I.a Citoyenne DERICOURT
Je vous éclairerois d’nn mot ; mais ce mot ajouteroit aux maux que vous redoutez. Ne peut-on avoir un secret pour son ami ?
Non , Madame , on n’en a point de cette nature. Une ame honnête ne sacrifle pas ce qui l’entoure à des fantaisies , à des caprices , par- > nnnez-.moi le mot oui , Madame, à des caprices : vous parleriez, si vous pouviez avois: raisou.
La Citoyenne DÉRICOURT.
Eh bien , je parlerai : vos importunités rn’excedent. Vous voulez que je feràc votre estime , votre amitié , celle de mon époux , de mes enfans , roùs voulez que j . me perde moi-même : je vais vous satisfaire. Aussibien , ce secret m’accable , m*oppresse , et je ne puis le renfermer plus long- temps.
Je frémis. ,
La Citoyenne DER ICO^'URT.
Ce Julien , que j’aime si tendrement et qqi veut épouser Adele. . . ce Julien , sans qui je ne peux vivre , et qui , peut-être , me croit son ennemie. . . (Se cachant dans le sein de Blinville. ) Je ne puis achever. . . Jion , je n’aclieverai point. Blinville , je suis une femme infortunée et criminelle 5 qui n’ose envisager son époux , qui tremble devant son ami, et qui court cacher ses larmes , ses remords et son désespoir.
BLINVILLE, seul.
E suis anéanti , -confondu. La femme la plus honnête en apparence , seroit-elle la plus coupable ? Ce Julien qu’elle aime si tendrement ; ce Julien , sans qui elle ne peut vivre , son époux qu’elle n’ese envisager. . . une passion désordonnés et terriblé s’est-eîle emparée de ce cœur qui ne sembloit fait que pour des sentimens doux ? Est-ce à cette passion qu’elle immole son Adele ? Julien est-il son complice f Que dis-je ? Ses transports prés de cette fille aimable ne sont pas étudiés ; c’est une ame brûlante qui s’exhale , et à qui le crime est encore étranger. C’est donc a sa jalousie que cette femme sacrifie ces enfans ! et- je le souftrirois , moi , ennemi de l’oppressicn et de l’injustice ? Non : que le coupable souft're , et que la 'vertu scit heureuse.
’ ~ rcVirË"'^fv. ==
DERICOURT, BLINVILLE.
T DERICOURT, très - paiement.
-®-'E Notaire est arrivé ; le contrat est prêt -, nous allons sourire à la joie douce de ces enfans , et tu partageras avec moi et leur bonheur et leur rcconnoissance. A propos , as - tu vu ma femme ?
BLINVILLE, contraint.
Elle sort d’avec moi.
Nos jeunes gens lui ont parlé ? Elle est instruite ?
BLINVILLE,
Oui , elle sait tout.
Elle a dû marquer sa surprise . . .
BLINVILLE.
Oh ! d’une maniéré très-prononcée, i
DÉRICOURT.
Et sa joie égale la mienn,e ?
blinville.
Pas tout-à-fait , mon ami.
DERICOURT.
Comment donc ? Dissimuleroit-elle le plaisir que lui fait ce mariage ? Les femmes, comme les filles , auroîent-elles une arriéré- pensée ?
BLINVILLE.
Ta gaieté est souvent trés-piquanîe j mi^is ce n’est pas en ce moment.
DÉRICOURT.
I« marie fiüe j je la marie selon son sœur , et je ne scrois pas gai ?
BLlNVIiLE,
Elle n'est pas, mariée encore. Tu n’es pas heureux en projets.
D £ R I C O U R T , reprenant le ton sérieux.
J’espere que celui - ci ne rencontre aucun obstacle ?
Alt contr'iîre, îî en est un qui m’efîraie , ' et que tu ne pourras lever qu’en dé : '4nt tout<s ta fermeté.
Ta m’.?ffrîi!QS à mon four. Qu’avons-nous donc à craindre ?
Ë L* ï rJ V I L L £.
U.7e opposition formelle de la part de ton çpouse.
LȃRlCO U RT, surpris. ^ |
Cela ne se peut pas.
Cela est.
DÉRICOURT.
Et quelles sons les raisons de cette opposision ? . ■ ,
Elle refuse d’en donner aucune.
Tu vois bien que c’est une plai?-’i:erie.
' B L. î îSf V I L L E.
Non J non : rien n’est moins plaisant.
Que dois-je penser de ceci ? Quels peuvent être les motifs de son refus ?
Si je' parlais à un homme sans caractère , j’emploierois des détours , j’adoucirois des images. . .
DÉRICOURT.
J’ai toujours eu la force d’entendre la vérité.
Eh bien , tu l’entendras. Cette coijiiidence me peine , car je vais t’affliger ; mais je n’écoute que la voix de l’innocence et les loix de l'équité. DÉRICOURT.
Quelque chose que tu aies à m’apprendre , parle ; je suis homme et résigné.
Tes enfans ont vu ta femme ; ils ont présenté leurs vœux , elle les a rejettés ; ils ont supplié , elle s’est montrés inexorable ; ils l’ont quittée le désespoir dans le cœur , et sont venus déposer leur douleur dans le mien. Je l’ai attaquée à mon tour avec') les forces réunies de l’amitié, de la délicatesse et du raisonnement : mômes refus , même s|lence. Des passions violentes se heurtoient et la jettoient dans un désordre effrayant. Enfin , des mots entrecoupés m’ent donné des soupçons que la réflexion a confirmée .
DÉRICOURT.
Achevé : quels, sont ces soupçons ?
Les passions sont terribles , leurs ravages inattendus et rapides ; et la ' feirfme la plus sage n’a pas toujours des forces suffisantes à leur opposer. ' DÉRICOURT, s’écriant.
Ma femme' s’est manqué !
BLINVILLE.
Ta femme a combattu long- temps ; ses remords attestent. . .
Et que m’importent ses combats et ses remerds !
BLINVILLE.
mets qaî m’ent frappé vent fixer ten opinioa et t’expliquer la
conduite de ton éjbouse. tf Ce Julien que j’aime tendrement et qui vent M épouser Adele. . . ce Julien sans qui je ne peux vivre , mon cpouX » que je n’ose envisager. . . son ami devant qui je suis tremblante. . .»
Julien est l’amant de ma femme , et il prétend à ma fille !
BLINVJLLE.
Julien est pur.
Ah , si je poumois le croire ! .
le te répclds de lui.
Ma fille'sera donc heureuse,, et mon imorudente épouse pleurera seuîe- ■sa folie. . ^ ^