REPRISE DU CHOEUR
La joyeuse journée ! etr., etc.
En reprenant le chœur , les moissonneurs s'éloignent, Mathieu les reconduit jusqu'au fond.
ÉLOI, s’approchant de Jenny ; il a dépose sa grande terrine.
Dieu de Dieu ! la bonne soupe aux choux! Ah ! Jenny, que vous faites donc bien la soupe aux choux ! jamais on n'a fait la soupe aux choux comme ça'-*- jamais ! au grand jamais !
jrnny, riant.
Voyez donc le beau mérite!.,, faire de la soupe aux choux !
éloi.
On croit ça... on croit ça... mais il y a encore un petit genre, il y a un chic à avoir... après ça, vous faites si bien tout ce que voua faites! JENNY.
Vous me voyez peut-être avec des yeux trop complaisans.
ÉLOI
Oh! j'ai pas des yeux grossissans... je vois ce qui est... et je puis vous jurer, foi d’Éloi Mathieu....
Mathieu, arrivant entre eux.
Allons, enfans, assez d’amourettes comme ça pour aujourd’hui; faut que la grande meule soi| finie... faut que les foins soient rentrés... une fois ça terminé, vous aurez le droit de vous admirer le blanc des yeux, tant que vous voudrez... c’est qu'il y en a pour de l’argent, là-bas !
U se frolte les ra.iins.
ÉLOI
Je crois ben... une récolte aussi copieuse, et qui va nous mettre joliment dans nos affaires I Mathieu , avec joie.
Comme tu dis, enfant, cette année sera pour nous une année de bonheur .. c’est aujourd’hui le dernier jour des travaux, et demain...
éloi , avec enthousiasme.
Demain!... dites donc, Jenny, demain!
JENNY, avec modestie.
Demain...
MATHIEU
Vous serez mariés... je vous l’ons promis, et ça sera.
ÉLOI
Mariés... Oh l voilà le plus joli mot que l’homme ait inventé.
MATHIEU
Après le travail, le repos, la joie... c’est ma devise à moi.
jennt, à Mathieu, d’un air câlin, lui prenant le
bras.
Que vous êtes bon!
ÉLOI
Papa, bon? je crois ben! ( Lui tapant sur Us joues.) O bonne p&te de brave homme de père, va ! tout cela, tenez, c’est de la bonté, c’est de la crème... Embrassez voir’ garçon, et tout de suite.
MATHIBU , l’embrassant au front.
Ah çà! vous me faites rire, avec ma bonté!... si je vous rends heureux, crojei-vous donc que j’en ai pas ma part? Dieu, mes enfans, nous tient compte de tout, sur celte terre... tenons -lui compte aussi de ce qu’il nous donne.
Am ; Connaisses mieux le grand Eugène.
Vieux voyageur, du chemin de la vie.
J'ai parcouru le* sentiers épineux ;
Heureux enfin, ma plus prenante envie,
Autour de moi c'est de voir des heureux ;
Quand je le puis, oui, je fais des heureux.
Pour prolonger ma chétive existence.
Un jour de pliu, que le ciel me promet.
C'est un bienfait, et par reconnaissance,
Moi, j'y réponds par un autre bienfait, (bis.)
JENNY
Me marier avec votre fila, moi, pauvre orpheline abandonnée... je voua doit déjà tantl
MATHIEU
Veuz-tu bien te taire 1
ÉLOI
Voulez-vous bien vous taire!
JEKKY.
Oh ! non, père, laisiez-moi parler de tout ce que vous avez fait pour moi... la reconnaissance est un devoir, dites-vous, ne la blâmez donc pas chez les autres. Tenez, il y a juste (rois ans aujourd’hui... vous le rappelez-vous!... je vins frapper à votre porte...
MATHIEU
Oui, je m’en souviens.
ÉLOI
Et moi doncl... papa était là, vidant un pot de piquette. .. moi, je dévorais un murceau de petit talé.
jEissr.
Le jour baissait... le calme et le silence régnaient déjà dans la ferme...
MATnttU.
Je songeais à ma pauvre défunte... j’avais le cœur gros... je lève la tète, et je vois devant moi une jeune fille pâle et les yeuz pleins de larmes; elle avait des babils de deuil, la pauvre enfant., un bâton dans sa main... elle pouvait à peine se soutenir, tant elle était épuisée de fatigue.
JIISIST.
Obi c’est que j’avais long-temps marché... je
L’OURAGAN
n'en pouvais plus t Pitié pour une malheureuse fille! allais-je m’écrier... mais vous ne m'en avez pas laissé le temps, car à peine avais-je commencé ma phrase, que déjà vous aviez deviné ma misère et mes douleurs... que déjà je me trouvais assise auprès de vous et entourée des soins les plus empressés.