XIII. — CÉRAMIQUE HISPANO-MORESQIJE
Ce n'est pas ici la place de discuter si les fragments de céramique lustrée trouvés au cours des fouilles de Médina az zahra, près Cordoue, furent importés d'Orient syro-mésopotamien à la suite du dernier des Ommiades venant fonder en Espagne l'Empire du Khalifat, ou fabriqués sur le sol même de l'Espagne à l'imitation de ce qui se faisait en Orient.
Ce qui est certain, c'est que les documents d'archives, les textes publiés parle Comte de Osma, utilisés et commentés par M. Van de Put, établissent qu'au XIVe siècle une céramique lustrée, réputée dans tout le bassin de la Méditerranée occidentale, était fabriquée à Malaga, et telle fut son prestige que la région de Valence appliquait cette dénomination (par exemple en i3^5) à des céramiques sorties peut-être de ses ateliers, et l’employait encore au début du xve siècle, ainsi que les Iles Baléares pour désigner la poterie lustrée*
Ce que les textes permettent d'affirmer c'est que cette céramique lustrée était déjà fabriquée dans la région de Valence, particulièrement à Manisès dès le xive siècle, quelle y prit un développement extraordinaire dès le milieu du xve siècle, pendant un siècle environ, et qu'elle accéléra sa décadence dès la fin du xvie siècle et au cours du xviie.
Mais parallèlement à cette céramique lustrée, et pouvant prétendre à d'aussi lointaines origines, a été révélée par des fouilles, une céramique à décor en bleu, surtout en vert et manganèse, aussi bien à Médina Elvira qu’à Médina Az zahra (xe siècle), qu’à Térol et à Paterna (xivc-xvie).
C'est à Paterna, qui comme Manisès fut à quelque distance de Valence un centre céramique extrêmement important pendant au moins deux siècles, que tout récemment M. J. Folch y Torrès, directeur du Musée archéologique de Barcelone, poursuivit des fouilles importantes, et publia un grand nombre de céramiques à décor vert et manganèse sur fond blanc, à représentations d'animaux, et aussi florales ou géométriques, d’esprit bien arabe et intimement lié avec l’évolution du décor sous le Khalifat depuis le Xe siècle ; mais également à décor de figures humaines d'inspiration tout à fait occidentale, et en rapport avec l'iconographie de la sculpture monumentale de certaines églises du nord de l'Espagne du type roman attardé. Il est intéressant de noter la diffusion de ces décors céramiques en vert et manganèse dans tout le bassin occidental de la Méditerranée (en dehors de l'Espagne), en Algérie, en Provence et surtout en Italie où la céramique primitive de Faenza, de Florence et d'Orviéto (xive siècle), offre tant de caractères communs avec les pièces de Paterna (Joachim Folch y Torrès : Noticia sobre la Ceramica de Paterna ; Barcellona , 1921).
On peut donc dire, avec M. Van de Put, que jusque vers 1400, la céramique lustrée en Espagne, même celle que l’on admet d'origine Valencienne, est d’imitation ou d’inspiration de celle de « Malaga ». Mais à partir du début du XVe elle prend dans la région de Valence, coïncidant avec le règne d’Alphonse V, un développement extraordinaire. Pendant un demisiècle environ, on peut, semble-t-il, déterminer certains types à décors plutôt géométriques, avec des motifs un peu lourds et massifs et des lignes de dessin appuyées : dans des compartiments les caractères arabes répètent surtout le mot « alafia », grâce ou bénédiction ; mais plutôt dans un esprit ornemental. L’harmonie cherchée est dans le bleu foncé et le lustre d'or en fort contraste. Mais déjà vers i^3o un second groupe de céramiques présente des éléments plus naturalistes, avec des décors de trèfles et de feuilles, et parfois au centre un animal, lion, cerf, bœuf ou oiseau.
Vers iz(5o le décor semble, sur une céramique techniquement plus parfaite, avoir évolué vers un plus strict naturalisme ; il n’est plus enfermé dans des compartiments et se développe librement en trèfles, en fleurs et surtout en feuilles de vignes ; c'est le moment de la plus grande activité du centre de Manisès, travaillant pour la famille de Buyl (fréquentes armoiries).
Le déclin est-il déjà sensible au dernier quart du XVe siècle? Le lustre est resté de belle qualité tirant de plus en plus sur le rouge. Au XVIe siècle la petite feuille de vigne remplacera la grande, le décor de l'animal tendra à envahir toute la surface ; son dessin sera souvent gravé dans la terre ; enfin
le relief, le repoussé, îe godron y apparaîtront, et ce sera nettement le commencement d’une décadence qui sera évidente au XVIIe siècle.
A une époque ancienne (disons le xme siècle) la technique à la mosaïque par petites pièces assemblées par les maçons, semble avoir déjà été en faveur en Espagne, surtout en Andalousie, et M. Marcais le constatait aussi dans certains monuments de Tlemcen. Par phénomène de simplification elle dut faire place au procédé de la cuerda seca qui, par suite d'un trait de dessin à la graisse, empêchait les compartiments d'émaux de fusionner entre eux, sans se priver de préciser les décors par des traits gravés. Et ceci s'appliquera aussi bien aux plats, assiettes ou pièces de formes (telles que notre bête aquamanile) qu'aux carreaux de revêtement dits azutejos.
Bibl • — Van de Put, Hispano moresque ware XV* siècle, Londres, 1904. — Id., Supplément ânes sludies, 1911. — Id., Otto Beit’s Collection, 1916. — De Osma, Apunles sobre Ceramica Alorisca, Madrid, 1906, 1909, 1911. — Id., Los letreros ornamentales en la Ceiamica YÜonsca (XV* si) (Cullura] Espagnola, II, 1906). — J. Folch y Torrès, La Ceramica de Palerna, Barcelona, 1921.
247- Vase (fragment de) en terre cuite claire gravé d’un disque enfermant deux bêtes affrontées vers lesquelles bondit un lévrier.
Fouilles d’Espagne. Don de M. Pierre Paris, 1899.
248. Aiguière (petite) à anse et long bec en terre cuite fruste portant sur la panse un bandeau circulaire à caractères arabes d’émail brun verdâtre épais.
Fouilles d'Espagne. Don de M. S. Baron.
haut. : o m 17.
Céramique de Patenta prèé Valence, décor bleu , vert et manganèse,
XI IP-XI V* éiècleé