L'Orient musulman
Les collections d Orient JVLusulman sont au JVLusée du Louvre de constitution assez récente. Les quelques objets que possédait primitivement le jMLuséc étaient vers i885 répartis en diverses séries : les deux vases en cristal de roclie taillé et le grand bassin en cuivre incrusté d argent, dit baptistère de iSamt- Louis, qui provenaient tous trois du Trésor de 1 Abbaye de jSaint-Denis, se trouvaient dans la Galerie d Apollon ; — une coupe en îaïence bleue lustrée, deux plats de Damas, et six plats de faïence bispano-moresque, provenant d acquisitions anciennes ou des donations Sauvageot et Davillier, restèrent longtemps égarés au milieu des séries de la Céramique italienne.
Lnnle JVLolinier eut le premier le mérite de comprendre à quel point une telle négligence pouvait être dans 1 avenir préjudiciable à nos collections, et dès 1890 il employait tous les moyens pour accroître cette collection qui depuis lors a pris un si grand développement. Il convient de rappeler les noms des grands donateurs qui y ont tant contribué : iSauvageot, le baron Cl,. Davill 1er,
Gustave Dreyfus, J. L. Leroux, Docteur Fouquet, Delort Je G1 éon, jMLarquise Arconati "Visconti, Isaac de Camondo, Piet-Lataudne, LaliensiSécban, F. Doistau, Léon Dru, Raoul Du seigneur, Georges iVLarteau, Jeuniette, Joanny Peytel, David WAll, Gulbenkian, Octave Homberg.
NOTES. — Le relevé des inscriptions est ici donné d’après le déchiffrage et la lecture qu’en avait faits pour le Musée mon éminent et regretté ami, le grand savant épigraphe Max van Berchem. Pour toute autre lecture le nom du savant est indiqué.
Pour simplifier les indications bibliographiques, voici les abréviations :
Stanley Lane Pool, Saracenic { Saracenic art . Chapman, Londres, 1886).
Herz Bey, Catatogue { Catalogue du Musée national d’Art arabe au Caire, 1906, 2* édition.
G. Migeon, AI aune L (. Manuel d’art musulman. II. Arts plastiques et industriels. Paris, Picard, 1907).
Van Berchem, Notes... {Journal asiatique. Janvier- Février 1904. Notes d’archéologie arabe. III. Sur les cuivres et les verres (tirage à part).
G. Migeon, Les Collections du Louvre {Le Alusée du Louvre depuis îgiq. Paris, Demotte, 1920).
Sarre et Herzfeld, Reise {Reise im Euphrat und Tigris . Reimer, Berlin, 1920).
Maisée d u L
ouvre
LO rient JVLusuIman
La Sculpture de pierre et de martre
Il n’existe pas chez les peuples musulmans de sculpture indépendante de la décoration du monument, telle que la statuaire en occident ; la sculpture n'y fut que décorative et épigraphique.
Les matériaux qui se prêtèrent plastiquement à cette décoration furent de pierre dans les régions qui la possédaient géologiquement, telles que l'Arménie, la Haute-Mésopotamie, la Syrie, l’Asie Mineure et l’Espagne : les monuments de Diarbekir, de Mossoul, de Bagdad, d’Alep, de Konieh, de Cordoue, en témoignent; et de plâtre moulé dans les pays où la pierre faisait défaut, l’Egypte et le Maghreb.
Les musulmans n’ont pas cherché à tirer comme les Occidentaux de la symbolique de leurs mythes religieux toute cette représentation imagée, figurée, qu’on voit se développer aux portails et aux chapiteaux de nos cathédrales. Bien qu'il soit avéré désormais qu’ils n’aient pas écarté de leurs arts la représentation de la figure humaine ou animale, surtout quand ils n'étaient pas de la plus stricte orthodoxie (en particulier les Mongols et les Turcs seljouks ou mammlouks), il n'en est pas moins vrai que ces motifs n’apparaissent que traités -décorativement et reliés traditionnellement à des formules, à des thèmes, que les époques les plus anciennes avaient déjà utilisés.
La particularité de l’ornementation des monuments musulmans consiste dans l’emploi des frises d’inscriptions en bandeaux faisant corps avec l'architecture, souvent de signification historique et chronologique, toujours richement décorative par la fantaisie ornementale qui l’accompagne.
1. (PI. 3) Chapiteau de marbre, ornements feuillages ; sur le bord du coussinet une inscription coufique aux noms et titres d el Hakam II, calife omayade de Cordoue (961 -976). Provenant probablement de Médina Azzarah ou de la mosquée de Cordoue.
Art hispano-moresque, x‘ siècle.
Bibl. — Ricardo Velasquez Bosco, Aledlna Azzarzb, pl. XXV-XXVI. Madrid, 1912.
haut. : o m 3i. — larg. : o m Atf .
2. (Pl. 1) Dalle de marbre, sculptée en relief méplat d'un félin de profil, la tête de face, enchaîné à un disque.
Art persan ou mésopotamien, x'-xii* s.
Cf. les félins sculptés sur la porte de Karput à Diarbekir, et à la porte Bad Sindjar de Mossoul.
Bibl. — Strzygowski et Van Berchem, Amida, pl. III. Heidelberg, 1910. — G. MlGEON, Gazette des Beaux-Arts, Déc. 1913. — Sarre et Herzfeld, Reise, II, fig. 228.
haut. : o m q6. — larg. : o m 75.
3. (Pl. 1) Dalle de marbre, sculptée sur les deux faces en relief méplat de deux sphinx ailés et affrontés. — Trouvée dans le mur d’une maison moderne à Hamadan (Perse).
Art persan, x'-xii* siècles.
Don de M. Ch. Vignier.
haut. : o m 56. — larg. : o m 68.
4. Frises (deux) de pierre et fragments (six) de tombeaux, à inscriptions couliques coraniques. Un bulbe ornemental au couronnement d’une stèle. Fragment d épitaphe d’un Emir.
Provenant des affleurements du rocher aù cimetière d’Awas.
Art persan sous la dynastie des Seldjouks, xii* siècle.
Mission Dieulefoy à Suze. L'acropole de Suse. Inv. p. q3o.
a. haut. : o m 5o. — larg. : o m 24.
b. haut. : o m 32. — c. larg. : o m 90.
3. (Pl. 2) Tombe de pierre, sculptée d’une frise d’inscription coufique kamaratique au nom de « Mahmouyah, fils d Abou Nasr, fils d’el Hassan. Dieu lui fasse miséricorde. Il mourut en Djoumeda II de l’an 627/1162 ». — Rapportée de 1 ancienne Siraf, port du Farsistan (Golfe Persique) par M. Pézard (1914).
Bibl. — Alission archéologique de Perse, XV,
Ahssion de Bender-Bouchir. Leroux, 1914,
Pl. XIV (lecture de M. Ravaisse).
haut. : o m 5o. — long. : 1 m 10.
6. Hase de jarre en marbre, à niches concaves et têtes de lions en relief, frise d inscription coufique de bénédiction.
Art Egyptien sous les Ayyoubides,
XII* s.
Cf. Herz-Bey, Catalogue, n°s 102-1SS, fig. 1 2. long. : o m 90.
7. Tombe (fragment de bordure de) avec épitaphe à date (brisée), provenant de Chellah (Maroc), époque des Merinides, xnf-xiv* s.
Don de M. de la Martinière.
haut. : o m 46.
8. (Pl. 3) Dalle tombale (fragment) de), portant l’arcade persane renfermant une inscription funéraire usée — surmontée d’un fragment d’inscription coufique au nom du prophète, dont une tradition est rapportée dans la frise d’encadrement.
Provenant de Samarkand (Turkestan), xv* s.
Don de M. Henri Dallemagne.
h. : o m 64. ~~ larg. : o m 4 b.
9- (Pl- 6) Dalle de pierre sculptée en relief méplat d’un entrelac de bandeaux encadrant des fleurons — surmontée d’une frise de poissons.
Art Egyptien, xiv* s.
Ancienne collection V. Gay.
haut. : 1 m i3. — - larg. — o m 23.
10. (PI. 4) Lion de marbre d'un sou- j bassement de vasque de fontaine.
Art hispano-moresque, fin du xivr s. !
Cf. La fontaine de la Cour des lions à l’Alhambra de Grenade.
Bibl. — Girault de Fràncey, Architecture des Arabes eu Espagne, PL 1 7, Paris, 18^1.
Saladix, L’Albambta de Grenade , PL 18.
Editions Albert Morancé, Paris, 1920,
1 1. (PL 4) Fontaine en mosaïque de marbres de couleur.
Art Egyptien sous les Sultans mammlouks, xiv* s.
C'est au règne de Qalawûn, fin du XIIIe s., que remontent les plus anciennes mosaïques de marbre au Caire d'après Van Berchern Notes, p. Zy (en note).
haut. : o m 20.
diam. : o ni 85.
Les Bois sculptés
Le bois sculpté a trouvé son emploi décoratif en Orient musulman dans la Mosquée et la Medresseh (Ecole), mais d’une façon beaucoup plus restreinte que dans l’Eglise Chrétienne ; nul besoin de sièges, de stalles, de buffet d'orgue. On s’en servit dans les grandes portes, dans les chaires à prêcher (minbars), les tribunes à lire le Coran (dikkas), les clôtures de tombeaux, les niches de prière, les plafonds, et les portes d'armoires où l’on rangeait les objets du culte.
Les maisons eurent de même des portes, des vantaux d'armoires, et aussi des treillages de fenêtres (moucharabiehs).
La caractéristique technique est la disposition par panneaux assemblés, jointifs par leurs rainures, dont le jeu aisé tolérait la dilatation ou le resserrement causés par les conditions atmosphériques, — et chacun de ces panneaux, surtout en Egypte, a reçu fréquemment une ornementation par incrustations d'ivoire ou d'os.
Le décor en est surtout linéaire, géométrique et polygonal, sans qu’en soient exclues, bien que rares, les représentations humaine, animale ou florale.
12. (PI. 5) Panneau décoré d un oiseau dont la tête et le long col sont insérés dans un compartiment évidé qui en épouse la forme, et dont le bec, les ailes et le jabot se développent en volutes de rinceaux.
Art Egyptien sous les Toulounides, fin du ix* siècle.
Don du Docteur Fouquet.
Cf. la décoration à Samarra en Mésopotamie — à. la mosquée d’Ibn Tulun au Caire, à Der es Surjani (Waddi Natrun), à Mossoul. — H. Viollet, Un palais musulman IXe siècle ( Aléatoires de l’ Académie des inscriptions, XIIe, 2 “partie, pl. VII-XVII).
— Hkrzff.ld, Ausgrabungen son Samarra, pl. VI-XIII. Berlin, 1912. — S. Flury, i GipsornamcnU der es Surjani ( Der Islam, I Avril 1915). — Id., Samarra und die \
ornamenlik der Aloschee der Ibn Tulun ( Der Islam, October 1910). — Sarre et
Herzfeld, Reise... II, fig. 23o-2o3; III, Pl. CVI, %. 6, 7, 8, 9.
haut. : o m 75. — largeur. : o m 33.
13. (Pl. 7) Niche de prière (montant de) profondément sculptée de rinceaux fleuronnés, portant sur le côté une inscription hébraïque.
Art Egyptien sous les sultans Fatimides, xe-xi‘ siècles.
Don de M. Hayaux du Tilly.
haut. : 1 m 10. — larg. : o m 3o.
14. (Pl- 5) Panneau profondément refouillé de compartiments à rinceaux de feuilles et de fruits, renfermant un musicien assis, un personnage passant, une antilope.
Art Egyptien sous les premiers sultans | mammlouks, seconde moitié du xm* siècle. ;
Cf. les panneaux du Maristan du Sultan Qalawûn (Victoria and Albert Muséum).
BibL — Prisse d'Avesne, n05 83-Sq. — Stanley Lane Pool, Saracenic, fig. q'6-qS.
— Here Bey, Catalogue, fig. 27. — • Mais peut-être ces panneaux étaient-ils de | remploi, provenant d’une boiserie fatimidc plus ancienne.
haut. : o m 5o. — larg. : om 25.
15. (PL 13) Mimbar (panneaux d’assemblage de) à entrelacs et à fleurons.
Art Egyptien sous les Mammlouks Bahrites, xiii'-xiv* s.
Don de M. Gustave Dreyfus.
Cf les panneaux du minbar de Lagin au Victoria and Albert Muséum. — Stanley Lane Pool, Saracenic, fig. 35-38.
Diam. : o m 35.
16. (PL 7) Porte (volets d’une) a assemblage de panneaux polygonaux de bois
et os gravé (du sanctuaire de la mosquée ! de l’émir Altoun Bogha el Maradani au Caire, gendre du Sultan Ibn-Qalawûn.
— 1 35 7-1 33g (dates de construction).
D autres panneaux de cette provenance étaient dans la collection Meymar (Vie- 1 toria and Albert Muséum). Stanley Lane Pool, Saracenic, page i32.
Art Egyptien, xiv* s.
haut. : 1 m 3o. — larg. : o m 80.