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L'origine de la vie

Danslcsein de l’AcadcMnie des Sciences, lagénérationspontanéca été l’ol)jelde la plus grande discussion des temps modernes. Les savants les plus illustres y ont pris part, les Dumas, les Milne-Edwards, les Claude Bernard et les Ouatrefages; et, quelles qu’aient été l’énergie et l’habileté de leurs dénégations, cette importante question se trouve chaque jour de plus en plus affirmée, soit en France, soit à l’Etranger, tant elle apparaît avec toutes les clartés de l’évidence !

Four tout esprit réfléchi, l’hétérogénic est une conséquence logique de l’apparition et du mouvement ascendant des êtres organisés à la surface du globe. Au point où en sont arrivées les sciences naturelles, on s’étonne, en voyant quelques savantséminents, oser encbrecontestcr cet irrécusable phénomène.

Puisque la manifestation de la vie a succédé à la conflagration générale du globe; puisqu’il est démontré que le feu et les océans l’ont suc-

PRKFACE.

viy

ccssivcment rclravaillô ; enfin , puisqu’il est évident que chaque grande période tellurique a vu surgir une nouvelle faune et une nouvelle llore, il devient évident aussi, que la vie a présenté de multiples origines ; et qu’à chacune de ses périodes il faut qu’il y ait eu de nomhrcuscs créations spontanées.

L’étude comparative de l’écorce terrestre atteste, en effet, la permanence de ce cycle incessant d’extinction et de genèse ; de destruction des espèces anciennes et d’apparition de nouveaux organismes.

Ce que nous venons de dire étant proclamé par des hommes de la valeur des de llumholdt, des Cuvier, des Lyell, des Buckland, des Agassis, des Pictet, des d’Orhigny et des Brongniart, toute révolte contre de telles autorités s’évanouirait dans le néant.

Ainsi, comme la vie a surgi de toutes pièces durant chacune des grandes phases du glohc, en se manifestant encore aujourd'hui elle ne fait que suivre sa marche normale; le contraire serait un phénomène subversif de l’ordre immuable établi depuis uu nombre incommensurahlc d’années.

Pour renverser des faits qu’attestent ostensiblement chaque parcelle de notre sphère, et tant et tant d’hommes de génie! que peuvent cer-

laines cx[)éricnccs dans lesquelles on lounnenle qiiehiues grainines de liquide dans de petits ballons herniétiquement scellés ou étirés ? Mais absolument rien, ainsi que depuis cent ans on le crie de toutes parts à M. Pasteui’ et à scs devanciers

Or, la succession des créations organiques étant un axiome fondamental de la Géologie, et la science parlant ici avec une inexorable inllexibilité, tout géologue qui contesterait ces générations successives, ix'uvcrscrait d'un seul coup l’oMivre de toute une époque, et celle de la plus belle pléiade de savants qui ait jamais existé.

En présence de ce grand fait, f[ui domine toute leur science, les géologues se trouvent donc forcés d’admettre des générations spontanées successives, ou une incessante mutabilité derorganisation, émanée d’unecréatioii uniipic. Récuser ce dilemme embarrassant, c’est rabaisser la Géologie au niveau d’une hypothèse sans fondement.

Lorstpie, dans une des séances de l’Académie des Sciences, j’adjurai M. Pasteur de s’cx[)liquer nettement à ce sujet, il ne ré[)ondit absolument rien. C’est qu’en effet il n’y a pas là de faux-fuyant possible ; il fallait opter pour la théorie de la mutabilité de Lamai’k et de Darwin ou pour

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celle des créations successives de Cuvier, de de Humboldt et d'Agassis, ou brusquement retrancher du catalogue des connaissances humaines l’une de ses plus magistrales conceptions : c’est le sublime To be or not (o be d’Hamlet.

Les géologues l’ont parfaitement senti ; aussi aucun d’eux n’a osé s’élever contre les générations successives, c’est-à-dire l’hétérogénie se reproduisant sans cesse dans le temps et l’espace sous rinfluence d’une force suprême.

Lorsque la science démontre, avec l’évidence d’un axiome, qu’une force unitaire préside à cette incessante évolution de la vie, c’est se révolter contre le témoignage des sens et de la raison que de s’arroger le droit de l’enchaîner.

A la surface de la nécropole terrestre, la création se continue dans l’éternité; les formes subissent une perpétuelle mutabilité, mais l’irnmuable puissance qui préside à leur évolution reste sans cesse active et dominatrice.

Quelques esprits timorés récusent la génération spontanée à cause du mystérieux voile qui la dérobe; pour tout philosophe, elle n’est nullement plus extraordinaire que la reproduction normale. L’invisible Infusoire qui apparaît sous ses enveloppes, n’a rien d’aussi merveilleux qu’un homme sortant d’un œuf que l’œil aperçoit à peine.

PRUl'ACH.

Vers la fin du dernier siècle, Spallanzani et I Bonnet, un peu enclins à la inerveillosité,préten' (dirent que l’air était encombré d’œufs et de scimences imperceptibles. De leurs temps, et avec ll’impcrfeclion de leurs instruments, on pouvait 'Soutenir une telle hyperbole. Mais lorsqu’après lun demi-siècle, M. Pasteur reproduit cette bypo- Itbèse surannée, il doit èti'e tenu d’étaler à nos 'yeux cette moisson atmospbériquc que nos adimirables microscopes achromatiques nous ont .appris maintenant à connaître. Lorsqu’un jour ije sommai ce chimiste de me montrer ses gerimes, il me répondit qu’il les avait fait voir à ttout Pai'is I Après cette réponse, il allait se déro- Iber comme le Pai’tbe qui lance sa llèchc, lorsque je lui fis observer (lu’il a pu fasciner les cbar- I mantes dames pressées dans l’ampliilhéàtre de lia Sorbonne, mais que ce qu’il avait montré si (facilement à tout Paris, les yeux de lynx des lEbrenbcrg , des Burdacb , des de Baer , des IR. Wagner, des Joly, des Musset, des Baudrimont et des Wymann, l’avaient en vain cherché dans l’atmosphère.

Là, c’était donc tout le monde savant, l’Allelimagne, l’Amérique et la France, qui se révoltait contre l’audacieuse assertion!

En France, il a fallu quinze ans d’incessants combats pour vaincre les dénégations des sa-

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vanls relativcmciU à la coexistence de respècc humaine et des races éteintes des grands Pachydermes; il y l'andra quinze ans aussi pour convaincre riiniversalité des naturalistes de la continuité des créations spontanées.

Il a fallu que l’Angleterre donnât magistralement sa sanction à rancienncté de l’homme, pour que la France timide consentît enfin à l'accepter; et c’était cependant chez elle qu’elle avait été démontrée par les remarquables travaux de M. Bouclier de Pcrthcs. L'hélérogénic suit la même marche, lleconnue aujourd’hui comme un fait irréfutable par les plus illustres physiologistes de l’Allemagne, de l’Ilalie, de l’Angleterre et de l’Amérique, il faudra bien (ju’un jour elle rentre vietoriensement à Paris.

ha vérité est comme le croulant rocher de Sisyphe, il faut que chaipic siècle recommence à la l'cplacer au sommet de la montagne.

Les sciences ont planté leur glorieuse tente au beau milieu de la Fi’ancc ; leur sceptre lui a{q)artient. Cependant, nulle part le soufllc glacial du scepticisme n’a nn tel empire. Ce qui fait défaut à la science française, c’est la liberté philosophique : on l’enchaîne dans l’étroitesse d’un dogme, dès ([n’ellc aspire vers ses hautes régions. L’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et l’Amérique ne connaissent pas de semblables

riiiîl'ACi?.

(‘u(raves ; aussi cst-oe dans ces divers états (iii’oii a vu surgir les pi emières lueurs de nos grandes coiicei liions biologiques.

Si aujourd’hui le génie n’expie jilus dans les eaeliots la gloii'e qu'il l'ait lajouuer sur les nations, eoiumc au lein|)s de U. [iaeon ou de Galilée; si nous ne souunes plus ri'teiius par ces scrupules supièmes (|ui pai'alysèreut si lougleiu[)S Goperuic , elu-z nous, d’autres toi tures iiieuaeent (piiconque fraueliit les étroites limites de la sci(;uec oriieielle ; sou l'rout est stigmatisé d’uu sceau ré[)rol)aleur. Ses partisans les plus couvaincus osent à peine parlei', et la liuiide réserve des uns suscite l’audace dt' leurs ad\ersaires. Ni; l’a-t-ou pas vu dans b's l'écents débats sur la génération S[ionlanée? Des savants timorés, happés d’une religieuse lernmr, en récusaient l’examen : prenez-garde, s’écriaient- ils, vous touebez aux plus |■l'doulables sujels, il s’agit là des origines de la vie !...

Mais ce problème de la vie, ([uc le génie humain s’efrorceen vain de iiénéti’er, restera loujours insondable; il ii’esl (pieslion ici <|ue de son histoire, en conslalanl b; lieu où elle couniieuci'

à poindre. G’élail chose l'acile , mais on ne

voulait pas eiilcudre, on ne voulait pas voir: Guvier l’avait dél'cndu, et son école docile s’elr<ir(;ait (riinmobiliser les préciqites du uiaiire.

)'Hi:r u'K

Elle le voulait, comme elle a voulu nier l’organisatiou des lul'usoires, nier la circulation des Insectes, nier l’anatomie i)hilosoplii(iue ; mais enlin la révolte de toute l’Europe savante a subjugué l’erreur, et c’est ainsi que s’apprête le triomphe prochain de l’hétérogénic.

Dans cette grande lutte de la science moderne, les adversaires ont combattu avec des armes absolumeni différentes, et leur tactique détnontrait aux moins clairvoyants de quel côté siégeait la force réelle et penebait la victoii’c.

Les rénovateurs de la panspermie atmosphérique ont constamment tiré le voile sur tout ce qui les cmbari'assait. Après avoir dérobé soigneusement les travaux de leurs adversaires, ils couronnaient leur onivrc en [)réscntant chacune de leurs expériences comme le dernier terme de la science. M. Pasteur citait les siennes comme devant convaincre lout le monde, c’est son expression (comptes-rendus 18üü, t. 50, p. 30Ü). A un autre moment, dans le sein de notre illustre Compagnie, il annonçait (pi’il allait abattre toutes les tètes de l’bydre de l’hôtérogénie. Mais le monstre implacable et vivace repousse perpéluellcmcnt ses effroyables gueules, en Italie, en Améri(]ue, en Allemagne et mémo en Angleterre,

Des natui’alistcs de l’ordre le plus élevé n’ont

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pas su braver cette défaillance de l’esprit humain. M. Milne Edwards, lui-inêine, qui écrit une Physiologie d’une immense valeur et où tout est traité avec une irréprochable et complète érudition, quand il s’agit de la génération spontanée, raye tout d’un trait cette énorme masse d’excellents travaux français et étrangers qui la démontrent ostensiblement, pour ne citer que les expériences erronées qui la combattent. Si j’avais l’honneur d’être l’ami du grand zoologiste, je le supplierais, au nom de sa propre gloire, de ne pas laisser cette imperfection dans son œuvre !

Les hétér(»génistes, au contraire, pleins de confiance en leurs forces, ont courageusement affronté leurs adversaires. Ils en ont cité tous les travaux, attaqué pied à pied toutes les observations, renversé toutes les expériences. Et après n’avoir plus laissé autour d’eux que des débris, ils ont ouvert des routes nouvelles et fait mettre le doigt sur l’évidence. Ils n’ont pas eberebé la solution de l’insondable problème de l’existence; mais ils ont pu suivre pas à pas l’apparition de la vie, depuis le moment où elle se manifeste immobile et indécise, jusqu'à celui où l’être s’anime et jouit de toutes ses prérogatives. Là, ils ont vu la semence spontanée se développer et produire un végétal déterminé; ailleurs,

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c'élaiL l’œuf qui se formait sous leurs yeux et donnait naissance à de frôles animaux.

C’est ainsi que marche la vraie science : elle renverse l’erreur et fait loucher du doigt l’immuable vérité.

L’ouvrage du docteur Pennetier est la plus saisissante preuve de tout ce que nous venons d’avancer dans cette introduction. 11 y donne un rare exemple de savoir et d’indépendance. Dominé par les préceptes de l’école à laquelle il appartient, ce savant expose avec une scrupuleuse attention les travaux de tous ses adversaires; aucun n’est omis. Et après cet exemple, qui a trop peu d’imitateurs, il combat courageusement pied à pied tout ce qui lui est opposé, et place enfin la science dans ses voies rationelles et progressives.

Cette œuvre, qui est un remarquable résumé de ce qui a été produit jusqu’à ce jour sur l’hétérogénie restera un modèle de la force agissant sous l’empire de la raison et de la bonne foi.

Après cela, que nous fait, que de notre époque M. Pasteur vienne rajeunir les vieilles idées du siècle dernier. Que nous fait que quelques personnes croient encore à des métaphores scientifiques que la micrographie moderne a anéantie de fond en comble ; toutes les expériences du chimiste de Paris n’ont-clles pas été

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