‹ L'orphelinChapitre 12 sur 24 · I.a Citoyenne DERICOURT · texte numérisé non relu

I.a Citoyenne DERICOURT

Je vous éclairerois d’nn mot ; mais ce mot ajouteroit aux maux que vous redoutez. Ne peut-on avoir un secret pour son ami ?

Non , Madame , on n’en a point de cette nature. Une ame honnête ne sacrifle pas ce qui l’entoure à des fantaisies , à des caprices , par- > nnnez-.moi le mot oui , Madame, à des caprices : vous parleriez, si vous pouviez avois: raisou.

La Citoyenne DÉRICOURT.

Eh bien , je parlerai : vos importunités rn’excedent. Vous voulez que je feràc votre estime , votre amitié , celle de mon époux , de mes enfans , roùs voulez que j . me perde moi-même : je vais vous satisfaire. Aussibien , ce secret m’accable , m*oppresse , et je ne puis le renfermer plus long- temps.

Je frémis. ,

La Citoyenne DER ICO^'URT.

Ce Julien , que j’aime si tendrement et qqi veut épouser Adele. . . ce Julien , sans qui je ne peux vivre , et qui , peut-être , me croit son ennemie. . . (Se cachant dans le sein de Blinville. ) Je ne puis achever. . . Jion , je n’aclieverai point. Blinville , je suis une femme infortunée et criminelle 5 qui n’ose envisager son époux , qui tremble devant son ami, et qui court cacher ses larmes , ses remords et son désespoir.

BLINVILLE, seul.

E suis anéanti , -confondu. La femme la plus honnête en apparence , seroit-elle la plus coupable ? Ce Julien qu’elle aime si tendrement ; ce Julien , sans qui elle ne peut vivre , son époux qu’elle n’ese envisager. . . une passion désordonnés et terriblé s’est-eîle emparée de ce cœur qui ne sembloit fait que pour des sentimens doux ? Est-ce à cette passion qu’elle immole son Adele ? Julien est-il son complice f Que dis-je ? Ses transports prés de cette fille aimable ne sont pas étudiés ; c’est une ame brûlante qui s’exhale , et à qui le crime est encore étranger. C’est donc a sa jalousie que cette femme sacrifie ces enfans ! et- je le souftrirois , moi , ennemi de l’oppressicn et de l’injustice ? Non : que le coupable souft're , et que la 'vertu scit heureuse.

’ ~ rcVirË"'^fv. ==

DERICOURT, BLINVILLE.

T DERICOURT, très - paiement.

-®-'E Notaire est arrivé ; le contrat est prêt -, nous allons sourire à la joie douce de ces enfans , et tu partageras avec moi et leur bonheur et leur rcconnoissance. A propos , as - tu vu ma femme ?

BLINVILLE, contraint.

Elle sort d’avec moi.

Nos jeunes gens lui ont parlé ? Elle est instruite ?

BLINVILLE,

Oui , elle sait tout.

Elle a dû marquer sa surprise . . .

BLINVILLE.

Oh ! d’une maniéré très-prononcée, i

DÉRICOURT.

Et sa joie égale la mienn,e ?

blinville.

Pas tout-à-fait , mon ami.

DERICOURT.

Comment donc ? Dissimuleroit-elle le plaisir que lui fait ce mariage ? Les femmes, comme les filles , auroîent-elles une arriéré- pensée ?

BLINVILLE.

Ta gaieté est souvent trés-piquanîe j mi^is ce n’est pas en ce moment.

DÉRICOURT.

I« marie fiüe j je la marie selon son sœur , et je ne scrois pas gai ?

BLlNVIiLE,

Elle n'est pas, mariée encore. Tu n’es pas heureux en projets.

D £ R I C O U R T , reprenant le ton sérieux.

J’espere que celui - ci ne rencontre aucun obstacle ?

Alt contr'iîre, îî en est un qui m’efîraie , ' et que tu ne pourras lever qu’en dé : '4nt tout<s ta fermeté.

Ta m’.?ffrîi!QS à mon four. Qu’avons-nous donc à craindre ?

Ë L* ï rJ V I L L £.

U.7e opposition formelle de la part de ton çpouse.

LȃRlCO U RT, surpris. ^ |

Cela ne se peut pas.

Cela est.

DÉRICOURT.

Et quelles sons les raisons de cette opposision ? . ■ ,

Elle refuse d’en donner aucune.

Tu vois bien que c’est une plai?-’i:erie.

' B L. î îSf V I L L E.

Non J non : rien n’est moins plaisant.

Que dois-je penser de ceci ? Quels peuvent être les motifs de son refus ?

Si je' parlais à un homme sans caractère , j’emploierois des détours , j’adoucirois des images. . .

DÉRICOURT.

J’ai toujours eu la force d’entendre la vérité.

Eh bien , tu l’entendras. Cette coijiiidence me peine , car je vais t’affliger ; mais je n’écoute que la voix de l’innocence et les loix de l'équité. DÉRICOURT.

Quelque chose que tu aies à m’apprendre , parle ; je suis homme et résigné.

Tes enfans ont vu ta femme ; ils ont présenté leurs vœux , elle les a rejettés ; ils ont supplié , elle s’est montrés inexorable ; ils l’ont quittée le désespoir dans le cœur , et sont venus déposer leur douleur dans le mien. Je l’ai attaquée à mon tour avec') les forces réunies de l’amitié, de la délicatesse et du raisonnement : mômes refus , même s|lence. Des passions violentes se heurtoient et la jettoient dans un désordre effrayant. Enfin , des mots entrecoupés m’ent donné des soupçons que la réflexion a confirmée .

DÉRICOURT.

Achevé : quels, sont ces soupçons ?

Les passions sont terribles , leurs ravages inattendus et rapides ; et la ' feirfme la plus sage n’a pas toujours des forces suffisantes à leur opposer. ' DÉRICOURT, s’écriant.

Ma femme' s’est manqué !

BLINVILLE.

Ta femme a combattu long- temps ; ses remords attestent. . .

Et que m’importent ses combats et ses remerds !

BLINVILLE.

mets qaî m’ent frappé vent fixer ten opinioa et t’expliquer la

conduite de ton éjbouse. tf Ce Julien que j’aime tendrement et qui vent M épouser Adele. . . ce Julien sans qui je ne peux vivre , mon cpouX » que je n’ose envisager. . . son ami devant qui je suis tremblante. . .»

Julien est l’amant de ma femme , et il prétend à ma fille !

BLINVJLLE.

Julien est pur.

Ah , si je poumois le croire ! .

le te répclds de lui.

Ma fille'sera donc heureuse,, et mon imorudente épouse pleurera seuîe- ■sa folie. . ^ ^

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