‹ L'orphelin; comédie en 3 actes et en proseChapitre 17 sur 52 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

PERI COURT, BLINVILLE.

dÉRICOurt, gnîmcnl.

Tu vas me trouver un peu enfant ; mais j'avoue mon foible. kT'ainie à jouii . sur-tout quand mes jouissances sont aussi Intimement liées à celles de ce que j^i de plus cher. Tu as vu ma femme, tu quittes ma fille, et je te trouve un air de gaité qui me persuade que tout va' bien.

BLINVILLE.

J'espère au moins cjue ça ira.

DÉRICOURT.

Ma femme consent ?

BLINVILLE.

Oui , ta femme consent à mon mariage. Elle m'a mèm© témoigné sa satisfaction d'une manière infiniment flatteuse , et que je ne dois sans doute qu'à i'atnitiô qui m.'uait à toi,

DÉRICOURT.

Pour ma fille , Je suis bien certain...

BLINVIELE.

Elle consent aussi à se marier , elle m'a ouvert son cœur avec la franchise et l'énergie d'une jeune personne qui aime pour la première fois.

Et bien te voilà avec tes craintes et ta ridicule modestie.

BLIVVILLE,à part.

Elle n'étoient pas mal fondées.

DÉRICOURT.

Ah ça, mon ami, il faut terminer promptement.

BLINVILLE.

Oui , le plutôt sera le mieux'.

DÉRieOURT.

Eaire venir le notaire.

BLINVILLE.

Et signer le contrat.

DÉRICOURT. { fausse sortie.) Je vais le mander à l'instant.

SLINVILLE.

Je te le conseille , et s'il survenoît quelques difficultés , je tâcherois de les lever avant sou arrivée.

DÉRICOURT.

Des difficultés ? je n'en prévois pas , à moins que tu ne les fasses naître.

BLINV ILLE.

Au contraire. Je suis l'homme du monde le plus accommodant.

DÉRICOURT.

Je donne à ma fille la moitié de ma fortune.

BLINVIL LE.

C'est plus qu'il n'en faut à un homme raisonnable.

24 L ' o R r IT E I. I isr ,

Je connois la tienne. ï'inissons cette affaire aussi gaîment que iiuus l'avons ébauchée , et que demain il n'en soit plus question.

Il Y a un petit incident qui m'embarrasse un peu , et dont il faut cependant te donner connoissance.

BÉRICOURT.

Un incident ?

BLINVILLE.

Oui..,

PKRICOURT.

Qui t'embarrasse ? Explique-toi ; je lève toutes les difficultés,

BLINVILLE.

Je vais parler. Ta filje se marie....

DÉRieOURT.

^près ?

BLINVILLE.

Mais ce^ n'est pas avec moi.

Ce n'est pas avec toi ?

BLINVILLE.

ilSTon , ce n'est pas avec moi.

DÉRICOURT.

Blai ville? «

Ôlîîitu vas te fâcher. Ci'ois-tu que je sois le seul homme au pionJci rjui puisse épouser ta fille?

DÉRICOURT.

Je ne co'iuois personne qui lui convienne comme toi.

BLINVILLE.

Mais Adèle a cpuelqu'un qui lui convient davantage»

DÉRICOURT.

Adèle a une inclination, et elle me l'a caché?

BLINVILLE,

I>es filles ont toujours une arrière-pensée, et le père le plus ^imé et le plus respectable inspire une sorte de crainte qui repousse la cojifiance.

DÉRICOURT.

ÎVe suis-je pas son meilleur ami ?

BLINVILLE.

Sans cloute-

dÉrigourt,

Elle devoit tout me déclarer.

BLINVILLE.

Je te le déclare , n'est-ce pas la même cliose ?

DÉRIGOURT.

Je ne t'aurois pas exposé à un désagrément...

BLIKVILLE.

Je ne me plains pas : qu'as-tu à dire ?

DÉRicouRT, rêvant.

Adèle ne t'aime pas ' cela m'étonne.

BLINVILL E.

Moi, je ne vois là rien d'étonnant.

DÉRICOURT.

Voilà c[ui dérange furieusement mes projets.

BLINVILLE.

Pourquoi ? J'ai un revenir bien passable et bien acquis, je le niangerai avec toi. Tu avois un ami , eli bien , ta en auras deux.

DÉRIGOURT.

En comptant le gendre futur ?

BLINVILLE.

Le gendre futur.

DÉRIGOURT.

Tu le connois donc ?

Parfaitement.

DÉRieOURT.

Et tu approuves le choix de ma fille ?

BLINVILLE,

Il est digne d'elle et de toi.

DÉRIGOURT.

Ton suTrage est d'un grand poids. Cependant, mon ami, je suis bien aise , avant de répondre , de savoir quel est l'homme qui se propose.

BLINVILLE.

C'est trop juste. Voici son portrait physique et moral. II est jeune.

Après ?

DERICOURr.

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