WEBSTER, N.Y
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en appelant dans son journal Manitoba le lac des Prairies donne tout simplement la traduction du nom sauvage.
D'ailleurs ce lac devait naturellement s'appeler lac des Prairies et non pas /e détroit de l'esprit qui parle.
Longtemps on a donné au mot Canada une origine qui n'était pas du tout la sienne. On a dit qu'il venait des mots crs : piko anata, ce qui veut dire (sans dessein). Or, il est prouvé aujourd'hui que le mot Canada est un mot iroquois qui signifie amas, ou groupe de cabanes. La chose est toute naturelle puisque le pays était habité par les iroquois. Pareillement, Æanitoba est d'origine assiniboine, puisque le pays où il est situé, était habité par les assiniboines à l'époque de sa découverte. Inutile donc de le faire dériver de Manito Wapan.
Le 8 octobre, deux canots restés en arrière et montés par douze hommes, arrivèrent au fort de la Reine ; le Sieur de la Marque et son frère étaient sur l'un de ces canots. Ils venaient dans l'intention de suivre M. de la V'érendrye chez les tribus sauvages de l'Ouest.
Quoique la saison fut déjà très avancée (car, dans ces pays du nord, l'hiver commence assez souvent au mois de novembre), M. de la Véren drye résolut de se rendre chez les Mandanes, tribu nombreuse et importante qui habitait non
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loin des bords du Missouri, au sud-ouest du fort de la Reine.
Il partit accompagné de vingt français au nombre desquels se trouvaient le Sieur de la Marque et son frère. Il prit en outre quatre sauvaves pour les guider.
M. de la Vérendrye déclare que lui et sa troupe eurent beaucoup de misères à essuyer pour se rendre chez les Mandanes. Ceux qui connaissent le Nord-Ouest savent combien il est imprudent d'y entreprendre de longs voyages à cette saison. Les habitants de la Rivière Rouge redoutaient les longues routes à travers les prairies vers la fin de novembre. Les chasseurs, accoutumés au rude climat de ces contrées, ont plus d'une fois failli périr dans des tempêtes de neige qui se déchainent à l'entrée de l'hiver,
La troupe de M. de la Vérendrye s'était grossie le long de la route. Un gros village d'assiniboines s'était Joint à eux. La curiosité de ces sauvages, était vivement excitée par la présence de ces blancs qu'ils voyaient pour la première fois ; mais surtout l'espoir de les piller, ou de recevoir d'eux des présents était le princtpal motif qui les attirait à leur suite.
M. de la Vérendrye avait apporté avec lui une cassette et un sac qui renfermaient des objets pour faire des présents aux Mandanes afin de se
les rendre favorables. Or le jour de son arrivée
au camp des Mandanes, un assiniboine, qui avait découvert ce trésor s'en empara et prit la fuite dans la prairie. Dans les circonstances où se trouvait M. de la Vérendrye, ce vol lui causa un dommage considérable. Les assiniboines qui l'avaient suivi, se sauvèrent pour aller rejoindre le voleur et partager le magot enlevé.(1) Avec eux s'enfuit aussi l'interprète qui avait été d'avance grassement payé. Toutes ces épreuves Jetérent le découragement parmi les voyageurs, et les déterminèrent à retourner au fort de la Reine, malcré la rivueur de la saison.
Monsieur de la Vérendrye laissa chez les Man:danes deux français pour y apprendre la langue et obtenir des renseignements sur le pays et les nations qui l'habitaient.
Quoique très souffrant, M. de la Vérendrye sc
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son fort. Il espérait éprouver du mieux en route, ce fut tout le contraire qui arriva.
Il voyageait au mois de janvier, durant Kk
saison la plus rude. Il ne fut de retour au fort
de la Reine que le 11 février (1739) après avoirs enduré toutes les misères qu'un homme peut
endurer sans mourir.
(1) On voit ici que les sauvages ont leur politique comme les blancs et qu'ils savent faire du l'oodlage,
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À mesure que M. de la Vérendrye s'avançait dans l'intérieur du pays, les sauvages les plus éloignés venaient en députation au-devant de
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tourner à M ‘Eaux forts dans leur voisinage. Après le fort svsoute bU Saint-Pierre et le fort Saint-Charles, on établit le fort Maurepas, puis le fort de la Reine. Mainteent de M nant les tribus des bords du lac des Prairies en
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Lrès avoir c'est-à-dire sur les bords mêmes du lac.
Depuis près d'un siècle, tous les sauvages du
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une peut} | à nord et de l'ouest avaient été habitués à faire chaque année le voyage à la baie d'Hudson me les ble pour y vendre leurs fourrures aux commerçants anglais. Quoique ce trajet fut long et pénible, ils le faisaient volontiers pour se procurer les
objets dont ils sentaient le besoin depuis leurs rapports avec les blancs. Ils ne songeaient pas à un sort meilleur avant l'arrivée des français au
lac Supérieur. Les premiers forts construits à
l'ouest du lac Supérieur épargnaient aux sauvases une marche de neuf cents milles. Leur condition s'améliorait. Tout sauvages qu'ils étaient, ils sentaient les avantages de ce progrès et étaient loin d'y être indifférents. Quoique le fort de la Reine ne fut qu'à une douzaine de milles du lac des Prairies, les Assiniboines trouvaient leur sort à plaindre s'ils n'avaient pas un
fort sur les bords mêmes du lac. Tout est relatif
en ce bas monde. Un jour (en 1850) un missionnaire dans un fort vit venir à lui un sauvage qui paraissait très attristé. Il le crut malade où dans les souffrances d'un jeûne forcé, ce qui arrive fréquemment aux sauvages.
— Comment te portes-tu ? lui dit le missionnaire ; tu m'as l'air malade.
— Ah! répondit-il, en poussant un soupir, je fais bien pitié de ce temps-ci.
— Comment! est-ce que tu n'as rien à manger ?
— Oui, j'ai de quoi manger; mais je manque de moutarde.
Il avait vu un bourgeois du fort en faire usage et il considérait ce condiment comme une chose indispensable pour un chef de tribu.
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M, DE LA VÉRENDRYE
que la multiplication des forts à fait du mal aux sauvages et au commerce, Elle parlait de la sorte à son point de vue.
Quoiqu'il en soit, M. de la Vérendrye pour se rendre à la demande des sauvages et aussi pour prendre connaissance du pays, envoya son nls aîné explorer les bords du lac des Prairies. Celui-ci se mit en route le 10 avril : il avait ordre de se rendre jusqu'à l'embouchure de la rivière Paskovac dont les sauvages lui avaient parlé, et d'y choisir des endroits avantageux pour l'établissement de deux forts, l'un sur le bord du lac, l'autre vers l'embouchure de la rivière, (1)
De l'endroit où M. de la Vérendrye père, était rendu pour son exploration, il hésitait à prendre une direction. Devait-il continuer à marcher vers le nord-ouest ou vers le sud-ouest, ou bien encore, devait-il remonter le cours de l’Assiniboine, comme il l'avait fait jusque là ?
Depuis le lac Supérieur, il n'avait eu qu'une seule route à suivre : descendre ou remonter le cours des rivières qui conduisaient à l'intérieur du pays; les forêts et les montagnes interdisaient tout autre chemin. Mais une fois rendu à l’ouest
de la rivière Rouge, l'aspect du pays n'étant plus le même, il était plus difficile de s'orienter. Les
vastes prairies, unies comme l'océan, offraient
(1) La rivière Paskoyac, Son embouchure est à cinquante milles environ au sud-est du fort Cumberland,
L'OUEST CANADIEN autant de routes que l'océan lui-même. Plus de cours d'eau, plus de vallées pour indiquer un chemin, Le but principal de M. de la Vérendrye, en envoyant son fils vers la rivière Paskoyac, était de faire examiner le pays et de s'assurer s'il ne serait pas plus avantageux de pousser l'exploration dans cette direction.
En attendant le retour de son fils, M. de la Vérendrye resta au fort de la Reine.
Ses fournisseurs associés lui avaient promis d'envoyer au Grand Portage sur le lac Supérieur tous les effets nécessaires pour la traite et l'équipement des forts. Le 27 mai, il fit partir du fort de la Reine les canots qui devaient lui rapporter ces marchandises. Malheureusement, par une néglivgence impardonnable, les fournisseurs n'envoyèrent rien.
Les hommes de M. de la Vérendrye attendirent dix-huit jours au Grand-Portage au risque d'y mourir de faim, souffrant, dans tous les cas, d'un long jeûne forcé.
Enfin, les conducteurs des canots, ne voyant rien arriver au Grand-Portage, prirent le parti de descendre jusqu'à Missilimakinaw. À leur arrivée dans ce poste, au lieu de trouver un équipement tout prêt, ils virent leurs pelleteries saisies par
l'équipeur pour une somme de quatre mille livres,
quoiqu'il eut lui-même manqué à sa parole et causé un grand dommage à M. de la Véren-
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M, DE LA VÉRENDRYE 93
drve, en ne faisant pas rendre au Grand-Portage les effets pour la traite, comme il avait été convenu,
Une telle conduite de la part des commerçants avait pour M. de la Vérendrye les conséquences les plus graves,
Privé de secours, il lui était impossible de continuer l'exploration. Ses forts ne contenaient plus aucune marchandise pour les échanges avec les sauvages. Ses objets destinés à faire des présents pour gawner les sympathies des indigènes lui avaient été volés chez les Mandanes et maintenant ses fournisseurs, après avoir saisi ses pelleteries, refusaient de lui donner de nouvelles marchandises.
Si ses canots étaient oblisgés de remonter à vide, que deviendrait le personnel de ses forts ?
Les gens de M. dela Vérendrye s'adressèrent au commandant du fort de Missilimakinaw et lui représentèrent les risques que couraient dans l'intérieur du pays ceux qui ne comptaient pour vivre que sur les provisions rapportées par les canots. Mais comme c'était avec la permission du commandant que les fournisseurs s'étaient emparés des pelleteries, il ne se montra guère favorable à leur demande et ce ne fut qu'après de vives instances qu'ils purent obtenir quelques marchandises pour la traite.
Les canots reprirent la route du nord-ouest
et le 20 octobre ils étaient de retour au fort de la Reine,
Les fils de M. de la Vérendrye, partis au mois d'avril pour aller explorer le lac des Prairies et le bas de la rivière Paskoyac, avaient exécuté les ordres de leur père et étaient revenus lui rendre compte de leur voyage.
Ils avaient trouvé deux endroits très avantageux pour l'établissement des forts et ils eussent été prêts à les construire, si les secours attendus de Montréal avaient été envoyés. Mais pour le moment, M. de la Vérendrye dût renoncer à toute nouvelle entreprise. Bâtir des forts, sans avoir des marchandises pour les approvisionner, eut été un travail inutile.
Se voyant sans ressources, avec beaucoup de monde à payer et à nourrir, il se décida à descendre à Montréal pour aller représenter au gouverneur la triste situation dans laquelle il se trouvait. Cepeadant il passa l'hiver de 1739 au fort de la Reine et ce ne fut qu'au printemps de 1740 qu'il se mit en route pour Montréal.
Il arriva à Missilimakinaw le 16 juillet. Là il se procura des marchandises et les envoya à ses enfants qui étaient restés dans les forts.
Il avait confié la garde du fort de la Reine à l'un de ses fils. 11 lui écrivit de se rendre dès l'automne chez les Mandanes avec les deux français qui avaient appris la langue de cette nation,
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lui enjoignant de se procurer de bons œuides pour se faire conduire à la mer de l'Ouest.
Les affaires qu'il eut à traiter à Missilimakinaw, retardèrent son voyage de plusieurs jours et ce
ne fut que vers la fin d'août quil arriva À Montréal.