ACTE DEUXIEME
MONSIEUR BADILOX. — Ma fille, mon enfant bien-aimée, le voyez- vous maintenant, combien Dieu vous demande une chose facile ?
Le voici donc enfin abattu, l'édifice de votre amour-propre ? La voici terrassée, cette Sygne que Dieu n'a pas faite ! Le voici arraché jusqu'aux racines,
Ce tenace amour de vous-même ! Voici la créature avec son créateur dans l'Eden de la croix !
« O mon enfant, certes la joie est grande que je réserve à mes saints, mais que ditesvous de mon calice ? ». Il est facile de mourir,
Il est facile d'accepter la mort, et la honte et le coup sur le visage et l'inintelligence, et le mépris de tous les hommes.
Tout est facile excepté de Vous contrister.
Tout est facile, ô mon Dieu, à celui qui Vous aime
Excepté de ne pas faire Votre volonté adorable.
(// se lève) Et moi, Votre prêtre, je me lève à mon tour
et je me liens au-dessus de cette victime immolée,
Et je Vous prie pour elle, ainsi que l'on prie sur les azymes à la messe.
Père Saint, Vous voyez cette brebis qui a fait, ce qu'elle a pu.
Maintenant ayez compassion d'elle et ne lui imposez pas un fardeau intolérable,
Ayez pitié de moi aussi, prêtre, pécheur, qui viens de Vous immoler mon enfant unique de mes propres mains.
Et vous, ma fille, dites que vous me pardonnez avant que je vous pardonne.
(Elle fait un geste de la main, il
lui pose la sienne sur la tête).
Mon enfant, recueillez-vous, je m'en vais
vous bénir et que la grâce de Dieu soit avec
vous !
(Elle se laisse couler la face contre terre et demeure prosternée et les bras étendus. Il fait lentement le signe de la croix sur elle, cependant que les rayons rouges du soleil couchant entrent par les fenêtres.