CHAPITRE IV L'ETABLISSEMENT DU TÉMISCAMINGUE
L'aspect de Mattawa n'a rieu de pittoresque ni d'attrayant, Le seul mérite de cette villette est d'être située au confluent du la rivière qui porte son nom avec celle des Outaouais, Elle doit à cette situation d'être nm centre commode et tout indiqué d'avance. La physionomie, le caractère et le relief lui font complètement défaut, C'est un endroit sauvage, banal, morose. Peut-être qu'avec le temps, des constructions et des embellissements, il finira par s'améliorer, mais en attendant, il n'est pus autre chose qu'un point d'arrêt et d'appruvisionnement sur la grande route de l'Outaouais supérieur
L'œil ne voit tout autour que des forêts rachitiques, trouées de noires éclaireies par des feux pério-
diques, que des hauteurs dénudées, à peine recou
vertes çà et là de quelques lambeaux de verdure, de quelques plis d'arbres rabougris, descondant tristement sur leurs flancs jusqu'à la bordure de rochers granitiques qui n'abandoune pas wa instant la rivière. Le village, où si l'on veut, la ville elle-même est assise sur un lit d'énormes cailloux, qu'il a fallu sonlever et reculer à grand’peine pour donner passage aux chemins et aux rues. Ces cailloux, isolés, en nombre infini, ont été laissés là, sur place, par le retrait des glaciers qui couvraient, lors de l'époque glaciaire, le lit de la rivière, beaucoup plus large alors qu'aujourd'hui, 11 faudrait faire un travail prodigieux et dépenser des sommes énormes pour en débarrasser cet endroit, dont les perspectives d'avenir ne per: mettent pas de récompensér un si colossal labeur, suriout si l'on met à exécution le chemin de fer projeté entre North-Bay, sur le lue Nipissingue, et le Témiscamingue. Ce chemin de fersen effet, enlèveait à la ville de Mattawa tout le commerce de bois de la région du Témiscamingue et du lac Keeppewe dont elle dépend anjourd'hui pour sa subsistance.
Eu face de Mattuwa, de l'autre côté de la rivière,
se dresse une montigue chenue, anx Lrois quarts pelée, semblable au dos d’un chien galeux, qui laisse
pousser entre les intervalles de ses rochers cagneux de rares sapins et bouleaux qui out plutôt l'air d'être retenus là que d'y croître; sur l'un de ses côtés,
quelque peu adouci, se découvre un essai grimaçant de feuillage qui n'emive pas à donner l'illusion.
A défaut d'arbres et de verdure, on avait cru, lan dernier, que cette montagne sontenait au moins de or ou de l'argent, et l'on avait essayé de former, pour exploiter cette mine imaginaire, une compagnie comme il s'en forme tant de nos jours, sur le moindre indice, et pour la captation des badauds. Mais cette tentative avorta aussitôt conçue, et l'on n'en a plns entendu parler, ce qui ne l'empêchera pas probable ment de se renouveler avant peu.
En quittant}Mattawa pour remonter l'Outaouais, onfprend un des’petits bateaux À vapeur deïla Com-
pagnie du Témiscamingué, longs de quarante-cinq .
pieds environ, qui font le service entre les différents rapides. C'est tout un système que ce service des petits {bateaux de l'Outaouais supérieur. Grâce à lui et au chemin de fer du Pacifique, Montréal n'est plus qu'à vingt heures du lac Témiscamingue, quand
il en était auparavant à quinze jours. Il ya dix hnit mois à peine qu'il est établi et déjà il à opéré toute une révolution dans le mouvement et dans la cireulation de cette contrée.
De Mattawa an Long-Sault, rapide de six milles environ et décharge dn lac Témiseamingue, il y à une navigation de trente-deux milles, interrompue par trois rapides, espacés à des distances presque égales de cinq milles; ils s'appellent le premier La Cave, le deuxième Les Erables, le troisième La Montagne. Naguère, avant l'introduction des minuscules bateaux à vapeur, il fallait faire portage à chneun de es rapides et remonter à force de rames les espaces intermédiaires, Aussi longtemps qu'on était sur l'eau, cela allait assez bien, quoiqu'on fût obligé de voguer contre le courant; mais, nous l'avons vu dans un chapitre précédent, l'Outaouais, heureusement, à une pente très faible; sa dénivellation ne s'accentue guère que dans les cascades et les chntes : là, lopération devenait ardne, pénible, parfois même impraticable en certaines comjonctures. C'était quand il fallait « portager” le long des rapides, après avoir débarrassé le canot ou la barge du bagage et des provisions, distribué le tout sur les épaules de chacun des voyageurs, fixé la charge ainsi fractionnée au moyen d'une bande de enir passée en anneau autour du front et dont l'extrémité, retombant sur le dos,
un objet de poids proportionné à Ia force de
Quelles fatigues pour remonter à pied les
bords du rapide ! On soufait, on suait, on plioit sous
le faix par des sentiers tortueux, rocailleux, hérissés
d'obstacles, quelqnefois entièrement bouchés par la
2 récente d'un urone d'arbre, ou d'autres fois, em-
bar lement par les détritus de forêts qu'y
avait précipités l'orage de la veille, qu'on n'avait
utre alternative que de se frayer un chemin, soit
dans la vase détrempée de la rive, soît eu escaladant
les rochers les uns après les autres, en s’aidant de son mieux des obstacles mêmes de ln route.
On appelait cette aimuble opération “ remonter les rapides à Ja cordelle” L'un portait au bout de sa lanière de euir une boîte de thé surmontée de divers menus objets, l'autre un sac de farine, celui-ci un baril de lard, celui-là un poêle ou d'autres articles de ménage ; les femmes, car il ÿ en avait aussi quelquefois, portaient ce qu'elles pouvaient; ét enfin, deux où tnis homes, tenant le bout d'un cable solid
ment attaché à l'embarcation, la halaïent dans le rapide le long des bords, dans l'ean jusqu'aux genoux, sur des lits de cailloux, sur les escarpements où les pentes glissantes des rochers, à travers les taillis et
les broussailles emmêlées, et, tout le temps, occupés, par-dessus toute chose, à emplcher le choc des billots
ca de d les sous rissés er la , eme qu'y avait , soit adant nt de
er les de sa livers ci un les de iquedeux olidele ra noux, pu les lis et
que le rapide emportait avec lui dans sa course irré sistible.
C'est de cette façon et par cette seule voie qu'ont été transportées, pendant de longues années, les provisions destinées aux forestiers du haut Outaouais c'est ainsi que des familles entières de hardis et courageux colons se sont transportées, depuis l'établissement du Témiscamingue, dans cette région lointaine et déserte. Et qu'avaient-elles en perspective, une fois parvenues À destination ? Des privations de toute nature, un abime entre elles et les lieux aimés qu'elles ne reverraient peut-être jamais, l'éloignement et la solitude dont la lourde étreinte serrait les cœurs, enfin, la misère elle-même, sous vingt formes différentes et toujours menagantes, sans aucun moyen &'y remédier où même de la combattre,
Sur la route, pas une maison pour les aceneillir, pas un abri pour se reposer ou échapper aux orages. Une fois engagé dans ce chemin implacable, il fallait mercher toujours jusqu'à ce qu'on fût arrivé au terme, et quel terme ! Un emplacement nu, souvent ravagé par le feu, et toutes les images de la désolation s’offrant en foule pour abattre, dès la première heure, les plus viriles natures. Que de fois la Mission des Oblats n'e-t-elle pas recueilli, hébergé et mourri des familles entières, sans ressource au-
eunet Que de fois des colons, venus seuls, n'ont pas eu le courage de retourner chercher leurs femmes et leurs enfants, et sont ;restés une annét
années, dans un isolement complet, préparant péni-
blemeut une demeure primitive et arrosant de sueurs un sol fertile, sans doute, mais qui exigenit tant de travaux préliminaires avant de donner la plus maigre
subsistance
Mais dans notre siècle de prodigieuses entreprises, de marches précipitées, jamais interrompues ni ralenties, vers un avenir qui grandit sans cesse, et dans des proportions centuplées, À mesure qu'il se découvre ; dans ce siècle où la terre, tant les dis tances se sont effacées, semble déjà trop petite pour V'homme qui songe à gravir l'espace lui même, afin d'étendre en quelque sorte la sphère de son domaine ou pour conquérir des mondes inconnus ; dans c siècle où la vapour, siflant par des millions de Louches, emplit l'atmosphère d’une sorte de fièvre qui met en feu tous les cerveaux et donne des ailes de flamme à toutes les volontés, où l'on ue compte déju plus les efforts À fuire, mais seulement les résultats à obtenir, les victoires à remporter sur l'es-
pace et sur la nature, où les projets de la veille sont le fait accompli du lendemain, où l'on ne mesuré plus ses pas par la distance à parcourir, mais par la distance parcourue, il était évident qu'une colonisa-
tion aussi primitive, aussi pénible et aussi lente que celle dont nous venons de voir les premiers essaïf, serait ou irrévocablement abandonnée, on totalement transformée et poussée vigoureusement, si elle était réellement préfitable et valait la peine d'être entreprise sur une vaste échelle, avec de puissants moyens.
Notre pays est jeune ; il manque de population et de capitaux. Nous ne sommes que cinq millions d'âmes, disséminées sur un territoire presque aussi grand que l'Europe, mais nos richesses naturelles sont incalculables, illimitées. Illimitée aussi notre confiance dans nos forces et dans nos destinées Un sang nouveau semble avoir pénétré dans nos veines depuis quinze à vingt ans, au spectacle des énormes enjambées du progrès scientifique ; un ferment d'audace et d'ambition nous agite, nous enflamme ét nous pousse incessamment vers de nouvelles entreprises que nous n'aurions pas conçues autrefois, même dans nos rêves. Ce n’est pas en vain que nous respirons l'air puissant de la libre Amérique : avec nos voisins di Etats-Unis, nous sommes emportés dans le même torrent qui précipite hommes et choses vers des ri
vages toujours nouveaux, toujours plus reculés. L'ac
tion, l'exécution rapide, telle est la condition actuelle de notre mature. Le développement du pays dans toutes ses partios, son aceès rendu facile de tous
122 L'OUTAOUAIS SUPÉRIRUR
côtés, voilà ce que nous voulons aujourd’hui et ce que les gouvernements sont tenus de vouloir avec mous, sous peine d’une déchéance prompte et irrévocable.
Le chemin de fer du Pacifique venait d'atteindre le village de Mattava, déjà transformé, de simple poste qu'il était naguère, en un grand entrepôt, en un centre d'activité commerciale et de va-et-vient continuel. On commençait À parler dans la capitale fédérale d'une graude région inconnue, déserte mais fertile, qu'arrosaient le lac Témiscuningue et ses af. fluents : la rivière Montréal, la Kippewa, la Loutre, la Blanche. Jusque-là, aucune colonisation sérieuse, méthodique, suivie, n'y avait été tentée, et la forêt n'avait encore reteuti que du bruit des grands pins tombant sous le hache des bûcherons enrégimentés au service des marchands de bois. Alors se présenta un jeune prêtre, un modeste Oblat, dévoré d’une ambiion patriotique que ne pouvait contenir la sphère où Y'emprisonnaient ses humbles fonctions de inissionmaire, et dont l'intelligence, écartant les voiles de V'avenir, lui avait révélé ce que pouvait devenir,
avec les progrès récents et les communications ñouvelles, la vaste eontrée où il avait jusque-là exercé obscurément son ministère,
Le Père Paradis, tel était cet homme dont le nom devait bientôt se trouver en butte à d'implacubles ressentiments, conçut le projet de visiter en entier la vallée du Témiscamingue ; après une étude minutiense de cette contrée, il revint avee la conviction que non seulement elle pouvait contenir une quarantaine de paroisses, d’un établissement facile, mais encore qu'il était possible, en abaissant simplement le niveau du lne, de faire disparaître les rapides qui interceptent lu navigation de l'Outaouais, 1 suffirait pour cela d'enlever les battures qui forment la tête du Long-Sault, d'y creuser suffisamment pour abaisser de vingt-deux pieds les eaux du Témiscamin
et, en même temps, d'élever les eaux de l'Outaouais de trente-deux pieds en construisant une digue à Mattawa, la pente de la rivière jar les différents rapides, entre le Inc et Mattnwa, étant évaluée À cinquante-quatre pieds. De la sorte, le Long-Sault et les autres rapides se trouveraient noyés, et l'on
aurait une navigation non interrompue de cent quinze milles depuis l'embouchure de la Mattawan jusqu'à celle de la rivière Blanche, et de vingt milles de plus sur cette dernière, avec cinq autres milles sur la rivière des Quinze, ce qui donnerait
cent quarante milles praticables du côté d'Ontario, et cont vingt du côté québecquoi:
L'exéeution de ce plan devait à la fois procurer une navigation non interrompue, comme nous ve nons de le voir, et assécher, à la tête du lac Témis camingue, des milliers d'acres d> terre d'une fécondité incomparable, de larges et grasses prairies de foin sauvage, actuellement baïgnées par les eaux. Mais le gouvernement fédéral, après avoir fait faire un examen des lieux et une étude du projet par un ingénieur, erut devoir y renoncer à cause des frais énormes auxquels on en évaluait l'exécution, Il n'est pas du tout improbable, néanmoins, qu'on reprenne un jour ce projet, concurremment avec la canalisa. tion du reste de l'Outaouais,
Les récits chaleureux ét l'active propagande du Père Paradis avaient commencé à exciter les imaginations au sujet de la région du Témiscamingue. Sur ces entrefaites, le 22 mars 1884, l'ardent mis sionnaire présentait à Mgr Duhamel, évêque d'Ottawa, un rapport suceinet de ses explorations, dans lequel il disait entre autres choses :
Le sol du Témiscamingue est d'une richeme sans égale dans toute 1 vallée de l'Outaouais, Terre grise, noir et jeune ; pas une seule pierre sur des étendus de vingt à trente milles cas, D'autres étendues aus considérables ne sont que des prairies Hacils à égontto, ou bien encore de vastes 4 bris, où Les acbres sont déracinés et jetés à La reuveme, Chose remarquable, eu très
peu d'endroite I ter part avoir souffert des ardeurs de l'incen- Aie, 'humus y est parfaitement intact et d'une profondeur dépassant partout six à huit pouces ; cette riche couche de terre noire repose toujours sur aue terre grise très friable et. douée elle-même dune grande fertilité, Dis la première aunée, on enlève facilement outes es souches, qui sont, du reste, peu nombreuses, €t sur les fermes ouvertes ie privteugs, la moisenneuse se pronbne à l'autome à travers de beaux champs d'epis.
Le climat eat favorable à La culture de toute espèce de céréales et ne présente pas de «fférenos avee celui d'Ottawa, si ce n'estque des chaleu a de l'été y sont délicieusement tempérées par le vois nnge des grandes eaux.
Le réseau de chantiers qui entoure le Ine et qui, chaque année, va s'élargiseant vers le bat des nombreux tributaires, assure pro grestrement à l'habitant du lémiscaingne me marché plus avan ageux que ce des grandes villes. Ainsi, dès la première année, Je pauvre colon se voit récompensé de ses Jaeurs, ct, après deux aus d'économie, l'aisence cat aise à son foyer.
Le gouvemement a fait bâtir à Témiscumingue un excellent moulin à farine. Deux bateaux à vepeur de bonne dimension font Îe service du Jacsur un parcours de quatre-vingts miles, sans comp ta trente milles sur la rivière Blanche, à travers les terrains les lus fertiles qu'il y ait dans tont le Caada.
Le canton Duhamel est déjà relativement avancé en colon
tion. Depuis un an surtout que le gouvernement de Québec l'a Hit arpenter, es eolons #'y portent avee entrain. Le fait est que Ja terre est de première qualité, arrosée gh et 1à par de jolis petits raisseuux, ét expose eu ponte douce an coleil du midi. Les grains
y môrssent à merveille. De presque tons les points on ÿ jouit de da vue dn ue, qui apparait comme une véritable mer. Le canton st traversé par ue route voiturable, qui part du Témiseamingue tva rejoindre le grand Ine des Quinze, vers le nord, à vingt-eept alles plus loin. C'est la route des chantiers, un débouché commeroial par conséquent.
Eu, le gouvemement d'Ontaro a voté la somme de 815,000 pour le construction, dès cet été, d'un chemin de la Mattawan à Ia tête du Lomg-Sauk. Tout fait done présager tn bel avenir pour l région du ae Témiseamingue.
Pour donner suite au rapport qu'il avait présenté à l'évêque d'Ottawa, sous forme de notes générales et concises, le Père Paradis demanda que le Père Gendreau, procureur du collége d'Ottawa, fût chargé de faire à son tour une exploration du pays qu'il venait de parcourir. Il faisait ainei choix du Père Gendreau, parce que celui-ci était un homme exceptionnellement compétent en ces sortes de matières, ayant déjà établi, lorsqu'il était simple prêtre séculier, une dizaine de paroisses dans les cantons qui forment le diocèse de Sherbrooke, et ayant acquis, dans ce ininistère, une expérience consommée.
Le Père Gendreau fit l'exploration qui lui avait été demandée ; il confirma entièrement les dires du Père Paradis, mais insista, d'un autre côté, sur les dif. ficultés que l'absence de communications apporterait à l'établissement du Témiscamingue,
Il y eut réunion chez l'évêque d'Ottawa, et l'on
commença à discuter les bases générales de cet éta blissement.
Dans l'automne de cette même année 1884, deux Français de distinction s'étant rendus à Ottawa
pour traiter de la colonisation de grandes étendues de terre, le Père Paradis profita de leur présence pour organiser une excursion au Témiscamingue. Tous ceux qui firent partie de cette excursion, entre autres M. Laperrière, qui devait jouer un rôle considérable dans les événements ultérieurs, en revinrent enchantés et firent aussitôt les démarches nécess dans le sens d’une action pratique et décisive.
On se réunit de nouveau à l'évêché d'Ottawa vers le milieu de novembre, et, séance tenante, un comité fut chargé d'élaborer la constitution d'une société de colonisation du Témiscamingue. Peu de temps après, les règlements de la société étaient adoptés et quatre-vingt-cinq personnes, en dehors des organisateurs de l'entreprise, se faisaient inscrire au nombre de ses membres.
Le 12 décembre 1884, la société était définitivenent constituée, le nombre de ses membres fixé à cinquante-quatre, et son bureau de direction composé de la manière suivante :
Président, le Rév. Père P. E, Gendreau, O. M. L.
Vice-président, M. PH. Chabot.
Directeurs, MM. Aug. Laperrière, F.-R.-E. Campeu, Alph. Benoit, Ch. Desjardins, et le Rév. Père U. Poitras, O. M. I.
Secrétaie-wésorier, M. J.-L, Olivier.
Une fois la société organisée, on se mit à l'œuvre sans retard. Le grand'obstacle était toujours dans la difficulté des communications. L'exéeution du projet du Père Paradis ayant été abandonnée, comme on l'a vu plus haut, la société demanda au gouvernement fédéral une subvention pour la construction d'un chemin de fer de six milles, destiné à contourner le rapide le plus long et le plus difficile, celui du Long- Sault. M. Laperrière avait eu, le premier, l'idée de faire construire un tramway le long de ce rapide, comme de tous les autres qui interceptent la naviga tion entre le Témiscamingue et l'embouchure de la Mattawan, afin de cransporter sur rail, sans les décharger, les barges dont on se servait alors pour communiquer entre les différents rapides.“ Deux petits vapeurs, disait-il, l'un sur le lac, l'autre entre le Long-Sault et le rapide de la Montagne, pourraient, toner ces bateaux; de cette façon, les transports se feraient facilement, à peu de frais et en moitié moins de temps qu'il n'en faut aujourd'hui. Une compagnie qui tenterait cette entreprise, pourrait l'exécuter avec un capital très restreint et ferait une très bonne affaire. Les colons pourraient faire venir
Jeurs provisions et transporter leurs récoltes pendant Je saison de la navigation, au lieu d'attendre les chemins d'hiver. Les nombreux chantiers qui se font dans cette région alimenteraient aussi pour une bonne part l'entreprise.”
Mais le ministre des chemins de fer, M. Pope à qui M. Laperrière s'était adressé, lui répondit que le gouvernement construisait des chemins de fer et non des tramways. Alors intervint le Père Gendreau, ami personnel du ministre, pour décider celui-ci à favoriser la construction immédiate d’un véritable chemin de fer le long du Long-Sault, et de tramways Je long des autres rapides, beaucoup plus courts que ce dernier, Il obtint sans difficulté du parlement
fédéral une subveution de 83,200 par mille, et du gouvernement provincial une somme de $2,500.
M. Paul Dumais, ingénieur civil, fut chargé de aire le,tracé du chemin, et ses plans ayant été acceptés, la société entreprit avec vigueur les travaux, qui furent terminés au printemps de 1887; en même temps, elle faisait construire un bateau à vapeur destiné à desservir plus tard tous les postes du lac Témiscamingue, et elle en installait un autre sur 1e lac de Sept-Lieues, entre le rapide de la Montague et celui du Long-Sault. Ce dernier bateau, qui avait cinquante pieds de longueur, inaugure ses
voyages quotidiens, aller et retour, dès le mois de septembre 1885, et l'année suivante, à la clôture de la navigation, il fit place à la ligne régulière des batelets à vapeur qui, alternant avec les tramways, font aujourd’hui le service entier entre Mattawa et le pied du Long-Sault.
Le Père Gendrean était devenu l'âme de l'entreprise. 11 venait d'obtenir six mille dollars de plus du gouvernement pour la construction des tramways, et comme la société de colonisation n'avait pas les moyens par elle-même de mettre à fin l'exécution de ces divers travaux, elle avait autorisé le Père Gendrean À former une compagnie distincte qui se chargerait d'achever le chemin de fer, d'acheter les
bateaux à vapeur nécessaires à un service régulier, et qui serait subatitnée aux droits et pouvoirs de la société pour tout objet autre que la colonisation et pour que la direction des tmvaux, rassemblé en quel ques mains seulement, pût se faire avec plus de promptitude, de vigueur et d'efficacité
En vertu d'un acte passé au parlement fédéral en 1886, cette compagnie se constitua sous le nom de “Compagnie da chemin de fer du Témiseamingue,” et, dès Tannée suivante,
nouvelle subvention de 812,000 pour compléter les tramways et pousser Le chemin de fer du Long-Sault jusqu'au lac Kippows, qni est le principal théâtre des
exploitations forestières sur l'Outaouais supérieur. Mais, d'autre part, elle était tenue au remboursement envers la société de colonisation de toutes les sommes dépensées par celle-ci, ét au paiement d’une indemnité de 83,000.
Là se tenninait la série des opérations financières qui allaient assurer l'établissement du Témiscamingue, et que le Père Gendreau avait conduites depuis l'origine avec une extrême habileté, une activité jamais
entie et uäe intelligence vraiment admirable des conditions si difficiles et si incertaines, dans lesquelles se trouve nécessairement toute négion inexploitée.
IL est resté à Ja tête de la société, qu'il continue à diriger dans l'uccomplissement de la mission qu'elle s'est donnée à elle-même, et dont le succès n'a de comparable dans l'histoire de lg colonisation de la province, que celui des établissements fondés par le curé Labelle dans la vallée de la rivière Rouge.
La société, à ses débuts, trouva dans la région du Témiscamingue deux cantons partiellement arpentés ; C'étaient œux de Guigues et de Duhamel. Elle en obtint la concession entière du gouvernement, à la condition de compléter les arpentages. Elle en chargea aussitôt M. Paul Dumais, qui, dans le compte rendu de ses opérations, ft un brillant tableau du pays parcouru par lui:
Lay en a pas, disait, ‘où le cclon ait plus de facilité à anéttre a terre en culture. Un. peu de bois à ramasser, quelques souches à armeher, à faire brêler, ét vous avez tout de suite un 501 ed rcevoi La charrue, Jamals je n'ai va une terre aueï che que oëlle da canton Gaigues, même dans les prairies si renommé du Nord-Ouest. La vallée de 1x rivibre La Lontr est incomparcble pour Is cultars des grains et principalement du foin.
La région des bonnes terres s'étend bien au delà des cantons Duhauel et Qu ques, jusqu'au lc des Quinze, du et est de l'Ouaouais, ot sur un immense espace qu'arroe, de l'autre bé, la rivibre Blanche. Je œlcule qu'il y a au delà de 309,000 acres de terre arable dans ls environs de Ia partie supérisure du lac Témisamine, du côté de In province de Québee, et je ne crains pas d'ajouter quil y en a antant, sinon plus, dansk parte correspon dant de Ia province d'Ontaro, ce qui peut permetre l'étublie. anent de Huit à dix mille ae sans difRonlté.
De son oôté, le Père Gendreau, présentant son premier rapport à la société, le 17 juillet 1885, s’exprimait ainsi :
Nous avons exploré le canton Duhamel. Ce canton forme une superficie d'environ 60,000 acres, dont 12,000 sont. impropres à la fulture, À cause des montagnes, des lacs et des rivières, ce qui Aaisse 39,000 ares de terre de première qualité, sans roche et sans ue côte où un éheval ne puise monter 1500 À 2000 livres perant,
11 n'ya pas de chaînes de montagnes dans ce canton, mais seulement des monticules de. forme presque ovale, séparés les uns es autres par de riches vallées, dans lesquelles les roches ne se montrent que très exceptionnellement, ce qui rendra facile l'ouver- Aure de chemins dus toutes les directions.
Voici maintenant un tableau comprratif de la condition du eanton Duhamel pendant les anndes 1875, 1882 et 1866 +
(Actes em culture. + 850
{Acres en prairie \ 247 Minas de semence. no
sacs construites. + 67 Lots avec defrichements To Familles rsidentes.… Ü Ces chiffres, dont je puis garantir l'exactitude, parlent d'eux-
mêmes et n'ont pas besoin de commenta res. Cependant, malgré
Le beau auechi, je vous avoueral que j'ai été loin d'encourager les
clous à se rendre immédiatement ax Témiseamingue. J'ai vouin
d'abord faire disparaitre les deux grands obstacles qui s'opposent À fre colonisation + 1° absence de. communications ; 29 abeecs ane ligne régrlibre de transport.
Mais, de 1885 à 1886, le mouvement de la colonisation avait pris de l'allure, et le Père Gendreau pouvait dire, avec une patriotique effasion, dans son deuxième rapport annuel, présenté le 4 février :
« Depuis l'an dernier, 128 acres de plus ont été défrichés par la société et les colons ; ce qui porte à
1225 acres l'étendue de terre actuellement en état de culture dans la canton Duhamel. Dans le canton Guigues, cette étendue n'est encors que de 140 acres,
“Si je passe maintenant au chiffre des familles rési. dentes, je trouve qu'il est de 51, soit une augmentation de 14 depuis juillet dernier.
“Ilen est de même des lots en état de défrichement, qui sont au nombre de 125 dans le canton Guigues,
J'ai obtenu que le gouvernement fasse construire au printemps une maison destinée à servir de réfuge aux colons et à leurs familles durant le temps qu'il leur fandra pour s'établir sur leurs lots. Elle sera probablement prête à recevoir des hôtes dès le mois de juin prochain.”
L'établissement du Témiscamingue entrait évidenrment dans une phase nouvelle, à la sphère agrandie, aux horizons considérablement élargis. Des éléments nouveaux et importants venaient s'y ajouter. L'image lointaine, mais sensible, d'une France maternelle s'oflrait à la jeune colonie comme pour veiller sur son berceau et soutenir ses débuts.
M. Onésime Reclus, un des plus nobles esprits de France, un homme qui a élevé la science dé la géogra-
phie à la hauteur d'une morale, qui l'a dramatisée, qui l'a humanisée, en quelque sorte, en lui donnant une âme et en lui apportant la sienne toute vibrante de patriotisme, constamment émue du spectacle de l'univers et passionnée pour le bien-être et le perfectionnement de tous les peuples, M. Onésime Reclus, qui a suivi pendant des années le développement de la race franco-canadienne, qui connaît mieux qu'aucun d'entre nous les plus petits détails de la géographie de notre pays, et qui en a mesuré avenir aves le coup d'œil sûr de eux qui ont bien étudié le passé, venait, dès la première heure, sans que personne pât s'attendre à son concours, apporter à une colonie naissante, perdue dans les forêts, le prestige de son nom et l'appui de sa généreuse et puissante collaboration.
Déjà il avait réussi à intéresser À la colonie du Témiscamingue un certain nombre de personnes choisies dans la meilleure classe sociale de France, mais il venait de faire encore beaucoup plus en déterminant l'accession à cette entreprise de M. Lucien Bonaparte-Wyse, ingénieur français de grande distinction. M. Onésime Reclus avait écrit au Père Gendreau, le 15 décembre 1885, une longue lettre comprenant toute une liste d'actionnaires à la colonisation du Témiscamingue, et qui se terminait ainsi :
Lucien N. B-Wyse, mon fre Armand{et M. Carunge se pro posent d'aller en juin 1886 vista le Ie. M. Bonaparte Wyae de Héresse beaucoup au pays, ot cest un homme d'une activité pas. riounée. Ge serait un bonheur paur le Cauada, s'il ui consent une partie de son temps et de son angent, Moi, j'irai plu tard, quand je le pourri. Pour l'instant, je ne Le puis. As angl domi. Les mpports que nous feront ces messieurs à leur retout nous décideront eu Le parti que nous devrons tirer de no lou.
Mon intention présente, pour 6e qui me concerne, est, de garer es deux lotsà pied de lot 8 Je deux lots eu bord de POutaonats pour mes garçons, et de vous prier, le moment ven, de me vendre Les autres moyennant une juste rétribution ; ce qu'ils sv ren dout pour étre employé à vous aider encor, ab votre œuvre ae duve. Jope, au si votre activité se parte ailleurs, dans le terioir dé volu à notre race, au Nippisingue, au Népigon où ailleurs, qui mit
Oxssiux sous,
P.8.—Lundi, 21 décembre, ou mettra à La poste un. gros livre que je viens de publier, La erre à vu d'oiau, où je parle longue. ment du Canada. J'en fais hommage à la societé de Témisrse amingue dont vous êtes le président.
D'un autre côté, le journal la Minerve, de Mont réal, recevait d’un correspondant de Paris, entre autres choses sur le Témiscamingue, le paragraphe suivant au sujet de M. Bonaparte-Wyse :
M Wyse ue sera bientôt plus, où pluie, m'est déjà plus un étranger au Canada. 1 appartient à cette pléde de Français intelligents et dévoués qui suivent d'un œil auxieux. le progrès e notre race en Amérique et qui veulent s'ssoier à no luttes et triomphes. Si nes renseignements sont exacts, M. Lucien N. B.-Wys aurait déjh consacré uno auétz jolie somme à s'assurer des Lois ur Les rives euchantenaues du lue Témiscamingue, à 6016 de
Onésime Reclus et autres Français de distue:
pro.
ps ard, pute our
ion. On nous dit même que l'été prochain nous ménage le iii de e voir visiter notre pays. Espérons que rien ne viendra Entraver son projet,
Le 3 février 1886, M. Onésime Reclus envoyait au Père Gendreau une nouvelle liste d'actionnaires äc k colonisation du Témiscamingue, parmi lesquels on voyait figurer des noms comme les suivant
Paul de Canne, directeur du Grand Dictionnaire encyclopédique de France.
Louis Rousselet, directeur du Dictionnaire de Géographie universelle.
Franz Schrader, directeur du grand Atlas universel.
Général Turr, président de la Société du percement de l'isthme de Corinthe.
Désiré Brissaud, professeur agrégé d'histoire, président de la commission d'examen militaire de Saint- Cyr.
Cette liste, avec celle qu'avait précédemment envoyée M. Reclus, formait un total de soixante-quatre noms. “ Avec trente-six encore, disait l'auteur de la lettre, nous arriverons au chiffre cent, qui est notre ambition.”
Comme l'avait annoncé M. Reclus, M. Bonaparte Wyse venait au Canada en 1886, et se mettait aussi. tôt en devoir de parcourir toute la région du Témiscamingue, dans le but, disait-on alors, de jeter les bases d'un grand chemin de fer qui traverserait tout le nord de la province.
M. Bonaparte-Wyse est un ancien lieutenant de
vaisseau, auteur d'une étude et d'un projet sur la canalisation de l'isthme de Panama qui l'ont associé
à la gloire de M. de Lesseps; c'est un homme doué d’un esprit d'entreprise infatigable, toujours prêt à consacrer sa fortune et son intelligence à de grandes œuvres utiles, et cherchant partout sur la carte du
monde des champs à son activit
Reçu avec un véritable enthousiasme par les directeurs de la société de colonisation, il a pu se rendre compte de ce qu'avait perdu la France en perdant le Canada ; “ perte irrépatable,” disait-il au banquet qui lui avait été offert, le 19 août, à l'hôtel Russell d'Ottaa, “ perte irréparable, politiquement parlant, mais que nous pouvons réparer d’une autre façon en
appuyant tous vos efforts pour l'extension du nom et du génie français.”
Deux jours après, M. Bonaparte-Wyse, voulant parcourir d'un bout à l'autre la grande ligne nouvelle du Pacifique, qui comptait encore à cette époque beau coup d'inerédules, se rendait à la Colombie anglaise ; cest de là. qu'il écrivait au Père Gendrean, le 3 septembre, une lettre dont les quelques passages suivants font voir quelle lumière un esprit attentif peut porter, par un simple coup d'œil, sur l'état réel d’une situation et sur les espérances qu’elle peut faire naître
Victoria de Vancouver, 3 septembre 1886.
Arrivé au terme de ma longne et rapide course à travers tout 1e Canada, je m'empresse de profiter d'un instant de répit pour vous exprimer de nouveau mou entière gratitude pour les attentions de toutes sortes dont vous nous avez comblés, ma famille et moi, pendant La très intéressante excursion que nous avons faite sur 1e5 bords pittoresques du Témiscamingue. L'impression que j'emporte de ln région #i variée comprise entre le rapide du Long-Sault, au sud, et la première chnte de Ja rivière des Quize, au nord, est des plus fivombles. L'élargissement ai remarquable de la rivière Ououais, qui forme le leo Tém'écamingre proprement dit, me parait surtout apte à une culture fort rémanérative, à partir du point où se trouve la factorerie de Ia compagnie de a baie d'Hudson, en face de le mission catho ique. Comme c'est précisément dans la por: tion urientale de cette zone féconde que la société que vous pré. sidez si habilement possède les deux townéhip Guigues ét Dulasieh, Al est certain que vous parviendres très promplement à ouvrir à la civilisation une région jusqu'ici beaucoup trop inconnue.
Vous avez compris, en effet, avee un esprit d'entreprise aussi éclairé que patriotique, qu'il fait à tout prix changer ls cond. tions d'accès au Témiseaingne, si l'on voulait en faire ce qu'il doit être : un centre agricole important. Vos corts perévérants sont à la veille d'aboutir. Le succès a couronné vos travaux, et les colons attirés pur vous pauvent maintenant se rendre de I station de Mattawa à leurs terres en moins de loue heures. Ce résultat inespéré, qui ouvre définitivement une contrée fertile, est sulaant: pour le moment ; mais ja ne doute pa que l'an ne soit contraint ientdt entrataë par a force même des choses) à améliorer et à agrandir Jes moyens dé cummuniention que vous avez sagement aujourd'hui appropriés aux besoin eroisants du pays où vous avez fit suivre Ja croix par la charrue
Je vous félicite d'autant plus de tout ce que vous avez fit, que vous avez pu ainsi venir en. aide à de nombreuses et intéressantes familles du Canada trançais qui végétaient aux Etats-Unis, et aux. quelles vous donnerez en peu de temps nue honorable aisauce. Je Anis heureux, en 6e qu me concerne, de contribuer encore plus ei acement que je ne Dai fnit jusqu'a présent, avee Je concours de mes amis de Frauce et, en particulier, de AL. Onésime Reclue, à ua réslat a excellent a point de vue kmanitaire, moral et intlligemment patriotique
Retourné en France peu de temps après, M. Bonaparte-Wyse réunissait les souscripteurs français à l'entreprise du Témiscamingue et leur faisait un rapport de son voyage. Il s'en suivit de nouvelles adhésions et une demande de cent autres lots aux
mêmes conditions que celles qui avaient été précé-
demment consenties :
Nous avons hésité et même refusé pour le moment, dit le Père Gendrenn dans son troisième rapport annuel, présenté le 19 7, parce que mous voulions attendre le resultat de noi
premières opérations. | Maïs tout dernièrement, M. Jectus est reveuu à La charge. 11 demande avec instance que je lui promette de nouveaux terrains, Plusieurs de ses amis, incertains de L'avenir a Frauce, venlent avoir un pied à teur au Cansda. Ils ne
nt pas à Ja question d'argent, Si nie francs ne sufisent mnerout davantage. Puis M, Reciux w'avertit que, si je
nobstine à refuser, il s'en ira daus les cutous de M. le curé
Labelle, tout en préférant notre smingue, Je ini ai répondit
que je soumettrais lu chose à notre prochaine assemblée du bureatt.
Suit un exposé du budget de la société de coloni-
sation, et le Père Gendrean coutinne en ces ter
Aujourd'hui, dans nos cantons Guigues et Duhamel, nous avons soixante-neuf familles résidentes, sans compter les Filles qui vont arriver à l'ouverture de 1 navigation et pour lesquelles des couscractions ee derichements ts l'antomue dorui Au mois de juillet 1885, je vous avai arenaé un rapport où j'avais donné nu talleau statitiqu sjoute Le rapport de ce
Acres en culture .
Ac eu prairies
Minots de semence Bâtisun construite Lots avec défrihements.
Fawilles réseutre.
(Ce aout Ah des chifies que j'ai recueillis lors ile mon voyage à Témiseemingue, au mois de janvier 1887.
En outre, il s'était formé à Montréal, dans le cours de l'année 1886, une société dite “ Société de colonisation des marchands de Montréal,” ave l'objet d'établir une eulnie sur les terres du Témiscumingue,
Cette soeiété demandait qu'on mit le plus tôt possi. ble à sa disposition une cinquantaine de lots, sur les quels elle ferait les défrichements exigés par la loi et dirigernit, dès le printemps de 1887, un premier groupe de vingt à trente colons. Le Père Gendrean ui avait assigné aussitôt, pour commencer, neuf lots sur les bords du lue, dans le canton Guigues, et les travaux préliminaires avaient été immédiatement en. trepris et poussés avec vigueur.
Dans le cours de 1887, le gouvernement provincial a fait arpenter deux cantons nouveaux, l'un appelé Laverlochère, d'après le plus célèbre missionnaire du Témisenmingue, l'autre baptisé du nom de l'archevêque actuel de Montréal, monseigneur Fabre, Il a aussi envoyé, pour parcourir toute cette région, inspecteur des forêts, M. Bureau, qui à rapporté que les terres du Témiseuningue sont des plus faciles à cultiver et des plus frtiles qu'il y ait dans toute la province de Québec. (1)
(Q) Sur nue carte nouvelle dn Témiscumingue que vient de publier la société de colonisation, nous trouvons encore d'autres noms indiquant les endroits où seront Les faturs cantons Mercier, Gendreau, Tabaret, Shehyn, -Maznod, Cumpenn, Hoiscere, sur La rive orientale du Lan et de l'Outronais, jusqu'à Mattava, ét Les cantons Wse, Puitras, Eddy et Antoine, sur le rive occidentale, dans Ontario.
De son côté, le gouvernement fédéral a établi un bureau de poste à la baie des Pères, où ily a déjà un commencement de village florissant,
Ce village n'existait même pas il y a deux ans, et l'on ignorait jusqu'au nom de la baie des Pères. Dans un chapitre subséquent, le lecteur en trouvera l'historique et une description complète. Pour le moment, qu'il nous suflise de dire que la baie des Pères renferme déjà vingt familles. La corporation des Pères Oblats y a fait construire, l'an dernier, une église en briques, de 45 pieds sur 90, un presbytère de 36 pieds sur 45, et un couvent de 45 pieds sur 95 pôur les Sœurs Grises, qui se vouent à l'éducation des enfants et au soin des malades.
En outre, des particuliers ont établi un moulin à fa rine, des machines à scier, À embouffeter, à façonner des lattes, ete.; d'autres, enfin, ont entrepris la fabricntion de la brique, et il en est résulté que la brique, au lieu de coûter 840.00 le mille, comme lorsqu'on la faisait venir de Mattawu, ne coûte plus maintetant sur les lieux que 87.00 le mille.
La compagnie du chemin de fer du Témiscamingue a construit à la baie des Pères un quai, qui lui a coûté 83,000. Les commerçants de bois en ont profité pour faire décharger À ce quai toutes les provisions dont leurs chantiers ‘avaient besoin, et, dans le cours de l'hiver, les colons ont pu gagner de
gent en transportant ces provisions à leurs destina-
tions respectives.
La société de colonisation a perçu, pendant l'année 1887, la somme de 810,000 pour ventes de terres dans les cantons Duhamel et Guigues. |
A la demande du bureau de direction, M. Bellemare, un des colons du lac Témiscamingue, a fait un recensement de la population et des produits de l'année,
Ia constaté qu'il y avait quatre-vingt-douze familles résidentes dans le canton Duhamel et vingt dans le canton Guigues, quatre-vingt-quinze maisons, cent seize granges et deux mille deux cents acres de terre en culture. |
On remarquera que le rapport annuel présenté par le Père Gendreau à la Société, le 10 mars 1887, ne mentionnait que 1,085 acres en culture ; il y avait done une augmentation d'environ 1,100 acres en une année, et le nombre des familles résidentes, de 69 était porté à 112 : augmentation, 43. Iln'y avait enfin, en 1887, que 110 constructions, comprenant maisons et granges, et l'on trouvait maintenant 95 maisons et 116 granges, ce qui donnait une augmentation de cent dans le nombre général des bâtisses.
agree et
Ajoutons que la récolte de l'automne de 1887 a été d'environ 1,000 minots de blé, 5
de es
mens
d'avoine, 250 tonnes de foin et 2,000 minots de pommes de terre. Ces produits se vendent au personnel employé par les marchands de bois dans les chan tiers avoisinants: le foin 835 la tonne, l'avoine 80 centins le minot, les pommes de terre 81.50 le sac, les fèves 83.00 le minot, ete,
Disons enfin, pour terminer, que les cantons Guigues et Duhamel viennent d'être érigés en m palités, événement que justifient l'importance qu'ils ont si rapidement acquise et le nombre toujours croissant de leurs habitants
anici-
Voilà où en était la situation, d'après le dernier rapport du Père Gendrean, ea date du 7 février de l'année présente.
Nous avons conduit le lecteur pas à pas dans l'historique de l'établissement du Témiscamingue, depuis son origine, qui remonte à trois aus à peine, jusqu'au printemps de 1888. Nous n'avons pas craint d'entrer dans bon nombre de détails qui ont paru peut-être à la lecture quelque peu minutieux ; mais on aimera à les retrouver plus tard, en jetant un regard rétros pectif sur les humbles commencements et les premiers essais, si laborieux, si longtemps incertains, de
ce qui sera devenu une colonie prospère, contenant
des paroïsses en pleine croissance et des campagnes couvertes de riches moissons. On y retrouver sous
des traits tout modernes l'histoire de l'enfance de notre ue
pays, moîns les luttes à main armée contre les porter le ma-
vages Peaux-rouges, toujours prêts sacre et la ruine dans des établissements presque sans défense: on ÿ verra une reproduction exacte, faite sous nos yeux, des rudiments de notre existence nationale, des conditions successives par lesquelles a dû passer ce pays, qui va bientôt prendre rang dans Ja grande famille des nations, ef, à la vue de ce spectacle qui évoquera tout un monde de souvenirs chers au peuple canadien, on éprouver, an Tieu de la
ssaires, un intérêt
pugnance pour des détails né toujours grandissant pour les moindres faits, pour les plus légers incidents, pour les plus petits prosuute que l'historien aura
grès de la colonie na signalés. Nous w'avons fait, dans le chapitre qu'on vient de lire, que tracer d'une main rapide l'étublissement proprement dit, la fondation et les premiers développements de la région du Témiscamingue ; il
ésenter le tableau de cette
mous reste maintenant À pi région elle-même et à l'étudier, non seulement sous ses aspects actnels, mais encore sons les formes que lui réserve l'avenir, un avenir incontestablement
s'en convaincre
magnifique, comme le lecteur pourra par l'exposé consciencieux qu'il trouvera dans les
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