vertit qu'il serait exécuté le lendemain. Malgré
u n tel avertissement, le gardien du fort, Archibald
cDonell, croyait si peu que la Compagnie en
endrait à cet excès qu'il ne prit aucune précau-
lon pour se garder et ne demanda aucun secours
aux colons.
Après les sinistres prédictions de Cameron, *iui annonçait l'arrivée de bandes de sauvages pour ruiner la colonie, c'était un acte de la dernière infamie que de dépouiller les colons des armes qu'on leur avait données pour se défendre contre la férocité des indiens. Mais nous allons
et,
voir que les sauvages étaient moins redoutables que les associés de la Compagnie.
Le lundi, 9 avril, pendant que les colons étaient au magasin du fort pour recevoir des vivres, George Campbell, suivi de plusieurs métis engagés au service de la Compagnie et parmi lesquels étaient Cutkbert Grant, William Shaw, et Peter Pangvtan, se présenta à la maison du gouverneur de la colonie et signifia régulièrement à M. Archibald McDonell de lui remettre les armes, canons et fusils qui se trouvaient dans le fort, et, pour montrer qu'on ne venait pas seulement pour parlementer, les portes du magasin furent immédiatement brisées et on enleva neuf pièces de campagne. Cameron, qui s'était tenu caché à quelque distance du fort avec une autre bande d'hommes armés, vint se joindre à Campbell pour emporter le butin au fort Gibraltar.
Une fois le fort Douglas désarmé, il ne restait plus à Cameron que de s'emparer du gouverneur Macdonell pour être complètement maître de la situation et exécuter son plan. Les fermiers écossais, sans chefs et sans protection, n'avaient plus alors qu'à quitter leurs terres, soit pour retourner en Ecosse par la baie d'Hudson, soit pour descendre en Canada par les canots de la Compagnie du Nord-Ouest qui leur offrait un passage gratis.
Quelques semaines avant la saisie des canons du fort Douglas par Cameron, un autre associé de la Compagnie, Norman McLeod, magistrat pour les territoires sauvages, avait lancé contre le gouverneur Macdonell un mandat d'arrêt sur l'accusation de s'être emparé des vivres qui appartenaient à la Compagnie.
Cameron et ses gens se chargèrent de faire ' exécuter ce mandat.
Le gouverneur refusa d'abord de s'y soumettre, ne reconnaissant à McLeod aucune juridiction sur sa personne, mais voyant que des aaenaces on en venait aux actes de violence fet afin d'éviter l'effusion du sang, il se livra prisonnier pour être conduit à Montréal. Au !bnd, on ne tenait pas à lui faire un procès, mais an voulait priver les colons de sa protection. iiZameron avait promis aux colons que les hostiîtés cesseraient contre eux du moment que e gouverneur serait prisonnier. Ce fut une ^pétition de la fable du loup conseillant aux nouions de se défaire du berger. A peine Miles k4acdonell étaït-il embarqué sur les canots que -ameron et ses gens levèrent le masque ; les tfiaires marchaient trop bien à leur gré pour 'arrêter en chemin.
Vers le milieu de mai, Alexandre McDonell, ^associé de Cameron, qui avait passe l'hiver
à Qu'Appelle pour enrégimenter des sauvages et des métis, était arrivé avec ses bandes annoncées depuis longtemps. La Compagnie eut bien désiré faire commettre par les indiens tous les actes odieux qu'elle méditait contre la colonie. Mais ceux-ci ne voulurent pas s'y prêter et se montrèrent, en vérité, plus civilisés que ceux qui les employaient. Après quelques semaines, ils retournèrent chez eux, peu satisfaits de leur voyage, mais, avant de partir, ils envoyèrent le ** calumet de paix " aux colons comme gage de leur amitié.
A peu près vers la même époque, au printemps de 1813, deux associés de la Compagnie avaient
offert à un chef sauvage, au lac du Sable, toutes les marchandises et le rhum qu'il y avait dans les magasins du Fort William, s'il voulait déclarer la guerre aux colons de la Rivière Rouge. Voici la déclaration donnée par ce chef sauvage devant le juge de paix J. Askin, à l'île Drummond, au département des indiens :
" Katawabetay (c'est le nom du chef) déclare qu'au printemps de 1815 comme il était au lac du Sable, McKenzie et Morrisson lui dirent à lui qu'ils lui donneraient à lui et à ses gens tous les effets ou marchandises ainsi que le rhum qu'ils avaient au fort William et au lac du Sable, si, lui,
Katawabetay et ses guerriers, voulaient déclarer la guerre aux colons de la Rivière Rouge ; sur quoi, il demanda à McKenzie et à Morrisson si !a demande de faire la guerre aux colons était faite par les ordres des grands chefs à Québec et à Montréal, ou par les officiers commandant à l'île Drummond ou enfin par le juge de paix J. Askin. La réponse de McKenzie et Morrisson fut que la demande venait des agents de la Compagnie du Nord-Ouest qui désiraient que l'établissement fut détruit parce qu'il leur nuisait ; sur quoi Katawabetay dit que ni lui ni ses gens n'acquiesceraient à leur demande avant d'avoir vu et consulté le juge de paix J. Askin ; qu'après cela, lui, chef des indiens, se gouvernerait suivant l'avis qu'il aurait reçu."
John Askin J. P.
Telle était la malice infernale de ces associés de la Compagnie du Nord-Ouest qui ne reculaient pas devant le crime épouvantable de faire massacrer toute la colonie de Lord Selkirk afin de rester les seuls maîtres dans le pays. Mais nous ne sommes pas au bout de leurs infamies.
Le moment du départ des canots pour le fort William approchait, et plus des deux tiers des colons n'avaient pas encore consenti à abandonner
leurs terres pour accepter les promesses de Cameron. Les indiens amenés par McDonell n ayant rien voulu entreprendre contre la colonie, force fut donc aux associés de la Compagnie d'agir eux-mêmes, avec les serviteurs et les métis qui demeuraient autour du fort Gibraltar.
Après plusieurs manifestations menaçantes, Cameron voyant que rien n'avançait et que les colons continuaient à travailler sur leur fermes, se détermina à recourir à la violence pour les chasser du pays.
Le II juin au matin, (c'était un dimanche), Séraphin Lamarre, commis, Cuthbert Grant, William Shaw, Peter Pangman, dont les noms ont déjà figuré, sortirent du fort Gibraltar avec une quantité de fusils pour armer les métis et les serviteurs de la Compagnie qui demeuraient dans les environs. Au nombre d'une vingtaine, ils se rendirent dans un taillis non loin de la résidence du gouverneur et commencèrent leurs opérations en tirant sur le chirurgien, M. White, qui passait près de là. Ceux qui étaient à l'intérieur de la maison ayant voulu riposter, le feu des assaillants devint plus vif et plus nourri ; quatre des assiégés furent grièvement blessés ; l'un d'eux mourut le lendemain.
Cameron était resté dans son fort pour surveiller de loin l'attaque. Après quelques heures, il vint
au-devant de ses gens pour les féliciter sur la manière dont ils s'étaient acquittés de leur mission.
Les colons s'étaient donc gravement trompés en s'imaginant que les hostilités cesseraient du moment que le gouverneur se serait livré prisonnier.
Quelques jours après cette lâche attaque, les hostilités commencèrent de nouveau. On tira sur les habitants delà colonie ; plusieurs fermiers qui travaillaient sur leurs fermes, furent faits prisonniers. Les chevaux furent amenés au fort Gibraltar et le bétail chassé au loin. Un magnifique taureau appartenant à l'établissement fut tué et coupé en morceaux en présence des habitants du fort de la colonie ; et, pour montrer qu'il était déterminé à compléter son plan de destruction, Cameron établit vis-à-vis de l'établissement écossais un camp composé d'une soixantaine d'engagés, commis et métis, pour repousser tout secours qu'on tenterait de porter à la colonie.
Dès lors, il était visible que les colons n'avaient qu'à tout abandonner pour retourner dans leur pays ou bien à se laisser conduire en Canada.
Le vingt-deux juin, ils firent avertir Cameron qu'ils seraient tous prêts à partir dans deux jours. Le 24 juin, une soixantaine de colons, sous la conduite de deux sauvages,
le lac Winnipeg, en route pour la baie d'Hudson. Le 25 juin, Séraphin Lamare, commis de la Compagnie du Nord-Ouest, accompagné de cinq ou six serviteurs, se rendit à l'établissement écossais pour y brûler les maisons et autres bâtiments construits par les colons. Le soir, tout était réduit en cendres ; la colonie de Lord Selkirk était détruite et Tceuvre de Cameron consommée.