‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 6 sur 149 · LE DISCOUES DU MARQUIS DE LA VALETTE · texte numérisé non relu

LE DISCOUES DU MARQUIS DE LA VALETTE

IS t?ril 1869.

Un ministre des affaires étrangères qui n*a pas la puissance oratoire qu'avait M. Guitot ou Thabileté de parole que possède M. Thiers ne saurait être trop réservé. Dans ce cas, la réserve est portée au compte de la prudence, et mérite en effet d*y être inscrite. Il y a beaucoup d'exemples qu'un ministre des affaires étrangères ait trop parlé; il n'y a pas d'exemple que son silence ait jamais été regrettable. La diplomatie, qui ne doit pas avoir d'entraînements, ne saurait assez se défier des entraînements de l'éloquence. Si maître qu'il soit de sa parole , combien de déclarations sur les affaires d'Italie et sur les affaires d'Allemagne ont échappé à H. Rouher qu'il eût mieux valu qu'il retint, car l'avenir en a pris acte! M. de La Valette, selon nous, dans sa péroraison au moins superflue, a rassuré la Prusse plus qu'il ne convenait de la rassurer après les traités clandestins d'août 1866, qu'il ignorait lorsqu'il adressait à nos agents sa circalaire du IG septembre. Un gouvernement qui a l'honneur de se nommer le gouvernement français, quand il est fermement résolu à la guerre, ne saurait parler d'elle dans des termes trop mesurés, trop conciliants ; mais quand il veut la paix, son langage ne saurait avoir assez de virilité, assez de fierté. Ce n'est pas le moment de fléchir les genoux et de croiser les mains ; c'est le moment de roidîr les bras et de lever le front.

LE PANGERHAVIgUE.

84 man 1869.

Et pourquoi donc la Prusse, qui est chez nous, ne profiteraitello pas de toutes les places fortes qu* elles a sur nous , contre nous, pour reculer jusqu'à ses dernières limites a la grande patrie allemande » ?

Pousserions-nous do.nc Taveuglement jusqu'à compter sur les scrupules de la Prusse le jour où cette nation de proie se sentira assez forte pour donner satisfaction au pangerma* nisme, qui a déjà déposé des germes à Strasbourg et à Mulhouse ?

Il y avait un moyen de combattre les aspirations pangermaniques : c'était, par un grand acte de virilité patriotique et de conservation nationale, do rendre à la France son intégrité, ses limites de 1801, son unité géographique, et de changer ainsi le courant des nationalités.

LA PRUSSOPHOBIE.

81 féfrier 1859.

V Avenir, journal du grand-duché de Luxembourg, explique ainsi la pression exercée par la Prusse sur la Belgique :

Le but poursuivi par la Prusse est facile à deviner : c'est celui

LA PRUSSOPHOBIE. 7

dMsoler complélement la Hollande, qu*eUe convoite. La Belgique, en travaillant pour la Prusse, joue un jeu fort dangereux.

En s*exprimant ainsi, Y Avenir jostiGe son titre.

En effet, dès qae la Prusse aura achevé son unité territoriale, la Prusse n'aura plus qu*ane pensée : ce sera de devenir une grande puissance maritime.

En agissant ainsi elle ne fera qu'obéir à la loi de développement qui de Taiglon fait Taigle et du gland fait le chêne.

Ce langage est-il celui d'un a prussophobe » , ce que V Indépendance belge nous accuse d'être?

Non, nous ne sommes pas a prussophobe », car nous trouvons tout simple et très-légitime que la Prusse, qui était un petit État, aspire à devenir un grand État ; mais ce qui nous parait moins simple et ce que nous ne saurions voir sans la tristesse dans le cœur et la rougeur au front, c'est que la France, qui était un grand État, tende à n'être plus bientôt qu'un petit État.

Est-ce que nous nous opposons à ce que la Prusse franchisse matériellement le Hein, qu'elle a franchi moralement, militairement, économiquement? Est-ce que nous nous opposons à ce que la Prusse s'étende autant qu'elle le voudra et le pourra sur la rive droite du Rhin ? Est-ce que nous nous opposons à ce que les deux Confédérations, celle du Nord et celle du Sud, qui ne sont que des transitions, des coniplications et des masques , disparaissent et fassent place nette à la Prusse se nommant l'Empire d'Allemagne?

Non, nous ne nous opposons à aucun des agrandissements territoriaux et maritimes de la Prusse; nous ne la jalousons pas; mais ce que nous demandons, c'est que la politique du gouvernement prussien serve de règle à la politique du gouvernement français.

Être gallophile , est-ce donc être » prussophobe » , pour parler le langage de V Indépendance belge ?

g LÀ PAIX PRÉCAIRE.

Depuis quand n'est-il plus permis de vouloir fermement que son pays reste ce qu*il était : un grand pays?

La France sernit-elle eAcore un grand pays si elle laissait aux mains de TAllemagne, ayant pour souverain le roi Guillaume et pour premier ministre le comte de Bismark, les clefs de toutes les forteresses enclavées dont les canons sont braqués sur nous?

La leçon de patriotisme que nous a donnée Tltalie, qui n'a pas eu de cesse que le quadrilatère autrichien ne soit passé des mains de Tempereur François-Joseph dans les mains du roi Victor^Emmanuel, sera-t-elle perdue pour nous?

La neute^ité de la Belgique, nous disait-on, est un boulevard qui assure la sécurité de la France.

On vient de voir ce que valent ce boulevard et cette ga« rantie.

Est-ce que la France, aux prises avec les défiances de la Belgique et les avidités de la Prusse, peut demeurer longtemps dans la situation tendue que lui a faite sa diplomatie?

Si parmi nos contradicteurs il s*en trouve un seul qui réponde affirmativement, nous consentons à garder, sans pr5-' tester contre elle, la qualification de prussophobe.

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