LA FAUSSE POLITIQUE
ACTftSS PABTIES CONTRACTANTES EN MESURE DE PRÉVEMR CETTE EXTRÉUlTé
PAR usiR ACTION MÉDIATRICE.
En se reportant au protocole XXIII da 14 avril 1856, on voit que le premier plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, M. le comte Qarendon, aujourd'hui secrétaire d*État des affaires étrangères, considérait l'adoption de la disposition ci-dessus comme a ouvrant une ère nouvelle, celle de la paix par la justice » .
Cette ère nouvelle a-t-elle en effet été ouverte? Ce règne de la paix par la justice s'est-il établi? V action média-' (rice des sept grandes Puissances européennes, déposée en germe dans le traité du 30 mars 1856, s'est-elle exercée en mars 1866 pour empêcher TAutriche et la Prusse de vider leur dissentiment ^htY emploi de la force et prévenir t extrémité qui a abouti à la bataille de Sadowa et au renversement de la Confédération germanique? Non; la diplomatie européenne ne s*est pas souvenue de son œuvre, quand il eût été nécessaire et important qu'elle s*en souvint ; elle n'a pas invoqué en 1866 X action médiatrice des sept Puissances, lorsqu'il s'agissait du maintien ou du déplacement de l'équilibre européen; elle ne s'en est souvenue qu'en 1868, et encore tardivement, lorsque la Turquie, à bout de patience et de ménagements, venait d'étouffer dans sa cause l'insur* rection Cretoise.
a L'action médiatrice » était un grand principe appelé à produire d'immenses effets, car le règne de u la paix par la justice » , ce devrait être le règne de la production succédant an règne de la destruction, le règne de la richesse succédant au règne de la force ; conséquemment, la réduction des ar« mées permanentes et l'abolition du recrutement obligatoire, ce servage corporel ; conséquemment, la rérorme des budgets, partout en déGcit, et celle des impôts qui, écrasant le pauvre contribuable, font obstacle à la consommation et au
travail; conséqaemment, le rapide achèvement de toutes les voies de communication: — chemins de terre, chemins d*can et chemins de fer ; consëquemment, la hausse soutenue de tous les fonds d'État et rabaissement constant du tani de Fintérét de Targent, etc., etc. Qu*afait de ce grand principe la fausse politique? Quels fruits depuis douze ans a-t-ellepor* tés? Loin de diminuer, il est manifeste que les périls grandissent et grossissent. Qui pourrait nier qu'ils soient plus grands et plus gros en 1869 qu'en 1856? Le chiffre de l'effectif militaire et le chiffre des déficits budgétaires de l'Europe comparés à ces deux époques sont là pour l'attester! Est-ce que jamais en temps de paix l'Europe a vu s'élever si haut le chiffre de ses armées et le chiffre de sa dette?
Ne viendra-t-il donc jamais, ce « règne des principes 9, que Napoléon I*', à Sainte-Hélène, saluait en ces termes :
L'Angleterre et la France ont tenu dans leurs mains le sort de la terre, celui surtout de la civilisation européenne ; que de mal nous nous sommes fait , que de bien nous pouvions faire !
Sons YécoU de Pitt, nous avons désolé le monde, et pour quel résultat? Vous avez imposé quinze cents millions à la France, et les avez fait lever par des Cosaques ; moi , je vous ai icnposé sept milliards et les ai fait lever de vos propres mains par voire Parlement; et aujourd'hui même, après la victoire, est-il bien certain que vous ne succomberez pas sous une telle charge?
Avec VécoU de Fox, nous nous serions entendus; nous eussions accompli, maintenu Témancipation des peuples, le RÈGNE DES PRINCIPES; il n*y eût eu en Europe qu'une seule flotte, une seule armée, nous aurions gouverné le monde;. nous aurions fixé chez nous le repos et la prospérité, ou par la force, ou par la persuasion.
Oui, encore une fois, que de nfal nous avons fait! que de bien nous pouvions faire!
Lorsqu^on interroge la situation de l'Europe en janvier 1869, ne semblerait-il pas que ce soit encore a VicoU de Pili 9 qui gouverne le monde, quoique l'Angleterre ait pour