LES FEMMES
O Dieu de bonté et de miséricorde, rends-moi mon enfant, rends-moi mon époux, rends-moi mon père, rends-moi mon frère! Que ta colère s’apaise, et nous te bénirons, ô Dieu de bonté et de miséricorde!
'.GERVAIS, s’agenouillant, répétant.
O Dieu de bonté et de miséricorde, rends-moi mon petit Pierre, rends-moi mon petit Jacques ! Ne me les prends pas comme tu m’as déjà pris mon grand fils, leur père. Et je te bénirai, ô Dieu de bonté et de miséricorde!
MARIANNE, ù elle-même.
Oui, c’est terrible d’avoir ceux qu’on aime en péril de mort. Mais il est d’autres ouragans, et j’en ai, moi, le cœur déchiré... Ferme, ferme la porte, Gervais! Lèvent va souiller la lampe.
GERVAIS, fermant la porte.
Je n’ai pas souvenance d’une nuit pareille. Et j’ai vu tant de barques brisées, tant de corps meurtris, jetés sur le sable!... Ah ! cette vie du pêcheur, l’àpreté du flot qui tanne le visage, le danger des brisants qui raffermit le cœur, le sauvage amour de la mer qui ne lâche plus les hommes qu’elle a conquis! Ah! la gueuse, l’assassine, que nous maudissons en l’adorant, en nous redonnant à elle corps et âme, après ses meurtres exécrables, dès que le soleil se met à reluire!
MARIANNE, à elle-même.
Jamais cette nuit ne finira... Quatre heures. Le jour va pourtant bientôt naître.
GERVAIS
Maîtresse, vous ne vous êtes point couchée ?