CHAPITRE II
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Le déplorablfi état auquel avait été réduite la plus importante question du monde chrétien après la prise de Constautiuople semblait devoir se prolonger à Tinfini. Mais lorsque les Turcs, ayant dévié des principes de leur propre existence et ayant par suite éprouvé des revers, furent forcés d'arrêter leurs conquêtes, lorsque leur déca- (Uuice commença à se manifester, la grande question d'Orient reparut sur l'horizon religieux et politique.
Ce fut Louis XIY qui, croyant à un prochain partage des pays sous la domination turque, réveilla le premier en Uccideut la question orientale, en se proclamant en 1685 le protecteur de tous les chrétiens d'Orient.
A la même époque Pierre le Grand vit dans cette question le plus beau trophée de la glorieuse position que la Russie se préparait à tenir parmi les nations chrétiennes.
De ces deux initiatives différentes, prises en même temps vers la fin du dix-septième siècle par la France et la Russie, sortirent les deux systèmes différents qui donnèrent à cette question les deux faces sous lesquelles elle a été considérée par les grandes puissances chrétiennes jusqu'au dernier traité.
Comme les autres pays de l'Occident se trouvaient visà-vis des Turcs presque dans la même position et dans les mêmes relations que la France, ils envisagèrent aussi la question d'Orient de la même manière que Louis XIV et
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agirent tom dans la ooaYiction d'un partage des pays dominés par ces l^arbares, partage que la fqrcc des circonstances devait provoquer dans un avenir éloigné : car les puissances occidentales étaient, il y" a peu de temps encore, sous rimpression de la terreur que les Turcs leur avaient inspirée et sous le prestige de Tancienne force de Tislamisme, et n^avaient aucune connaissance des peuples chrétiens de l'Orient.
Les Russes au contraire étaient en relations continuelles avec les Turcs et les chrétiens d'Orient, les avaient étudiéis' de près et les connaissaient parfaitement. Aussi, tout eu étant d'accord avec les Occidentaux sur la décadence des Turcs et sur leur chute inévitable, étaient-ils d'une opinion bien différente sur Tavenir des immenses États do Fempire byzantin.
Toutefois les Occidentaux et les Eusses pensèrent dès lors à employer vis-à-vis de cet empire le moyen indispeiissiAe à toute puissance qui veut préparer ça domination sur un pays étranger. Ils s'efforcèrent d'agir sur la partie la plus intelligente et la plus mécontente des populations de ce pays.
Cette partie se compose ^n Orient, comme tout le niondc le sait, des peuples chrétiens, et surtout des Gfrecs et d'mu' gripiide partie de ceux qui suivent le rite grec, et qui sont pour cela tous désignés sous le nom de Grecfi.
Il était dpnc ré^pé slui (lébfis de ces i^alheureusi^s populations chrétiennes de l'Orient, après avQif été inilÎT gUjBment écrasées pendant plusieurs siècles pai* leurs 0]iT prpsseurs, de servir encpre d'instruments aux intérêt? fnatériels et à l'ambitipu de )eurs frères les autres peiw p)^schré|iens!...
jCependant différentes circonstances firent modilier qU/^y le^ Qcddentau^ cpfnme chez les Russes l^s moyen§ à l'aidil desquels chacun de ces 4^^ PA^^ PT^y^it ppuyQ^r Sffj
river à captiver les sympathies des chrétiens d'Orient et à engager ces malheureux peuples à le servir.
Les Occidentaux, par suite de leur long éloignement des chrétiens d'Orient, de la séparation des deux Églises, des querelles envenimées du clergé des deux partis et des anciennes antipathies politiques entre les Romains et les Grecs, les Occidentaux, disons-nous, n'avaient presque aucune idée du caractère, des tendances politiques et du véritable état social des populations chrétiennes de ce pays. Les Russes au contraire, à cause de leurs relations anciennes et intimes avec ces peuples et de Pidendité de rite, les connaissaient parfaitement sous tous les rapports. Aussi les Occidentaux se trompèrent -ils dans Fapplication des mesures qu'ils crurent devoir employer pour arriver à leur but et échouèrent complètement, tandis que les Russes, ayant suivi la voie la plus naturelle, eurent un plein succès.
Enfin, pour définir en peu de mots l'espèce de politique qui inspirait chacun de ces deux partis, on pourrait dire que les Occidentaux, partant du principe du partage des États de l'empire byzantin, cherchaient parmi les chrétiens d'Orient des adhérents qui fussent exclusivement dévoués aux intérêts de l'Occident. Les Russes au contraire, prévoyant le désaccord qui devrait naître entre les puissances chrétiennes en cas de partage et les immenses difficultés qu'un tel plan devrait rencontrer au moment de son exécution, en formèrent un tout différent. Ils s'efTor* cërent en conséquence de gagner les sympathies des chrétiens d'Orient en leur persuadant qu'ils ne travaillaient que pour eux ; qu'ils ne faisaient la guerre aux Turcs que pour les forcer d'améliorer l'état social dé ces chrétiens; enfin qu'ils ne s'occupaient qu'à aider leurs coreligionnaires à réaliser leur rêve éternel, en les émancipant du joug odieux des mahométans.
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Par ce système, faux ou sincère, les Russes devaient na* furellement se concilier les sympathies d'un peuple qui gémissait sous le plus dur esclavage et implorait du se* cours.
Les autres puissances chrétiennes méprisaient au contraire et repoussaient ce peuple, ayant ainsi Pair d'approuver et de considérer Comme légitime la conduite de ses tyrans. Il était donc incontestable que des sympathies acquises en pareilles circonstances devraient toujours profiter spécialement à la Russie, en cas de partage, d'agglomération, de changement de dynastie ou de toute autre éventualité qui viendrait à éclater dans l'empire bvzantin.