NOCTURNE A DEUX VOIX
DALBELL et EUfH^MIE.
AIR : Le berger cC Appennel. ( d'Andrade. )
Quelle douce ardeur Agile mon cœur !
Toute frayeur cesse , Je lis sa tendresse Ecrite eu ses yeux , O moment heureuv !
Oui , des mômes vœux , I/accord précieux , Nous unit tous deux , Autant que nos nœuds.
Plus do peur , de nuage :
Que de nos amours , Un riant ménage Prolonge le cours ,
Toujours. ( 4 fo'^- )
EUPHÉMIE , à par'.
C/en est fait... plus de soupçons... et quant à celle lettre , il sera toujours temps de lui en parler demain.
DALBELL.
"Vous croyez donc à mon amour , maintenant?
Dam î Monsieur — je commence.
DALBELL.
Monsieur!... Ali! c'est mal... Pourquoi ce mot qui vient tout glacer?... Ne savez-vous pas de nom plus doux pour votre Gustave?
EUPHÉMIE , avec une grdce modeste.
J'attends peut-être qu'il me donne l'exemple.
BALBELI. , avec transport.
Charmante ! . . . Eh bien ! ma chère E . . . E . . . ( A part.) Ah ! mon dieu ! . . . ( Haut. ) Ma chère . .. ( J pari. ) Oh ! son nom ! son nom ! . . .
EUPHÉMJE.
Eh bien?
DALBELL.
Ma chère amie ! . . . ( A part. ) Ça vaut encore mienx que de rester court. . . Diable de nom! ... il va me revenir... faisons bonne contenance.
ETJPHÉMIE.
Mon ami, vous avez Pair préoccapé?
DALBELL.
Da tout, du tout. . . c'est Tivresse du bonheur !. . . c'est l'excès de l'amour... ( Aparl.) pourvu qu'elle ne s'aperçoive pas... Ne lui laissons pas le temps. . . A genoux. ... il n'y a que ça . , .
( U se met à genoux. )
Eh bien! Gustave , que faites-vous donc ?
DALBELL.
AIR : J'en guette un petit de mon âge.
Çn suppliant , j'attends comme une grâqe ,
Le premier baiser qu'en secret Aura de vous obtenu mon audace.
EUPHÉMIE, troublée.
Finissez , Monsieur, s'il vous plait.
DARBELL.
( Parlé. ) Un refus! voilà donc tout ce que j'inspire. . .
La jeune épouse, à qui d'uu cœur sincère, S'adressent les vœux empressés , Au lieu de dire : finissez.
Devrait dire tout le contraire.
EUPHÉMIE
CustitTe, mon ami, je sens bien qu'à prsseutj ce baiser ,
vous avez le droit «le le prendre... mais , soyez ge'ne'reux , ne nie le demandez pas encore.
DARBELL.
Et pourquoi?
ErPHÉMIE.
Je ne sais... j'ai peur... je suis tremblante... plus tard... ( jI l'cmhraxse. ) Eli bien I
J'attendrai.
EUPHÉMIE, à part.
11 est temps!
DALBELL.
Mais, pour m'y aider, pour \oiis rassurer vous-même , si nous supprimions ce lan;;.'!i;e de la froideur, de Tindifference, ce vous cére'monleux?. . .
EUPHÉMIE
Comment! vous exigez encore cela?... Ah! ça, mais, vous ne serez donc jaui'iis coulent?
DALBtLL Non, tant que tu ne m'auras pas dit : Je t'aime I
ErPHÉwiE. U'ndremtnL Est-ce que je peux te liaïr?
DALBELL , hii passant un Iras autour de la taille. Ali I c'en est trop. . . j'en perdr;!i la raison. .. Ma chère Fanny !
EUPHÉMIE , se de'gngeatit avec colère.
Fanny!
DALBELL , à part.
Dieu! quelle étonrderiel
EUPHÉMIE
Fanny !
DALBELL.
Ne vous fâchez pas. . . ne faites pas attention. . .
EfPHÉMIE.
Au contraire, Monsieur... c'est que je veux faire attention... beairoiip crattenlioa même. . . Qu'est-ce que c'est que celle Fanny?
Comment?... pour une bapalelle?. .. un lapsus linguœ?..»
EUPHÉMIE
Qu'est-ce que c'est encore que ca?
DALBELL , à part.
Allons, voilà qne je lui parle lafin à présent. . . Ouaud une fois on a le pied sur un mauvais terrain , plus on Ta , et plus. . .
EUPHÉMIE
J'attends que tous ayez la complaisance de ni'expliqucr. . .
DALBEtL.
llieu de plus simple. . . C'est votre nom que je voulais dire.
EfPHÉMIE.
Mon nom!. . . Eh ! qui vous empêchait?. . .
DALBELL.
Certainement. . , ( A pnri, ) Si j'avais pu. . .
EUPHÉMIE
Mais c'est qu'apparemment cette Fannv est toujours présente à votre imagination.
DALBELL.
Moi! je ne la conn;iis p.is... je ne l'ai jamais vue... je ne sais pas ce que voulez me dire.
EUPHÉMIE
Ah' vous ne savez pas... vous ne la connaissez pas... ( A part. ) IMus de doute. . . il m'a trompée en tout. . . Que je suis mallienreuse ! ( Haut, lui montrant la lettre.) Tenez , Monsieur , voilà peut-être de quoi aider votre mémoire.
DALBELL.
Une lettre ! . . . ( // regarde l'adresse que lui montre Euphéniie. — A part.) Ciel! à ces jambagesl... c'est Fanny... elle m'a écrit!... quelle attention de sa part!... elle me met dans un joli embarras! ( Haut. ) Cette lettre est décachetée ....
EUPHÉMIE
C'est mon seul tort. J'avais entrevu la signature, et dans un premier mouvement... mais je me suis arrêtée tout de suite , et j'ignore ce qu'elle contient. DALBELL , à part.
Je respire !
EUPHÉMIE
Je suis incapable d'une indiscrétion , et ce n'est que devant vous qne je veax lire vos lettres.
( Elle va pour ouvrir. )
DALBELL, l'arrêtant.
Y songez-vons? h cette heure-ci?. . . Oh! non, demain ^ tout ce que vous voudrez. . . je me justifierai. . . tout s'e'^ clarcira. ( A part. ) Si je sais comment, par exemple.... ( Haut.) Mois pour cette nuit. . . Oh! laissez-moi la consacrer toute entière à vous parler de mon amour. . . oui , touie entière j elle n'y suffira pas encore.
EUPHÉMIE
C'est cela... pour vous jouer de moi, comme tont-àl'heure... vous connaissez ma faiblesse, vous êtes bien sûr que si je vous e'coute, mon cœur sera tout-à-fait sans défense... qu'il a besoin de vous croire... de vous aimer... Ail ! c'est affreux î
dAlbell , à part.
S'entendre dire de ces choses là. . . ( Haut^ avec transport. ) Ma femme ! mon unique amie! . . .
EUPHÉMIE
Non, Monsieur, c'est décidé! il faut qne je lise celle lettre.
( Elle va pour l'ouvrir. )
DALBEL, l'arrêtant.
Je ne puis consentir. . .
EUPHÉMIE
Et si c'est ma volonté! . . . Quel serment ni'avez-vous fait ce matin?
DALBELL.
Je sais bien. . . mais. . .
EUPHÉMIE
Voyons, Monsieur.... je veux vous prendre par vos propres paroles... Répétez-les mot par mot.
DALBELL.
Eh bien! quoi?... quel était-il , ce serment?... Mat chère amie , je vous jure. . .
EUPHÉMIE
Non , non : d'abord, ce n'était pas ma chère amie. . . Si ça change déjà le premier jour, qu'est-ce que ce sera donc après ?. . . C'était mon nom que vous disiez , Monsieur.
DALBELL , « pnrl.
Son nom I. . . elle y tient. . . ( Haut. ) Ma bonne amie, il me semble que. . .
Ah! ça, mais quelle répugnance avez-vous donc à pro- Yioncer mon nom?... c'est inconcevable.
DALBELL.
Pouvez- VOUS croire?. . . Ce nom chéri!. . , il est gravé dans mon coeur. ( A part. ) Il ne peut même être que là. . . car j'ai beau chercher d;ins mii Icte . . .
EUPHÉMIE
Ah î vous y mettez de l'obstination I. . . Eh bien ! Monsieur, j'en aurai aussi.. . je ne veux plus vous parler, voua répondre. . . vous écouter même. . . à moins que vous ne m'ajez d'abord appelée de ce nom que vous désiriez tant me donner, quand je n'étais pas encore votre femme.
DALBELL , à par'.
Là ! être si près du bonheur 1 et ne pas pouvoir. . . C'est une fatalité! ( Haut , à Euphémie. )
AIR de Charmelle.
Révoquez l'arrêt sévère Que vous portez contre moi. . .
Bientôt vous aurez , j'espère , D'autres preuves de ma foi.
Par pitié , je vous implore , Ne rae désespérez pas !
EUPHÉMIE
F.h! quoi ! je l'écoute encore !
Quelle est ina faiblesse, hélas I