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CHAPITRE XIV

l.r,s |>riaiei|»es du tli'oît n:iturel, «lu droit public et du concert européen comparés à ceux de risiamisnie.

Une fois le principe admis qu'EN Europe un état ne peut

Al! DIX-NEUVIÈME SIÈCLE RESTER EN DEHORS DE LA CIVILISATION,

il faut, avons-nous dit, que le gouvernement qui préside aux destinées de l'empire byzantin subisse tôt ou tard une réforme radicale : en effet, tout dans ce gouvernement est en hostdité avec les principes des autres membres de la famille européenne.

Quand à force d'obsessions ou de menaces il obtient une proclamation de réforme, l'Occident se réjouit. «Les Turcs se civilisent! » dit-il, en oubhant trop facilement que l'islamisme prohibe l'adoption ou l'imitation des coniiaissances et des habitudes étrangères, prescrit à ses sectateurs de ne garder leurs promesses qu'envers les seuls

mahométaiis, les dégage de toute pareille obligation visà-vis de ceux qui ne sont pas musulmans (catholiques ou orthodoxes), et que par conséquent toutes les réformes partielles imposées aux Turcs sont destinées à rester à l'état de lettre morte après quelques semblants de tentatives. Loin de nous la pensée d'incriminer la loyauté d' Abdul- Medjid; mais il est une chose plus forte que le vouloir du souverain, ce sont les mœurs. Aussi le disons-nous hautement, en vain le Sultan déclarera-t-il que tels ou tels droits seront communs entre ses sujets, sans distinction de culte, ce ne seront jamais que des promesses. Nous le demandons aux turcophiles, jusqu'ici aucun hatti-schériff empreint de l'esprit de la civihsation chrétienne a-t-il répondu aux espérances que l'Occident avait conçues? Voyez le fameux tanzimat de 1839, qui consacrait le droit des chrétiens d'ester eu justice et d'y témoigner : fut-il donc apphqué ? Non, pas plus que ne le sera le hatti-houmayoun. Ce sera toujours la répétition de cette séance du Mehkemé de Mahmoud-Pacha (l'un des principaux tribunaux de Constantinople) , dans laquelle un chrétien plaidant contre un • Turc voulut proposer le témoignage de quelques-uns de ses coreligionnaires... — « Le témoignage d'un chrétien contre un mahométau n'est pas admis devant le tribunal de Dieu, » répondit le juge. — « Mais, seigneur, le tanzimat?... — Giaour, la Porte peut accorder tout ce qu'elle voudra et à qui elle voudra; mais quant à nous, musulmans, nous ne connaissons qu'une loi et qu'un tanzimat, le Koran, comme il n'y a qu'un Dieu et que Mahomet est son prophète. »

On le voit, les lois sont sans force quand les moeurs sont en opposition ouverte contre elles. L'Europe a déclaré trop solennellement l'importance qu'eUe attache à l'améhoration du sort des chrétiens en Orient, dans l'intérêt du maintien même de son équihbre, pour qu'elle n'exige pas que

ce qui fut promis soit tenu; mais, nous le prédisons, si dès aujourd'hui elle ne s'attaque pas directement à l'islamisme lui-même, après c|uelques années de paix, quand les esprits seront distraits de cette éternelle question d'Orient par d'autres préoccupations, le principe mahométan escamotera encore ces franchises.

Ce sera alors à recommencer, si, comme il plaît à la chrétienté de le croire, ce monstre a vraiment perdu toute viabilité. Mais si, comme les turcophiles l'espèrent, les musulmans doivent se relever de leur chute et qu'ils soient appelés à reprendre leur ancienne force, en ce cas que les Autrichiens les attendent encore à Vienne, que les Moscovites se préparent à leur payer comme autrefois tribut, et que les Français se rappellent les musulmans maîtres de l'Espagne ! La révobition des Indes a fait déjà assez comprendre aux xingiais à quels périls on s'expose lorsqu'on ose compter sans son hôte. Les chrétiens d'Orient sont peutêtre ceux qui, pour beaucoup de raisons, seraient encore les moins à plaindre vis-à-vis d'une si terrible éventualité ! • Car, on ne saura jamais le répéter assez, la civilisation chrétienne et l'islamisme ne peuvent marcher ensemble.

Il n'est pas un principe de droit primitif moderne, pas un des principes du droit naturel lui-même, dont l'islamisme ne soit en quelque sorte le contre-pied. L'obstacle constant à toute réforme est là : Tout est à changer en Orient.

Malheureusement c'est ce dont on n'est pas assez convamcu ; de là tous ces mécomptes des hommes d'État, toujours portés à traiter avec la Sublime Porte comme avec le gouvernement d'une société régulièrement organisée.

Or, nous le demandons, peut-on qualifier de ce nom un pêle-mêle d'individus juxtaposés, oppresseurs les uns, opprimés les autres, n'ayant entre eux rien de commun que la misère ?

Non, mille fois non, là où il n'y a ni famille, ni sûreté

pour les individus^ 7ii liberté ni propriété respectées, il n'y a et il n'y aura jamais de société. Avant de traiter avec la Porte, il faut faire de cette soi-disant société islamique une société vraiment digne de ce nom! Mais rêver une société là où il n'y a pas de famille est tout bonnement absurde. « Les familles, dit Puffendorf, sont la pépinière de l'État, les petites sociétés dont se forment les grandes sociétés que nous appelons nations. » La base de la famille, c'est le mariage, qui unit d'un lien indissoluble un seul homme, chef de cette petite société, à une seule femme, son égale et sa compagne. D'après l'islamisme, la femme est un objet de luxe, un instrument de plaisir, elle n'est pas épouse; exclue de toute espèce de droit, elle n'a pas pour mission de continuer cette personnalité morale que nous appelons famille ; car l'enfant de l'esclave achetée au marché ou de la prostituée a les mêmes rapports avec le père que l'enfant de la concubine ou de celle qui prend le titre d'épouse. L'affection du maître, comme elles l'appellent, voilà pour les femmes turques ce qui établit entre elles le premier rang; aussi, comme leur bonheur dépend de l'attachement que leurs seids charmes peuvent faire naître et entretenir, et non, comme dans la civilisation chrétienne, des enfants qu'elles donnent à leur mari pour le continuer, pour ainsi tUre,dans l'avenir, la grossesse est regardée par toute mahométane comme un malheur, qu'elle se hâte de faire cesser par l'avortementl... et l'on veut voir une société réformable là où le crime est en honneur !!!...

Nous disons bien, en honneur; car l'État tolère des maisons ouvertes à ces mères indignes poiu- commettre cet attentat antisocial, cet attentat contre nature, comme les nations d'Occident protègent les orphehnats et les maternités !

Après ceux qui s'étendent à la famille, les premiers soins d'une société doivent être la garantie de la sûreté

in,'i LES l'.ÉFOIlMES

du citoyen, le respect de sa liberté et de sa propriété, Tencouragement de ses efforts pour améliorer son sort.

c( La garantie de la sûreté du citoyen, dit Watel, doit s'obtenir par les mesures que les conducteurs des sociétés prennent contre tout ce qui peut nuire à la conservation de l'homme, ou lui occasionner quelque lésion : car les sociétés existent parce que les hommes s'y sont réunis pour augmenter leur sûreté et leurs moyens de défense; mais si elles accroissaient les dangers et compromettaient cette sûreté individuelle, leurs membres devraient bien plutôt se fuir que se rechercher, Dn moins ces sociétés seraient considérées avec raison comme un mal et non comme un bien.

« La garantie de la liberté naturelle et individuelle du citoyen doit s'obtenir par les soins assidus des conducteurs de la société à procurer à tous les membres la jouissance de toutes les facultés intellectuelles et physiques dont ils sont doués par la nature, sans nuire à autrui. La garantie de la propriété du citoyen doit lui être procurée par la société et ses conducteurs au moyen des soins que ceux-ci prendront pour encourager le développement de l'industrie et surtout de l'agriculture . La société ne peut méconnaître cette base fondamentale du bonheur de l'homme sans agir directement contre le but de sa propre institution, w

Vodcà les principes de la civilisation chrétienne. Voyons l'application qu'en fait l'islamisme.

L'empire byzantin, avant son envahissement par la dynastie mahométane, couvert de villes et de villages, était dans un état réel de prospérité ; mais les prmcipes de l'islamisme sont : conquête et destruction de tout ce qui résiste à la parole du Prophète. Le pays fut donc couvert de ruines, les travailleurs dispersés ou massacrés; ceux qui acceptèrent le turban accrurent la misère en augmentant de leur nombre celui des pillards!

Aujourd'hui encore, cet état de choses est en quelque

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sorte l'état normal de ces malheureuses contrées. Le seul champ de Thessalie suffirait à nourrir l'État, mais les exactions et l'arbitraire tuent le cultivateur. Lorsque nous parcourions ces pays, comme membre de la commission nommée pour appliquer le tanzimat dans la RouméUe, à la vue de ces champs couverts de ronces, nous ne pûmes nous empêcher d'en faire un reproche aux habitants. Seigneur^ nous répondit le primat d'un village d'Olympe, il vaut mieux ne rien faire et avoir faim^ que travailler et avoir faim. )>

« Les pays, dit Montesquieu, ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté, et si l'on cUvise la terre par la pensée, on sera étonné de voir la plupart du temps des déserts dans les parties les plus fertiles et de grands peuples dans celles où le terrain semble tout refuser. »

« — Quel est, » demande à son conducteur le voyageur occidental, « cet homme robuste qui secoue son bâton d'un air si furieux? — Quelque laboureur qui rentre chez lui, où sa femme et ses enfants meurent de faim et de froid, et qui ne peut plus les secourir. Sans doute le collecteur d'impôts lui a saisi ses bœufs, ses instruments aratoires, peut-être même sa semence et ses habits, si l'on en juge par les haillons dont il est couvert.»

Et ce n'est pas là un fait isolé ! Et l'on parle de réformes ! Et depuis quand l'anarchie se réforme-t-elle? L'on renverse l'anarchie, l'on ne l'organise pas; ce n'est pas une améUoration qu'il faut désirer, c'est un changement racUcal, un changement du tout au tout, une révolution en un mot. Si le gouvernement le savait! ces abus cesseraient,

disent les turcophiles Mais il le sait !... Ce que nous

quahfions abus, pour lui c'est la règle... Ces exactions, il en partage l'odieux et les bénéfices ! La terre n'est-elle pas tout entière au Grand Seigneur? Les giaours ne sont-ils

pas tenus de par le Koraii de nourrir les musulmans? Un village est-il dévasté ; si les habitants ont l'imprudence de s'en plaindre, tanzimat, liatti-schériff, etc., à la main, le gouvernement de la Sublime Porte expédie un ordre, emphatique jusqu'au ridicule, au pacha gouverneur de la province, pour réprimer et punir les malveillants qui troublent le repos et la tranquillité pubUcs.

Le pacha aussitôt fait arrêter les notables des villages, que desaffidés accusent de comijlicité avec ceux-là même qui les ont pillés; on les jette dans les cachots, exposés au froid, à la faim et à la vermine, et la torture finit par leur faire avouer une complicité stupide; alors, pour échapper à de nouvelles tortures, ils se rachètent au prix de ce qui ne leur fut pas enlevé par leurs prétendus associés ! S'ils ne peuvent payer cette rançon, on les fait pendre, et leurs têtes ou leurs oreilles sont envoyées à Constantinople, pour convaincre les fonctionnaires qui donnèrent les ordres de réprimer les perturbateurs, que l'exécution n'en fut pas lucrative.

Si le contraire a lieu, le produit de ces incarcérations illégales se partage hiérarchiquement, et le gouvernement reçoit, avec un exposé motivé, les oreilles ou les tètes de pâtres ou de voyageurs, témoignage de la répression des brigandages!... Yoilà les mœurs : faites des lois maintenant! Mais, dira-t-on encore, il suffit de réorganiser l'armée ; elle réprimera alors tous ces abus. Mais l'armée elle-même a dans le Koran des passages qui l'autorisent à faire pis encore. L'armée? Mais c'est l'armée qui commet ces horreurs; a-t-on oublié tous les crimes commis pendant la guerre de Crimée, moins nombreux pourtant alors que dans l'état normal? L'on ne veut jamais songer que tout mahométan, étant de droit soldat et fonctionnaire, a, pour ainsi dire, le droit de grever le trésor, et que si celui-ci ne suffit pas pour compléter sa solde, il se croit, le

Koran à la main, fondé, en dépit de tonte loi et de tonte prétendne réforme, à spolier les chrétiens on giaours, dont le travail Ini appartient et que l'islam proclame ses esclaves. L'armée doit y/ore des biens du sol conquis^ Varmée doit conquérir pour vivre^ voilà la parole du Prophète. — Le sol natal n'est-il pas toujours le sol conquis?

Aussi, loin que les conversions à l'islamisme deviennent une force pour le gouvernement turc, elles augmentent la misère, puisque le nouveau converti, en prenant le turban, a droit à sa part des avantages que le Koran consacre pour tous les musulmans .

Les bannis, les banqueroutiers frauduleux, le rebut de l'Europe chrétienne, en arrivant sur les terres de l'empire byzantin, ne manquent jamais de se déclarer mahométans, afin d'avoir leur part de pillage.

Voilà ce qu'est l'armée turque d'après le Koran. Mais si tout mahoraétan a le droit d'être soldat, il en a le devoir ; à chaque heure il peut être requis de prendre part à la guerre. — En 1844 Riza-Pacha, ayant à réprimer des désordres dans les provinces, rassemble les hommes dans les mosquées de Constantinople et, sous prétexte de leur lire un firman, les entoure, en fait arrêter quinze mille que l'on attache les mains derrière le dos, que l'on embarque et que l'on expédie à la conquête des pays révoltés.

Le droit public veut que «les personnes et les choses prises par l'ennemi en temps de guerre soient rendues à leurs premiers propriétaires après qu'elles sont passées par la paix sous la puissance de l'État auquel elles appartenaient, ou que l'ennemi en est chassé : ce qu'on appelle le droit de la postimanie. » (Watel).Mais les Turcs, que nous venons de voir traiter leurs propres provinces révoltées en pays ennemi, ont encore ici une règle contraire non-seulement au droit public européen, mais à toute idée d'équité. — La conquête, voilà leur mission ; aussi étendent-ils

le mal et les abus de la chose à toute reprise sur l'ennemi. Une fiction veut chez eux que le sol resté trois heures aux mains de l'ennemi soit traité comme bien de l'ennemi ! et les habitants comme ennemis! Quelle société, qui pour obéir à sa prétendue mission de conquérir, se conquiert et traite en conquête son propre sol !

Chios, île aussi célèbre dans l'histoire ancienne qu'admirée par tous les écrivains et les voyageurs modernes pour la sagesse de son administration communale, ses établissements de charité, ses écoles, ses bibliothèques, ses fabriques, son industrie et l'activité de ses habitants, avait traité et conclu en 1 566 avec le sultan Soliman une espèce d'autonomie, quoique soumise comme vassale à la Porte, En 1694, Venise en chassa les Turcs et s'en empara. Mezzomorto, corsaire tunisien, reçut l'ordre de délivrer les habitants de Chios des chiens envahisseurs. Les Chiotes, écrasés d'impôts par les Vénitiens, accueilHrent Mezzomorto en Ubérateur, se liguèrent avec lui et chassèrent en quinze jours les Vénitiens. Mais une fois l'île reconquise, malgré le serment du grand amiral de respecter leurs anciens droits et privilèges, l'île fut confisquée au profit du trésor et les habitants réduits en esclavage , et ils ne durent qu'à l'intervention de Maurocordato et de Houssein- Pacha de n'avoir à payer pour leur rançon que cinquante mille bourses!...

« Mais, dira-t-on, aujourd'hui la Porte n'est pas ainsi esclave de ses préjugés islamiques ; aujourd'hui elle patiente, elle fait comme Samson, elle attend que ses forces reviennent ; » mais hier dit assez ce qu'elle fera demain, si l'on croit la lier avec des traités ; les traités lient ceux qui les signent, peut-être. Nous ne révoquons pas leur bonne foi ; mais les traités n'effacent pas le Koran : le naturel revient toujours au galop.... les mœurs l'emportent toujours sur les lois qui leur sont contraires.

En 1821 la révolution grecque éclate; Chics, quoique chrétienne, n'ose aspirer à la conquête de sa liberté, privée qu'elle est de moyens de défense, et la fidéUté de ses habitants à la Porte ne les obhge pas moins, pour subvenir à la guerre contre leurs propre conationaux, de vendi^e les vases et ornements de trois cent douze églises, et de payer un impôt huit fois plus lourd que celui de l'année précédente. La Porte en outre exige quarante otages, qui lui sont Uvrés comme garantie que l'île ne secouera pas le joug. Cependant les Grecs font une descente dans l'île, les Turcs accourent, les habitants restent fidèles à leur parole ; c'est en vain : quand les Grecs sont chassés, l'amiral turc fait pendre les otages, le métropolitam et quarante des principaux habitants ; cinquante mille infortunés de tout sexe, de tout âge, de tout rang, sont massacrés; cinq mille filles vont peupler les harems, vingt mille garçons sont circoncis, et le reste est traîné en esclavage.

Pauvre Chios ! Quand l'Europe consacra l'indépendance de la Grèce, ceux qui se disputent Périm, les maîtres des Indes, les conquérants de l'Afrique et du nouveau monde, lui refusèrent, malgré ses instincts, son origine, son autonomie et ses sacrifices , le droit d'être incorporée au nouveau royaume chrétien, pour la raison que Chios était trop près de VAsie !

Qu'espère-t-on donc fau'e avec un tel peuple, si cruellement imbu des principes les plus antisociaux ! Le civiliser peu à peu? Mais où sont les éléments? Tout est à refaire, nous ne cesserons de le répéter. Le commerce adoucirait les mœurs en augmentant le bien-être; mais le commerce!... est-ce le fait de ceux qui disent : «Le Koran nous a dit de combattre.» Le commerce!., mais c'est quelque chose qui tient de la civilisation ; il n'y a pas de place pour lui, par conséquent, dans les préoccupations des Turcs. Qu'il nous suffise de rappeler, d'après le cheva-

lier Étoiî, leur langage : « Nous ne devrions pas trafiquer avec ces peuples qui viennent acheter chez nous de riches marchandises; au lieu de les leur vendre, nous ne devrions traiter qu'avec ceux qui nous apportent ces mêmes objets manufacturés, afin de nous épargner la peine de les manufacturer nous-mêmes. »

D'ailleurs le commerce vit de confiance, et le gouvernement lui-même s'est plus occupé de falsifier ses propres monnaies que d'encourager l'industrie dans l'État. En vain l'on prétend amener la Sublime Porte à traiter également chrétiens et mahométans, tout dans l'empire byzantin, chez les Turcs, s'oppose à cela. Les impôts, qui dans tout pays civilisé, doivent être supportés par tous ceux qui participent aux avantages de protection qui leur sont dus en échange , en proportion de leurs facultés et des avantages qu'ils retirent de la société, dans le système turc pèsent exclusivement sur ceux qui ne sont pas mahométans de religion. L'impôt est dans ce pays le tribut séculaire des autochthones à leurs conquérants. D'ailleurs, comme nous l'avons dit, le Koran à la main, le mahométan étant soldat, ne peut ètrecontriJHiable, mais rétribué. Les chrétiens n'ont la vie sauve qu'à condition d'aider l'armée à vivre, quand la conquête ne suffit pas (et l'on sait ce que les conquêtes lui rapportent aujourd'hui). Enfin le chrétien est un giaour, un chien. La force peut exiger des droits pour lui ; mais ils ne dureront que le temps que durera la force.

Si en effet le hatli-houmayoun proclame que tous les sujets de V empire sans distinction de race et de religion sont égaux à ses yeux, dans le même acte, déjà! au Heu de décréter des triliunaux fixes et uniformes, on étabht des tribunaux mixtes pour juger les discussions entre mahométans et chrétiens, des communes spéciales pour les rayas, et par-dessus le maintien de tous les privilèges et immu-

nités spirituelles accordés ab antiquo à toutes les communautés chrétiennes ou d'autres rites non musulmans; c'est-à-dire que les représentants des puissances chrétiennes avaient été entraînés par la force de l'islamisme à tolérer la continuation de la division du peuple byzantin en diverses castes de race et de religion définitivement séparées entre elles, tout en proclament l'égalité civile, politique et religieuse!... Tant il est vrai que tant qu'une réforme radicale ne sera pas faite, peu à peu l'islamisme, avec ses tendances anarchiques et ses principes dissolvants, en arrivera à annuler toutes les concessions qu'on aura obtenues, et que le traité de Paris serait à refaire si, comme nous le disions plus haut, Dieu lui-même, qui y fit insérer le principe de la nécessité d'une christianisation des loiset dugouvernetnent, pouvaitdésertersa propre cause.

Enfin un fait nouveau démontre encore plus clairement comment les Turcs entendent l'admission de l'empire byzantin dans le concert européen. Les grandes puissances, en déclarant dans le traité de Paris que toute atteinte à l'intégrité de l'empire du Sultan serait regardée par elles comme une atteinte à l'équilibre européen, ont certainement eu moins en vue d'empêcher l'afiaiblissement de cet empire que d'éviter tout accroissement de territoire fait à ses dépens au profit de l'une quelconque d'entre elles ; aussi ne pouvons-nous nous empêcher de faire remarquer la manière singulière dont ce traité est déjà observé; il y a casus helli dans toute agression contre la Turquie pouvant entraîner perte de territoire, et la Sublime Porte vend elle-même à l'une des puissances signataires l'île de Périm! Ce que la conquête ne peut obtenir, l'argent et les menaces l'obtiennent.

Que l'on dise maintenant que l'on peut traiter avec un gouvernement basé sur l'islamisme ! que l'on peut admettre dans le concert européen un empire dans lequel

s'interprètent de la sorte les conditions les plus solennelles; un gouvernement toujours prêt à accepter toutes les faveurs que les autres gouvernements lui accordent, comme à éluder tout ce qui peut le lier envers eux!

Et les prétentions actuelles des Turcs sur le Monténégro ne prouvent-elles pas assez comment ces gens entendent participer aux avantages du concert européen?... Ils réclament la souveraineté du Monténégro pour l'avoir attaqué une fois ! Que ne réclament-ils par le même droit celle de Yienne? Ils ont été deux fois sur le point de la prendre!

Perfidie systématique, sauvage intolérance, barbares traitements, tortures, violences, corvées, exils, emprisonnements, confiscations, exactions sous toutes formes, êtesvous des éléments possibles d'une société d'un gouvernement?...

Non, nous le répétons, tout, absolument tout, est à changer. Christianisez l'Orient, plénipotentiaires de l'Europe, avant de détruire le principe, avant de tarir la source de tous ces fléaux!... ou vos hautes décisions seront des psintures sur l'eau, ou tous les habitants de ce pays chrétiens, et mahométans, convaincus qu'ils ne peuvent compter dorénavant sur vous, seront forcés à n'avoir plus qu'un cri : 1821! 1821!...

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