‹ L'Oscillométrie Dans L'Hypertension ArtérielleChapitre 7 sur 67 · DANS · texte numérisé non relu

DANS

L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE

Avant-Propos

Le sujet de cette étude qui nous a été obligeamment proposé par M. le professeur Clerc, notre maître, et par M. le Docteur Bascourret, son assistant, s’est montré particulièrement attrayant pour nous. Malgré la complexité des faits, malgré leur apparence souvent contradictoire qui reculait parfois l'espoir de toute conclusion, malgré l'insuffisance de la mesure oscillométrique elle-même, qui a dû être révisée, puis complétée de notions premières, au cours de l'étude même, nous avons cependant trouvé l'intérêt toujours grandissant.

C'est qu’en effet, tout au long de ce travail, nous avons tenu avant tout, à rester sur le terrain exclusivement clinique, nous bornant à enregistrer des faits et rien que des faits ; à multiplier au maximum notre documentation d'examen des malades, à suivre toujours en parallèle, avec les mesures d'appareils, les troubles fonctionnels, les petites modifications qui faisaient varier l'observation dans un sens ou dans

l’autre ; à classer ensuite le tout, pour entirer les conclusions qui découlaient tout naturellement du rapprochement statistique.

Le classement schématique des malades, souvent en fonction d’un seul élément, même s'il est bien fait, est cependant fort insuffisant. Nous nous sommes attaché à le compléter toujours par des données évolulives, aussi bien pour envisager les modestes changements journaliers, que les grandes dénivellations qui s’attachent à certains accidents. Cette notion de pure clinique, là encore, est capitale en ce qui concerne l’appareil circulatoire aux variations incessantes. Beaucoup de nos sujets ont pu être suivis pendant deux, trois, ou même quatre années, et c’est à cette condition seule, que l'on échappe à certaines erreurs de la schématisation. C’est aussi grâce à elle que l’on retire le plus d'enseignement d'un travail de cette sorte.

Nous nous sommes gardé jalousement, d'empiéter sur le terrain physiologique ou même de lui emprunter certains termes si banaux pourtant, concernant l’état des artères, mais qui pouvaient dénaturer le vrai sens clinique des faits. Nous nous sommes aussi volontairement tenu à l'écart de toute discussion d'ordre théorique, désirant simplement verser quelques faits au dossier clinique de l’oscillomètrie et de l'hypertension. Toute opinion exprimée sur ce terrain, devant rester à peu près vaine, tant que la clinique sera bridée dans des dilemnes théoriques un peu étroits qui sont loin de cadrer toujours avec ce qu’elle nous enseigne journellement.

À l'heure actuelle, où la plus grande confusion règne d’ailleurs sur les problèmes circulatoires, et où tant

res NRC

de notions très diverses s’affrontent et se heurtent sans espoir d'une solution proche, il faut se garder, croyons-nous, de formules trop savantes, et d’abord tirer des faits tout ce qu’ils peuvent donner. L’oscillométrie est restée trop longtemps dans l’obre ; elle peut donner beaucoup, surtout avec les appareils modernes et leurs perfectionnements à venir.

Nous serons très heureux si les faits rapportés ici sont corroborés par d’autres ; ils auront alors une portée au moins pratique, démontrant que toute la pathologie circulatoire ne tient pas seulement dans cette formule déjà un peu désuète qu'est la tension artérielle, et de laquelle on s’est contenté pendant plus d’un demi-siècle. L’oscillométrie est destinée, comme on le verra, à la compléter heureusement dans beaucoup de ses défaillances.

Au seuil de ce travail, nous remercions bien vivement notre maître, M. le Professeur Clerc, qui nous a inspiré le sujet de cette thèse et qui a mis son service hospitalier et ses appareils à notre disposition, nous aidant de ses conseils judicieux et éclairés. Nous sommes particulièrement heureux de remercier M. le D' Bascourret, qui ne nous a ménagé ni son dévouement, ni son temps, ni son labeur, et qui aiguillant nos efforts, nous a permis grâce à son expérience de la question, de mener à bien notre tâche, nous donnant complaisamment les observations les plus intéressantes de ce travail, qu’il avait recueillies lui-même.

Qu'ils veuillent bien nous permettre, de leur adresser ici l'expression de notre très vive gratitude.

Historique

La portée de l’oscillométrie a toujours été sous la dépendance un peu servile des idées physiologiques en cours. Elle s’est toujours trouvée de ce fait, bridée dans ses déductions séméiologiques, par des notions théoriques rigides, et c’est ce qui explique en partie le caractère si tardif, de tous les résultats qu’elle est appelée à fournir.

On peut en effet schématiser ainsi les étapes de son histoire :

Les lois de Marey (1876) régissant les variations de volunie des artères, parcourues par la pulsation sanguine et soumises à une compression progressivement croissante, donnent le jour à l’oscillométrie. Celle-ci n'existe dès lors, et n’existera longtemps, qu’en fonction d'une seule notion théorique, qui a voulu résumer à elle seule tout le mécanisme normal et pathologique du système circulatoire : la tension artérielle. C'est la première étape. Le premier oscillomètre entré dans la pratique courante, grâce à Pachon, en 1909, n'a d'autre utilisation que celle de la détermination des différents niveaux de la tension artérielle. Cet objectif lui-même perdra bientôt de son intérêt primordial, Pachon en 1919, apporte d’ailleurs des res-

Le =

trictions fondamentales à la valeur séméiologique de l'oscillométrie, en écrivant : « La comparaison des valeurs respectives d'indices, ne peut être directement faite chez des individus différents. Une même valeur d'indice chez des individus différents, pourra résulter en effet des combinaisons variées et compensatrices des deux facteurs fondamentaux, cardiaque et vasculaire, de l'indice. »

Cependant, presque coup sur coup, naissent deux nouvelles applications de l’oscillométrie. Avec Cawadias (1915), le diagnostic des artérites oblitérantes fait un grand progrès, grâce à la recherche de la suppression de la pulsatilité artérielle. Les études de guerre, sur les troubles réflexes occasionnés par les blessures,. avec Babinski, Heitz, Leriche, etc... utilisent l’'oscillométrie pour la mise en relief des asymétries circulatoires, pour lesquelles la notion de tension artérielle devient cependant insuffisante. La méthode obtient, dès lors, son droit de cité en neurologie : l’indice oscillométrique se recherche au même titre que le réflexe pilo-moteur ou la sudation. Il devient désormais un élément d'appréciation fort important des perturbations de l'appareil sympathique par mesure comparative de deux segments de membres opposés. On commence à entrevoir de façon plus sérieuse, le rôle actif et très sensible du système neuro-végétatif dans la circulation périphérique. Ces deux nouvelles données séméiologiques constituent une deuxième étape dans l’histoire de l’oscillométrie.

La circulation artérielle s'enrichit cependant ces dernières années, de notions nouvelles, quise rapportent à la dernière étape : d’abord notions négatives pour-

ASE

rait-on dire, correspondant au scepticisme qui s’impose à l'esprit actuel, en ce qui concerne le caractère très approximatif de délimitation des niveaux tensionnels, notions négatives, mais d'autant plus fructueuses, qu’elles comportent la nécessité de recherches nouvelles, complétant les méthodes d'exploration habituelles un peu déficientes ; mais aussi nolions positives : établissement grâce à l’oscillométrie seule, par Vaquez en étroit accord avec les physiologistes, d'un niveau de la fension moyenne, constante, dont le caractère de fixité doit permettre la revision de bien des idées anciennes ; études cliniques de l'Ecole française, qui élargissent encore la séméiologie de l'oscillométrie, en fonction d'états circulatoires divers avec Dumas, Billard, Mougeot,etc.,de maladies autonomes (tabes) comportant aussi des troubles circulatoires spéciaux (Bascourret), de l’insuftisance aortique (Mlle Brosse), etc. ; études de l'Ecole belge, d'ordre physiologique surtout,avec de Meyer et ses élèves, portant sur le calibre des artères, leur élasticité, certains réflexes circulatoires, etc. toutes recherches qui sont menées parallèlement, et contribuent à défricher un terrain resté jusque-là très inculte.

On agrandit donc peu à peu le champ de l’exploration ; les études comparatives d’un sujet à un autre sont ouvertes, malgré les restrictions apportées par les théoriciens. Désormais l'oscillométrie a conquis une place capitale.

Une étude générale et systématique de ces mesures, au Cours d’une maladie artérielle des plus fréquentes comme l'hypertension, vient donc à point pour ajouter ses résultats à ceux des travaux précédents, et pour

Tr. or

prouver une fois de plus, la haute valeur d’une méthode trop longtemps délaissée, la seule pourtant dont nous puissions disposer pour ces études clini-

ques des régimes circulatoires.

Page 1