‹ L'oubli, ou, La chambre nuptialeChapitre 14 sur 20 · NOCTURNE A DEUX VOIX · texte numérisé non relu

NOCTURNE A DEUX VOIX

DALBELL et EUfH^MIE.

AIR : Le berger cC Appennel. ( d'Andrade. )

Quelle douce ardeur Agile mon cœur !

Toute frayeur cesse , Je lis sa tendresse Ecrite eu ses yeux , O moment heureuv !

Oui , des mômes vœux , I/accord précieux , Nous unit tous deux , Autant que nos nœuds.

Plus do peur , de nuage :

Que de nos amours , Un riant ménage Prolonge le cours ,

Toujours. ( 4 fo'^- )

EUPHÉMIE , à par'.

C/en est fait... plus de soupçons... et quant à celle lettre , il sera toujours temps de lui en parler demain.

DALBELL.

"Vous croyez donc à mon amour , maintenant?

Dam î Monsieur — je commence.

DALBELL.

Monsieur!... Ali! c'est mal... Pourquoi ce mot qui vient tout glacer?... Ne savez-vous pas de nom plus doux pour votre Gustave?

EUPHÉMIE , avec une grdce modeste.

J'attends peut-être qu'il me donne l'exemple.

BALBELI. , avec transport.

Charmante ! . . . Eh bien ! ma chère E . . . E . . . ( A part.) Ah ! mon dieu ! . . . ( Haut. ) Ma chère . .. ( J pari. ) Oh ! son nom ! son nom ! . . .

EUPHÉMJE.

Eh bien?

DALBELL.

Ma chère amie ! . . . ( A part. ) Ça vaut encore mienx que de rester court. . . Diable de nom! ... il va me revenir... faisons bonne contenance.

ETJPHÉMIE.

Mon ami, vous avez Pair préoccapé?

DALBELL.

Da tout, du tout. . . c'est Tivresse du bonheur !. . . c'est l'excès de l'amour... ( Aparl.) pourvu qu'elle ne s'aperçoive pas... Ne lui laissons pas le temps. . . A genoux. ... il n'y a que ça . , .

( U se met à genoux. )

Eh bien! Gustave , que faites-vous donc ?

DALBELL.

AIR : J'en guette un petit de mon âge.

Çn suppliant , j'attends comme une grâqe ,

Le premier baiser qu'en secret Aura de vous obtenu mon audace.

EUPHÉMIE, troublée.

Finissez , Monsieur, s'il vous plait.

DARBELL.

( Parlé. ) Un refus! voilà donc tout ce que j'inspire. . .

La jeune épouse, à qui d'uu cœur sincère, S'adressent les vœux empressés , Au lieu de dire : finissez.

Devrait dire tout le contraire.

EUPHÉMIE

CustitTe, mon ami, je sens bien qu'à prsseutj ce baiser ,

vous avez le droit «le le prendre... mais , soyez ge'ne'reux , ne nie le demandez pas encore.

DARBELL.

Et pourquoi?

ErPHÉMIE.

Je ne sais... j'ai peur... je suis tremblante... plus tard... ( jI l'cmhraxse. ) Eli bien I

J'attendrai.

EUPHÉMIE, à part.

11 est temps!

DALBELL.

Mais, pour m'y aider, pour \oiis rassurer vous-même , si nous supprimions ce lan;;.'!i;e de la froideur, de Tindifference, ce vous cére'monleux?. . .

EUPHÉMIE

Comment! vous exigez encore cela?... Ah! ça, mais, vous ne serez donc jaui'iis coulent?

DALBtLL Non, tant que tu ne m'auras pas dit : Je t'aime I

ErPHÉwiE. U'ndremtnL Est-ce que je peux te liaïr?

DALBELL , hii passant un Iras autour de la taille. Ali I c'en est trop. . . j'en perdr;!i la raison. .. Ma chère Fanny !

EUPHÉMIE , se de'gngeatit avec colère.

Fanny!

DALBELL , à part.

Dieu! quelle étonrderiel

EUPHÉMIE

Fanny !

DALBELL.

Ne vous fâchez pas. . . ne faites pas attention. . .

EfPHÉMIE.

Au contraire, Monsieur... c'est que je veux faire attention... beairoiip crattenlioa même. . . Qu'est-ce que c'est que celle Fanny?

Comment?... pour une bapalelle?. .. un lapsus linguœ?..»

EUPHÉMIE

Qu'est-ce que c'est encore que ca?

DALBELL , à part.

Allons, voilà qne je lui parle lafin à présent. . . Ouaud une fois on a le pied sur un mauvais terrain , plus on Ta , et plus. . .

EUPHÉMIE

J'attends que tous ayez la complaisance de ni'expliqucr. . .

DALBEtL.

llieu de plus simple. . . C'est votre nom que je voulais dire.

EfPHÉMIE.

Mon nom!. . . Eh ! qui vous empêchait?. . .

DALBELL.

Certainement. . , ( A pnri, ) Si j'avais pu. . .

EUPHÉMIE

Mais c'est qu'apparemment cette Fannv est toujours présente à votre imagination.

DALBELL.

Moi! je ne la conn;iis p.is... je ne l'ai jamais vue... je ne sais pas ce que voulez me dire.

EUPHÉMIE

Ah' vous ne savez pas... vous ne la connaissez pas... ( A part. ) IMus de doute. . . il m'a trompée en tout. . . Que je suis mallienreuse ! ( Haut, lui montrant la lettre.) Tenez , Monsieur , voilà peut-être de quoi aider votre mémoire.

DALBELL.

Une lettre ! . . . ( // regarde l'adresse que lui montre Euphéniie. — A part.) Ciel! à ces jambagesl... c'est Fanny... elle m'a écrit!... quelle attention de sa part!... elle me met dans un joli embarras! ( Haut. ) Cette lettre est décachetée ....

EUPHÉMIE

C'est mon seul tort. J'avais entrevu la signature, et dans un premier mouvement... mais je me suis arrêtée tout de suite , et j'ignore ce qu'elle contient. DALBELL , à part.

Je respire !

EUPHÉMIE

Je suis incapable d'une indiscrétion , et ce n'est que devant vous qne je veax lire vos lettres.

( Elle va pour ouvrir. )

DALBELL, l'arrêtant.

Y songez-vons? h cette heure-ci?. . . Oh! non, demain ^ tout ce que vous voudrez. . . je me justifierai. . . tout s'e'^ clarcira. ( A part. ) Si je sais comment, par exemple.... ( Haut.) Mois pour cette nuit. . . Oh! laissez-moi la consacrer toute entière à vous parler de mon amour. . . oui , touie entière j elle n'y suffira pas encore.

EUPHÉMIE

C'est cela... pour vous jouer de moi, comme tont-àl'heure... vous connaissez ma faiblesse, vous êtes bien sûr que si je vous e'coute, mon cœur sera tout-à-fait sans défense... qu'il a besoin de vous croire... de vous aimer... Ail ! c'est affreux î

dAlbell , à part.

S'entendre dire de ces choses là. . . ( Haut^ avec transport. ) Ma femme ! mon unique amie! . . .

EUPHÉMIE

Non, Monsieur, c'est décidé! il faut qne je lise celle lettre.

( Elle va pour l'ouvrir. )

DALBEL, l'arrêtant.

Je ne puis consentir. . .

EUPHÉMIE

Et si c'est ma volonté! . . . Quel serment ni'avez-vous fait ce matin?

DALBELL.

Je sais bien. . . mais. . .

EUPHÉMIE

Voyons, Monsieur.... je veux vous prendre par vos propres paroles... Répétez-les mot par mot.

DALBELL.

Eh bien! quoi?... quel était-il , ce serment?... Mat chère amie , je vous jure. . .

EUPHÉMIE

Non , non : d'abord, ce n'était pas ma chère amie. . . Si ça change déjà le premier jour, qu'est-ce que ce sera donc après ?. . . C'était mon nom que vous disiez , Monsieur.

DALBELL , « pnrl.

Son nom I. . . elle y tient. . . ( Haut. ) Ma bonne amie, il me semble que. . .

Ah! ça, mais quelle répugnance avez-vous donc à pro- Yioncer mon nom?... c'est inconcevable.

DALBELL.

Pouvez- VOUS croire?. . . Ce nom chéri!. . , il est gravé dans mon coeur. ( A part. ) Il ne peut même être que là. . . car j'ai beau chercher d;ins mii Icte . . .

EUPHÉMIE

Ah î vous y mettez de l'obstination I. . . Eh bien ! Monsieur, j'en aurai aussi.. . je ne veux plus vous parler, voua répondre. . . vous écouter même. . . à moins que vous ne m'ajez d'abord appelée de ce nom que vous désiriez tant me donner, quand je n'étais pas encore votre femme.

DALBELL , à par'.

Là ! être si près du bonheur 1 et ne pas pouvoir. . . C'est une fatalité! ( Haut , à Euphémie. )

AIR de Charmelle.

Révoquez l'arrêt sévère Que vous portez contre moi. . .

Bientôt vous aurez , j'espère , D'autres preuves de ma foi.

Par pitié , je vous implore , Ne rae désespérez pas !

EUPHÉMIE

F.h! quoi ! je l'écoute encore !

Quelle est ina faiblesse, hélas I

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