‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 41 sur 149 · A NOS AMIS · texte numérisé non relu

A NOS AMIS

Un grand nombre d*électear8 nous consultent. snr Tattitade à garder dans les élections de Paris , et nous demandent ce que nous leur conseillons de faire dans les circonscriptions où le gouvernement ne présente pas de candidat.

Nous conseillons à nos amis de déposer des billets blancs dans l'ume.

Les candidats ne s'inventent pas , et il vaut mieux ne pas voter qae de voter pour les candidats de carton qui se produisent à la dernière heure.

Le billet blanc est la forme la plus dédaigneuse de la protestation.

Pour Bancal et Emile OUivier, dans la 3* circonscription, billets blancs; laisses-les se dévorer; ils ne valent guère mieux Tun que Taotre, et ce sera pain bénit.

Le succès du vote n*est acquis qu'à celui qui réunit le plus de snUrages, mais à la condition quMlait obtenu la majorité absolue, c*eat-à-dire la moitié plus un des suffrages exprimés.

Les bulletins inconstitutionnels seuls sont nuls , mais les bulletina blancs peuvent, à Toccasion, signifier une énergique protestation.

Le même conseil, dicté par des motifs différents, était donné aux électeurs démocrates le 17 mai 1863» par les citoyens :

Jules Bastide , ancien ministre de la République.

Etienne Arago, ancien représentant du peuple.

Charles Beslay, Id.

A. A. Rolland, Id.

Ferdinand Gambon, Id.

Victor Pilhes , Id.

P. J. Proudbon, Id.

Gustave Chaudey, avocat et publicîste.

Elias Regnault, publiciste. .

Rogeard, publicîste.

Amédée Langlois, ancien rédacteur du Peuple.

George Duchéne , Id.

T. Leverdays, étudiant.

Aristide Rey, étudiant.

Frison, chapelier.

Ronllier, cordonnier.

En 1863, le nombre des balletins blancs fut insignifiant; en 1869, sera- t-il plas considérable? Noas ne le pensons pas.

LA REVENniGATION VIVANTE.

95 Bii 1869.

Dès le 17 avril, plus d*nn mois avant le vote du 23 mai, le Réveil et son rédacteur en chef, M. Delescluse, prenaient en ces termes Tinitiative de la candidature Georges Bandin :

Il y a six mois la souscription Baudin avait concilié tontes les opinions, toutes les nuances; pourquoi Félection du frère de la victime n'aurait-elle pas le même succès? Tous ceux qui veulent la fin du gouvernement personnel pourraient-ils trouver uir mode db paonsTAnoM plus icLATâvr, pli» sxpbissif?

Deveoant ainsi impersonnelle, cette multiple élection ne froisserait aucune susceptibilité, ne déplacerait aucun intérêt. Elle ne serait poiut un danger, parce qu'elle porterait sur un principe et non sur un homme; enfin elle laisserait le champ libre à toutes les prétentions , qu'elle se contenterait d'ajourner.

Ch. Deumcluse.

Ils y revenaient en ces termes le 28 avril :

Les électeurs de Paris ne peurent plus se faire illusion : le grand procès est toujours pendant. A eux de le vider souverainement! Et quoi de mieux à faire, quoi de plus simple et de plus légal que de voter pour le frère d'Alphonse Baudin?

Ce sera un spectacle bien fait pour frapper les esprifs les plus rebelles que celui de Georges Baudin entrant au Corps législatif et traînant derrière lui l'image de son frère, tué le 3 décembre 1851. Ce sera la statue du Commandeur, ce sera le spectre de Banco, ce sera la justice tardive mais inévitable, ce sera la réparation, LA REVENDICATION VIVANTE du droit frappé en décembre 1851.

Ch. Dslbscluzk.

G>mbien la candidature Georges Baudin , qui devait être ft le mode de protestation le plus éclatant, le plus expressif de là part de tous ceux qui veulent la pin du GouvERNSiaifT PBBSONNEL V , aura-t-ollo réuni de suffrages?

LES iLEGTIONS DE PARIS.

95 mai 1869.

Qui sait triompher sans s*exagérer sa victoire, sait avouer sa défaite sans Tatténuer.

L'élection de MM. Gambelta et Bancel, en remplacement de MM. Carnot et Emile Ollivier, est un fait lumineux comme on phare.

142 QUESTIONS DE L'ANNÉE i8«9.

Un second fait non moins lamineux , parce qa*il accentue la signification du premier^ c'est la non-élection de H. Garnier-Pagès, ayant le même nombre de voix que M. Raspail^ et celle de M. Jules Favre, n'ayant que 12,000 suffrages, lorsque MM. Rochefort et Cantagrel en ont ensemble plus de 17,000.

n ne faut pas se le dissimuler! En 1863, c'était l'opposition constitutionnelle qui avait triomphé à Paris; en 1869, c'est l'opposition personnelle, c'est l'opposition à l'Élu du 20 décembre 1851 et du 21 novembre 1852, c'est l'opposi* tion antinapoléonienne, c'est l'opposition au coup d'État du 2 décembre, c'est enfin l'opposition irréconciliable qui triomphe pleinement.

Faut-il s'en effrayer? Ce n'est pas en se laissant troubler par la peur que le pilote évite le danger des brisants, c'est en les étudiant et se familiarisant avec eux. L'écueil périlleux dont il importe que l'Empire se garde , ce serait le retour de la réaction , sur laquelle la révolution fonde tout son espoir.

Il y a eu longtemps, trop longtemps, trois camps poli* tiques :

Le camp de la réaction ;

Le camp de la liberté ;

Le camp de la révolution.

Il ne doit plus y avoir que deux camps :

Le camp de la liberté, gardé par le pouvoir;

Le camp de la révolution , gardé par les irréconciliables.

Retourner à la réaction, retourner an gouvernement discrétionnaire, reculer de mai 1869 à décembre 1851, rétrograder de dix-huit ans , ce serait commettre une faute irréparable » car en plaçant les hommes de liberté , qui sont nombreux , dans l'alternative d'opter entre la réaction et la révolution^ ce serait les pousser dans les rangs de cette dernière.

Donc, ce que la prévoyance et la prudence commandent

impérieusement de Taire, c'est de dérouler entièrement d'une main ferme le drapeau delà liberté, qui n'avait été déployé qu'à demi et d'une main timide. Plus de timidité! plus d'hésitation! plus d'ajournements! car la liberté est maintenant la seule force d'aspiration qui puisse tarir la révolution.

Qu'on ne dise pas que nous accordons aux élections de Paris une importance trop grande et aux élections des départements une importance trop petite! Paris et départements ne doivent pas être mesurés au même mètre, ni pesés dans la même balance. Paris est tète d'opinion, comme, en langage de chemins de fer, il est tète de ligne. Ce que veut et ce que pense Paris, un peu plus tôt, un peu plus tard, la France le voudra et le pensera. Il s'agit donc de prendre les devants afin de n'avoir pas la main forcée, car la main forcée, c'est le sceptre qui s'.échappe et qui tombe.

Le 24 février 1848, ce fut la révolfition des rues et la victoire des barricades.

Le 24 mai 1869, c'est la révolution des votes et la victoire des bulletins.

Le 24 février 1848, notre premier cri fut celui-ci : Confiance! confiance!

Le 24 mai 1869, notre premier cri est celui-ci : Liberté! liberté!

De juin à décembre prochain le gouvernement a devant lui un espace de six mois pour préparer, mârir, rédiger le nouveau programme sans lequel il aurait tort d'ouvrir et d'aborder la première session de la nouvelle législature. C'est plus de temps qu'il n'en faut si dès demain il se met à l'oeuvre et ne perd pas une minute.

C'est pendant la durée de cette législature, expirant en juin 1875, que le jeune Prince impérial, né le 16 mars 1856, atteindra l'âge de sa majorité. Se présenter devant le Corps législatif sans programme mûrement délibéré et sans ministère judicieusement renouvelé, ce serait s'exposer à doubler

sans gouvernail et sans boassole le cap des Tempêtes ; ce serait s'exposer témérairement à toutes les aventures et à toutes les inconséquences. Ne doivent pas être perdus Texpérience et le souvenir de la dernière législature , qui, engagée profondément dans une voie, a dû subitement, en 1867, suivre la voie opposée. C*est là une manœuvre périlleuse , qui a pu réussir une fois, mais qu*il serait téméraire de recommencer. Tout dévouement dont on abuse sans qu*il réagisse ne tarde pas à être déconsidéré. N*avoir rien à demander an dévouement de la nouvelle majorité législative qui risque de la déconsidérer, qui risque de la mettre en contradiction avec elle-même , doit être la pensée de TEmpereur, 8*U ne veut pas creuser sous ses pieds, de ses propres maina, Fabime an fond duquel Fidée fixe des irréconciliables est de le précipiter.

Un péril duquel on est averti à temps est un péril à demi évité. Sous ce rapport, les élections de 1869 à Paris peuvent être qualifiées : un avertissement salutaire.

LA LIBEBTi PAR LA HATION.

aa mai 1860.

Ettrait du RéveU :

La question avait été nettement posée par M. de Girardin : la hberté avec tEmpire. Les électeurs de la troisième circonscription de la Seine ont répondu : la liberté par la nation» — Ch. Qusntin.

Extrait de V Avenir national :

La France démocratique a retrouvé le secret de sa force; elle a le levier, et elle sait où est le point d^appui. — A. Psybat.

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