

Ce soir, mais demain?... Lorsque ta colère se réveille, elle est terrible 1

CLAUDE

Vous en a Ve? trop dit pour ne point aller jusqu’au bout... Je n’ai jamais châtié les courtisanes ; nous n’avons plus qu’elles pour relever notre règne.

CÉSONIA.

Écoute doncL. On se moque de toil

n ■— mmrnmmmmÊmmm — — — *— — 0

CALPURNIE

Messaline t’a joué, mon cher, une comédie indigne, et tu as coupé dans toute cette histoire.

J’ai coupél... Moi!...

MÉRYSTA.

Sais-tu ce que l’Augusta a osé faire ?...

CALPURNIE, avec volubilité.

Lorsque les mets et les vins miellés d’épices ont exaspéré ses sens, elle se dépouille de tous ses vêtements, et, tandis que des esclaves femmes soufflent dans des trompettes d’argent, elle se livre à Silius.

CÉSON1A.

Et Silius la livre à ses amies.

CALPURNIE

Oui, pour mieuK recommencer après. Mais Silius ne pouvant les contenter toutes, elles réclament Priape à grands cris. Le triclinium retentit de leur gaîté lascive et multiple.

AXIE.

Vrai, nous n’en faisons pas autant.

CÉSONIA

Ce n’est pas tout. Hier, les amants de Messaline se sont déguisés en singes pour lui plaire.

CALPURNIE

Ce n’était point assej, elle demandait un âne!

CLAUDE, bégayant et bavant.

A... Allons, vous... vous... exagère?! Un âne?...

HÉRYSTA.

Tu crois, sans doute, qu’un bouc aurait suffi?...

CLAUDE, complètement ivre.

Ah 1 ah t ah 1 j’aurais voulu voir ça !

CALPURNIE

C’est un spectacle que tu pourras t’offrir comme tous tes sujets. Et puis, si tu doutes de nos paroles, demande à Narcisse de te renseigner... On s’est moqué de toi aujourd'hui, hier, toujours...

CÉSONIA.

Écoute encore : Messaline, avec d’autres femmes, est allée insulter la déesse de la Pudeur et salir son piédestal, tu peu?c t’imaginer comment, après une orgie plus compliquée que les autres... Ensuite, elles se couchèrent toutes nues et s’embrassèrent avec frénésie, pour attirer les passants.

CLAUDE, retrouvant un peu de lucidité.

Ce n’est pas vrai!

CALPURNIE

Pas vrai?... Veujc-tu d’autres détails?... Interroge Narcisse qui est ton ami véritable. Il est prêt à te demander pardon de t’avoir caché l’adultère de Hessaline avec les Rufus, Calpurnianus, Hnester, Césoninus, Virgilianus et tant d’autres. Hais, dès aujourd’hui, si tu laisses faire, tu n’es plus le maître de l’Empire. Hessaline t’a répudié, César; son mariage avec Silius a eu pour témoins le peuple, le Sénat et l’armée : si tu n’agis promptement, Rome est à son nouvel époujc.

CLAUDE

Ce n’est pas possible.. Nais, à tout hasard, je vais faire tuer tou* ceux que i’on soupçonne d’avoir eu Nessaline.

CALPURN1E.

Halte-là \ César Auguste, tu dépeuplerais Rome!

X Vt. - LA ROUTE D’OSTIE

Messaline , cependant, avertie par la rumeur publique , et conseillée par la grande prêtresse Vibidia , a quitté Rome pour tâcher de reprendre Claude et de se disculper à ses yeux. Elle avait traversé la ville à pied , accompagnée seulement de trois personnes , si grande était la solitude faite autour d’elle, en un instant, par la tempête. C’est, partout , une horreur soudaine ^de ses hontes, sans aucune ^miséricorde. Enfin, elle, a séduit le conducteur d’une charrette de fumier

et, juchée sur les immondices, elle va à la rencontre de t’Empereu » sur le chemin d’Ostie Mais Narcisse, Pallas et Calliste, les trois affranchis, veillem au salut de l’État. Et, tandis que Messaline, à l'abord du cortège auguste, se lamente et prend les dieux à témoin de la pureté de sa conduite, ils occupent l'attention du maître indécis.

MESSALINE, levant les bras au ciel.

Je suis la mère d’Octavie et de Britannicus, je suis ta Messaline !... 0 Claude! jette vers moi un regard favorable... Nos enfants ne sont donc pas près de toi?... Je leur ai ordonne' pourtant de venir se jeter dans les bras de leur père...

NARCISSE, à l'empereur.

Ton estomac est délabré par les orgies d'Ostie, nous te ferons, ce soir, des tétines de truie et des gélinottes aux croupions savoureux... Et, pendant le dîner, un aretalogus extraordinaire te fera rire.

CLAUDE

Je voudrais un paon rôti avec des oursins roses dans le ventre!

MESSALINE, pleurant.

Je suis celle que tu as si tendrement pressée dans tes bras et qui, seule, sait ranimer tes désirs chancelants...

CALLISTE, répondant à une demande de Claude .

Non, pas de palourdes au garum, tu sais que tu as failli mourir d'une indigestion, la dernière fois qu’on en mit sur ta table.

MESSALINE

De quels sombres projets t’entretient cet espion?... Ne l’écoute pas, il fera ton malheur et le mien... Ah! Narcisse, Calliste, Pallas, ces trois compères sont tes âmes damnées!... Ils te détournent de moi! Claude! Claude ! je te donnerai les baisers dont tu as envie!... Je verserai dans tî coupe le vin de Cécube et de Falerne que tu aimes tant! Nous nom griserons ensemble comme par le passé!

CLAUDE

Que... que... dit... dit... cette femme?

»jLz. - / »

NARCISSE

Elle veut le faire goûter d’un vin empoisonné!

CLAUDE

Mais c’est Messaiinel... je crois? Ma chè... chè... ma chère...

NARCISSE

Oui, c’est l’épouse coupable, la créature dégradée qui a souillé ta couche... Ne l’écoute pas, ou tu es perdu 1

CLAUDE, toujours bégayant.

J’ai... J’ai... bien mal à la têteî... Pourquoi Largus Cécina et Vitellius me dérobent-ils la vue... vue... de l’Impératrice?... Malgré ses forfaits, elle est agréable à con... templer... Et puis, non, vous avej raison, les courtisanes d’Ostie m’ont trop fatigué... Une tétine de truie bien grosse, dans du miel de L^bie, fera mieu?c mon affaire.

La litière impériale continue son chemin au milieu des soldats qui dressent, avec des plaisanteries suburranes, leurs piques contre la charrette de Messaline. Le cortège entre dans la ville , et Claude somnole doucement , lorsque la prêtresse Vibidia fait entendre, près des jardins de Lucius et de Caïus , un long hululement.

V1TELLIUS, militairement.

Bon, voici maintenant la vieille chouette. Nous n’en finirons jamais î...

CLAUDE, se réveillant en sursaut.

Malheur sur moil C est le hibou vengeur qui, la semaine dernière,

chantait la nuit sur le Palatin, (il cache sa tête sous son manteau de pourpre.)

VIB1DIÀ.

Père sans entrailles U.. Tu as renvoyé tes enfants, Britannicus et Octavie!... Époux sans coeur î... Tu n’as pas écouté leur mère, la bonne Messalineî... Tu entendras, du moins, les conseils de la Vestale sacrée qui n’a pas craint de brader tes huées de la populace pour te crier : « Casse-cou I... Où vas-tu?... Où vas-tu?... i

VITE LLIUS. -

Arrière, vieille sandale! cothurne hors d’usage! nous en avons assert... L’Empereur n’est plus dans les langes, il sait ce qu’il fait... Retourne à ton réchaud et que le feu sacré ranime en toi d’autres ardeurs que celles de la révolte!

VIBIDIÀ.

Malheur! Malheur!... sur ceux qui méconnaissent mes fonctions divines...

CLAUDE, épouvanté.

Nous avons peut-être tort, tout de même?...

NARCISSE

Ne vois-tu pas que cette femme est un homme qui a pris les vêtements sacrés!, j.

' CLAUDE

Un homme!... Tu crois ?

NARCISSE, aux prétoriens.

Écarte? l'impudique pour que nous puissions enfin, par la Voie Triomphale, gagner la maison de Siliusl...

CLAUDE

Alors, tu dis que c’est un homme habillé en femme?...

NARCISSE

Oui, qui voudrait sauver l Augusta... Un de ses derniers amants!

Là-dessus, Narcisse et Pallas , plus corrects, assurent à l'Impératrice, toujours sur son chariot de fumier , que l’Empereur lui, donnera la faculté de se disculper ; à la Grande Vestale, qu’elle doit, en attendant, retourner à ses fonctions sacrées. -1 Et le cortège passe. >

g VII. - LA MAISON DE SILIUS

Maintenant, salaude est devant la demeure de Silius. A coups de hache, on en a brisé les portes. L’Empereur tout engourdi , avec un vague mal aux cheveux , contemple , dès le seuil, les dépouilles des Césars. D'abord , il a vu, dans le vestibule, la statue du père de Silius dont un sénatuseonsulte avait proscrit les images ; il retrouve des meubles précieux, des objets d'art , de grand prix, disparus du palais des Césars et offerts au beau patricien, par l’Impératrice , en récompense de ses baisers et de sa félonie.

CLAUDE

Voici la vasque de porphyre où Auguste et Tibère prenaient leurs bains de siège, assaisonnés de nard et de vin de Chio pour lui donner du ton, avant les brûlants combats...

NARCISSE

Voici le cratère d’or où tu bus la liqueur de Tasos, mêlée de cantharide, quand tu voulus donner un héritier à l’Empire... ( a Viteilius , qui assiste à tous ces événements sans rien dire.) Parle un peu, Censeur] Tu as l’air de ne rien savoir!...

V1TELLIUS, mécaniquement.

0 crime! ô forfait!

CLAUDE

Ce soutenir m’attendrit!... (// pleure) C’est ainsi qu’est né Britannicus.

NARCISSE, l'entraînant dans l'atrium et le thalamus.

Au contraire, il devrait te faire bondir de rage!... Quoi! tes plus doux et tes plus chers trésors sont ici, che? ton rival..., toutes tes richesses familiales!

CLAUDE

C’est, ma foi, vrai!... U faut sévir... Plus

NARCISSE

Je suis heureux de te voir dans ces viriles dispositions... Oui, plus de pitié pour la femme adultère! Plus de honteuse complaisance pour ceux qui méconnaissent ton rang et ton pouvoir. Tu es venu, tu as vu!... A toi de vaincre! César!... Nous vaincrons... (a Viteiiius) Parle donc, abruti!

VITELLIUS, remonte.

O facinus! O scelus!... (O crime! O forfait!)

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