PREMIÈRE PARTIE, CHAP. V
qu'un préfet infligeait aux populations soupçonnées de donner asile aux déserteurs.
Le père, la mère, étaient imposés; on vendait laportion d'héritage du l'éfractaire : les parens, les voisins , la commune, étaient responsables.
Les documens officiels de cette époque sont un monument d'arbitraire, et ont souillé long-temps la législation qui régit la France.
Les instructions ministérielles agravaient les décrets; les arrêtés des préfets commentaient les circulaires officielles, et les exécuteurs des contraintes amplifiaient les ordres. Les vallées qui étaient en proie à ces explorations étaient ravagées; le butin de ces impositions fortuites servait à payer les inquisiteurs, et n'a jamais figuré sur aucun budget.
Les colonnes mobiles étaient le tour du bâton administratif qui exaspérait les campagnes , et n'amenait qu'avec des chaînes des soldats dans les rangs français.
Un paysan de l'Ardèche , ruiné par ces exactions , rencontre son fils dans la forêt de Brégise; il l'engage à rejoindre son régiment pour sauver de la misère le reste des siens. Celui-ci se refuse à obéir à la voix paternelle ; les exhortations ne peuvent le fléchir. Le
père tire un pistolet de sa poche et lui brûle la cervelle !
Le cadavre sanglant est mis dans un sac ; le fardeau est chargé sur l'épaule du meurtrier; il marche à la , Préfecture, et faisant rouler sur les tapis du fonctionnaire le corps de son fils : « Vous me l'avez demandé » mort ou en vie, je vous l'apporte! »
Le préfet, quiétait le gendre d'unministre de l'époque, obtint un surcroît de garnisairesj il fut loué pour son zèle, et le pays gémit sous de nouvelles rigueurs.
Les montagnards étaient enviés dans les recrutemens pour leur taille, leur force physique : la majeure partie de la garde impériale était composée d'une génération dont les chaumières étaient au pied des montagnes de Saint-Flour, de la Lozère, de Saint-Fortunat , des Cévennes.
Sur ces sommités les autans luttent avec les hommes, les rompent aux périls, et les lançaient déjà intrépides au milieu des dangers de la guerre^