I.ES COMPAGNIES DES TRAITEURS
'Montréal soupçonna qu'il aurait plus d'avantage 'à s'avancer tout droit vers le Nord pour y rencontrer les sauvages sur la route de la baie .'Hudson. Il se rendit d'abord au fort Paskoyac, non loin de l'embouchure de la grande Saskatchewan, et de là se dirigea sur la rivière Churchill, où personne encore n'était allé faire la traite. Les sauvages y arrivèrent en grand nombre, chargés des plus précieuses pelleteries. Ces pelleteries étaient toutes destinées à payer les dettes que les sauvages avaient contractées l'année précédente chez les anglais de la baie d' Hudson.
Quand Frobisher leur offrit de tout acheter le produit de leur chasse, ils refusèrent de le lui céder, se faisant un scrupule de manquer à leur parole et de commettre une injustice à l'égard des marchands qui leur avaient avancé des marchandises et des provisions. Mais Frobisher fit tant d'instances auprès d'eux qu'ils se laissèrent ler, surtout par l'appât du prix élevé qu'il leur offrit. La quantité de fourrures qu'ils lui cédèrent était si grande qu'il fut obligé d'en ier une partie dans un fort qu'il bâtit e.\près, ïtqui depuis ce temps a porté le nom de fort ie traite. L'année suivante, quand il vint pour reprendre ses fourrures, il les trouva intactes. Les pauvres sauvages s'étaient donc montrés plus honnêtes que les blancs, qui venaient leur
enseigner à tromper et à manquer de justice dans leurs marchés.
Frobisher de retour à Montréal vendit sa cargaison et réalisa un profit net de $50,000 piastres. Une telle fortune, faite en si peu de temps, donnait la fièvre à tous les commerçants de pelleteries ; tous auraient voulu partir pour les pays d'En-Haut. Pendant plusieurs années, une foule d'autres traiteurs isolés s'aventurèrent dans rOuest avec des marchandises, mais surtout avec des liqueurs enivrantes, qu'ils débitèrent sans scrupule aux sauvages. Ces traiteurs, disséminés partout au milieu des tribus, y donnaient l'exemple de tous les vices et volaient odieusement les pauvres indiens. Pour eux, tous les moyens étaient bons. Faire fortune le plus tôt possible sans s'occuper des suites de leur conduite, tel était leur unique but.
A force d'être témoins de leur avarice et de leur cupidité, les sauvages prirent en haine tous ces traiteurs qui venaient les piller et ils résolurent secrètement de tous les mettre à mort à un moment donné. A l'automne de 1 780, les sauvages de la rivière Assiniboine, pour venger la mort de l'un des leurs tué par une trop forte dose de liqueur que lui avait versée un commis, attaquèrent deux forts et tuèrent trois canadiens. De nombreux postes furent attaqués dans le même temps et le complot formé pour exter-
LE.S COMPAGNIES DES TRAITEURS
miner tous les blancs était à la veîUe d'éclater, quand un événement inattendu vint jeter l'épouvante dans le pays et sauver tous les traiteurs d'une mort certaine.
Une bande d'Assiniboines, s'étant mis en campagne pour aller lever des chevelures chez les Mandanes, rapporta une maladie inconnue jusque là chez les tribus du Nord ; c'était la petite vérole. Cette affreuse maladie qui porte partout l'épouvante et la terreur, produisit chez les sauvages des scènes de désolation indescriptibles. Ceux-là seuls qui en ont été les témoins, peuvent en avoir une idée.
Les soins hygiéniques que prennent les peuples civilisés pour contrôler les ravages de cette épidémie, ne sont pas même soupçonnés chez les sauvages. Logés sous de misérables tentes où la température varie comme en plein air ; exposés nuit et jour aux courants froids des vents qui soufflent continuellement sur ces immenses prairies, on comprend avec quelle rapidité tous deviennent les victimes du rtéau chaque fois qu'il fait irruption dans une tribu. Presque pas un <ie ceux qui en sont atteints n'en réchappe.
En 1 -jSo, les traiteurs rapportent que les trois quarts de la nation assiniboine furent emportés. Les blancs échappèrent ainsi au massacre comploté contre eux ; mais d'un autre côté, la traite lut minée par la mort des chasseurs. Pendant
deux ans, les marchands de Montréal ne reçurent aucune pelleterie du Nord-Ouest. Prévoyant les dommages qui pouvaient résulter de ce fait et voulant rétablir un système de traite plus régulier, ils s'assemblèrent durant l'hiver de 1 783 à 1784 et jetèrent les bases de la Compagnie du Nord-Ouest.