SCÈNE II
JEANINE, MARIANNE.
MARIANNE
Je pensais bien te trouver ici, dans ce lieu d’asile... Landry est chez moi, en une rage de jalousie affreuse. Et je sais tout.
JEANINE.
Que sais-tu donc, ma sœur?
MARIANNE
Richard a violé son serment, il est revenu, et vous attendez que l’ouragan cesse, pour que ce navire vous emporte.
JEANINE.
C’est ta jalousie à toi qui parle, ma sœur.
MARIANNE, dans un cri de souffrance.
Ma jalousie, ah ! oui ! Mon cœur s’est rouvert et saigne atrocement.
JEANINE.
Guéris-le, ma sœur, je n’y puis rien... Menacée, battue, j’ai dû fuir et demander asile à l’arbre sacré, respecté de tous.
MARIANNE
Est-ce donc ce que je dois répondre à Landry qui m’attend? Faut-il qu’il vienne?
JEANINE.
Qu'il ose m’arracher de ce refuge, vénéré de nos pères ! Tout Goël se lèverait contre lui.
Goël ! Goël ! il est au bord de ta baie de Grâce, dans ce paradis ouvert aux naufragés, un arbre colossal et divin, l’arbre qui chante, sous lequel les créatures meurtries deviennent invincibles, libres de leur tendresse, de leurs larmes et de leur joie.
MARIANNE
L’arbre complice, l’arbre d’amour, où s’abritent les amants coupables et qu’une sotte coutume tolère. Ah ! que ne suis-je enfin maîtresse de Goël, pour l’abattre !... 11 chante, dis-tu ?
JEANINE.
Il ne chante qu’aux oreilles, aux cœurs des amants. MARIANNE.
Reste donc dans son maléfice, sœur folle et sans pitié! Et fais notre malheur à tous, si tu n’as pas la sagesse de
te réfugier chez moi ! (Elle s’éloigne violemment.)