‹ L'oubli, ou, La chambre nuptialeChapitre 8 sur 20 · EUPHÉMIE, POULOT · texte numérisé non relu

EUPHÉMIE, POULOT

tOULOT , à part 5 tenant une lettre. j

Oui , va , ouvre le nu'daillon^ regarde bien si tu es beau 'j

en peinture. . . moi j'ai ide'e que celte ieltre-là va joliment t'enlaidir aux yenx de ma cousine... Juste... la voilà... toute seule.. . c'est-il heureux!

EUPHÉMIE

C'est toi , Poulot?. . . tu n'es pas cooclié?

POULOT

Non ... Je voulais vous voir encore . . . causer encore . . . avec vous , avant qu'il fût deniiiiu.

EUPHÉMIE

Pourquoi çu ? je t'aimerai toujours de même , va.

POULOT

Ah! bien oui. . . mais , en seconde ligne; et quand il y aura votre i;rand diable de mari entre nous deux , il m'effacera tout-à-fait.

EUPHÉMIE

Au contraire, nous rirons bien plus ; dans tous mes plaisirs , tu seras toujours en tiers. ■>

AIR du Pompier. ( dans la Revue de Paris. )

Si j'en dois croire U's romans.

On voit maint époux hypocrite , Affecter de beaux sentiiuens.

Que plus tard dément sa conduite.

Les hommes savent se plier A la ruse , à la pertitlie :

De leur tendresse on doit se défier j Mais on peut croire à leur folie.

POULOT

J'aimerais mieux n'être qu'en moitié.

EUPHÉMIE

Est-il enfant? Songe donc, quand nous allions courir au parc, qtie tu voulais me dénicher des oiseaux , me cueillir des branches fleuries, tu étais trop petit, o'i pas assez fort... êh bien! mon mari nous sera bien commode pour ça. Tu as depuis long-tcinps envie de chasser, il t'apprendra à manier un fusil j il nt'a déjà dit qu'il voulait t'en faire cadeau d'un superbe , proportionné à ta taille,

POULOT

Je n'en veux pasj je n'apprendrai rien de lui, je ne veux L'Oubli. 5

rien de lui. Votre mari, ne m'en parlez pas... il me iléplaît. . . coiDine un pensum.

Ail ça I je remarque. . . Pourquoi donc est-ce que lu ne me tutoies pas?

POULOT

On veut que je m'en déshabitue... c'est ma tante qui roe sermonne depuis ce matin sur ma familiarité' avec toi. A propos, tu ne sais pas? une bonne chose : les voilà brouilles, elle et ton marij les deux seules personnes que je n aime pas... C est vrai, moi, j'ai jjon cœur: j'aime tout le monde , excepté ma tante et mon cousin. . . Elle est allée se plaindre de lui à mon papa. . . s'il allait le mettre ;» la porte. . . hein ! quel bonheur!

ETJPHÉMIE.

Par exemple! mettre mon mari à la porte! Heureusement que ça ne se peut pas.

POULOT, ovdc une gravite' comique.

Ça vous ferait donc de la peine ?

EUPHÉMIE

Quelle demande! Fi! que c'est vilain d'être jaloux!

POULOT

Jaloux!... voilà!... je cherchais le mot depuis deux jours: je suis jaloux... comme dans cette tragédie que papa nous a lue un soir. . . Za, . . Za. . , Zaï. . . où il y a une lettre. . . A propos de lettre , ça me rappelle. . . Dites donc, ma cousine, ctes-vous jalouse de votre mari, vous?

EUPHÉMIE

Pourquoi le serais - je? puisqu'il ma choisie... il n'y était pas forcé; c'est que je lui plaisais plus qu'une autre.

POULOT

Allons donc, vous n'y comprenez rien... Est-ce qu'on raisonne quand on est jaloux?... Est-ce qu'il raisonnait, le Turc de la trai^éJie?.. . et moi , donc, ai--e raisonné tontes les fois que >ous receviez une lettre du prétendu, il y a quinze jours, quand il é^ait retourné à sa garnison de Vh'^ lenciennes? Oh dieu ! chaque ligne que vous lisiez de son écriture, ça me mangeait le sang; ça me bondissait ici. . . ça me donnait des fourmis jusque dans la plante des pieds.

EUPHÉlMIE.

Eh bien! où va-t-il prendre tout ça?

( '9 ) POUIOT.

Comme ça, si votre mari vous trompait?

EUPHÉMIE

Lui!

POULOT

Si le soir môme qu'il vous épouse, il recevait une lettre d'une autre femme , qui lui signe : « Ta tendre amie pouf toujours. »

EUPHÉMIE

par exemple... Finissez, Monsieur; on ne rit pas sur ces choses-là.. .

POULOT

Qui est-ce qui parle de rire?... Voilà îa lettre... que j'ai chipe'e; elle est bien d'une femme, nomme'e Fanny, encore.

EUPHÉMIE

Fanny !

POULOT

Fanny Garbelot! avec un paraphe. . . c'est tout ce que j'ai pu lire, sans briser le cachet.

EUPHÉMIE

Donne... donne... vite... Ah! mon dieu!... quelle e'motion. . . jamais je n'avais rien e'prouve' de pareil.

POULOT

Pas vrai?. . . Qu'est-ce que je disais , la jalousie . . .

( Pendant le couplet suivant, Euphe'niie regarde à travers la lettre , et la tourne en tout sens. )

AIR : 2'rou la la.

Vlà qu'ça prend , ( b/s, ) Compreuds-lu bien inainleaaat,

Vlà qu'ça prend ; ( bis. ) Ça n'ira plus qu'eu croissant.

Puisque le moin Ire soupçon D'un hoinin troubl' la raison ; Chez un' fenim' ç.i doit encor Faire an eiïtil bien plus fort,

Vlà qu'ça pretul. ( bis. )

Cuuipreuds-iu, etc.

( ao )

EUPHÉMIE

Si je m'en croyais , j'ouvrirais celte lettre.

POULOT

Oui , ouvre-là.

BENOIT , en dehors.

Oui, Mesdemoiselles... veuillez me suivre... voici l'heure . . .

EUPHÉMIE

Ciel ! mon oncle . . .

( Elle cache la lettre. )

POULOT

Mon papa!

( // se cache dans le boudoir , dont il ferme la porte.)

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