FORT
(1) Jadis, sous le régime français, on donnait un soin tout spécial aux explorations et à l'exploitation minéralogiques. Entre autres découvertes, on en avait fait une d’une mine de plomb au lac des Chats, d’après ce qu'en témoignent les documents de Vépoque. L'intendant Hoequart avait chargé d'y aller faire des recherches l'arpenteur Boiselere, lequel a donné son nom, comme on V'a vu précédemment, à un canton qui a été récemment, délimité, sur la rive orientale de l'Outaouais, en face de Mattawa.
Nous croyons intéressant pour le lecteur de reproduire ici le mémoire adressé à Boisclere par l’intendant Hocquart, parce que c'est une pièce curieuse et qui était menacée de l'oubli, si on ne l'avait inopinément exhumée, il y a quelques mois à peine. Mémoire pour M. de Boiselere dans le voyage qu'il doit faire
jusques au portage des Chats pour y faire la découverte d'une mine de plomb qui s'y trouve.
Il partira Je 12 ou 15 du mois prochain avec un canot d'écorce
et le nombre d'hommes nécessaire pour le conduire jusqu'au lieu
creusé un canal de quatre milles de longueur, précipite les eaux de l'Outaouais, par une chute de soixantesept pieds, dans l’admirable bassin où se mirent les édifices publies, le palais législatif, les pares et les jardins de la capitale des provinces confédérées de Amérique britanni yue.
Depuis l'embouchure de la Mattawan jusqu'à la capitale fédérale, le voyageur à parcouru une distance de cent quatre-vingt-quinze milles, marquée par de nombreux et pittoresques rapides, qui ont fait descendre l'Outaouais de quatre cent huit pieds et
l’ont amené gradaellement à une altitude de soixantedix-sept pieds à peine au-dessus du niveau de la mer.
dela m'a. Et lorsqu'il sera rendn, il examinera le coursd e la veine qui a : «té dijà découverte ét que l’on prétend estre sous l’eau et à l'embouchure d'une petite rivière qui se décharge dans la grande nvière des OutaouBais,
Lestà présuner que entle veine w'est pas seule et qu'il s'en trouvera d’autres aux environs ; c'est ce qu'il convient de chercher et faire chercher avee soin, car l’on ne peut tirer aucun avantage d'une mine qui est dans leu. Pour faire cette recherche avec succès, M. de Boisclere emport: ra avec lny 4 barres à mine, quelques pioches et langues-de-bœuf :t artres outils nécessaires, cent livres de poudre pour faire joner des mines, s'il est besoin, et emmènera avec luy deux bons canoyeurs, qu'il emploïera et qui feront partie de l'équipage de son canot.
Le Sr Guillet a quelques connaissa: ces de la situation du lieu où est la mine ; il est à propos que le Sr Boisclerc s'entende avec Juy, et ce tant jour le voyaze qu'ils feront ensemble, que pour les * autres mesures à prendre pour réussir dans la découverte en ques-
Il ne nous reste ‘maintenant'qu'à examiner la patie de l'Outaouais qui s'étend sur une longueur de cent milles entre Ottawa et Montréal, et qui n’est interrompue que par trois rapides, à Carillon, à Sainte-Anne et à Lachine.
Le rapide Carillon, qui commence à cinquante-six milles d'Ottawa, opère une descente de quarante-huit pieds en dix milles. Vingt milles plus bas, on atteint le rapide de Sainte-Anne, lequel, sur un demi-mille de longueur, fait une chute de trois pieds ; et enfin,
après une navigation de quinze milles sur le lac Saint
tion. Le 8r Guillet doit partir pour Témiscamingue dans le temps ey-devant marqué ; la mine se trouve sur la route.
Le Sr Boisclere dressera un procès verbal exact de tout ce qu'il fera sur les lieux et de toutes les circonstances de ses découvertes, s'il en fuit quelques-unes ; la situation de la mine, la longueur et la largeur de ses veines, la facilité ou la difficulté de l'extraction de la dite mine, son éloignement de la rivière, la qualité du terrain, s'il seu trouve de jacque juur la cuiture des terres, si on peut faire des chemins pratiquables, 81 se cruv. es bu.s pour charpente, ou propres à faire du charbon, s'il se trouve des prairies, en un mot, tout ce qui peut tendre à faire conuoistre l'avantage ou le désavantage pour l'exploitation.
Il s'informera aussy et marquera dens son procès verbal Ja
Louis, on entre dans le canal Lachine, long de huit milles et demi, qui aboutit au pied même de la grande métropole commerciale du Canada, après avoir effectué une descente de querante-cing pieds.
I1 faut se rappeler qu'à quelques milles au-dessous de Sainte-Anne, dans le lac Saint-Louis, les eaux de l'Outaouais rencontrent celles du Saint-Laurent, sans toutefois se mêler avec elles. . C’est au point que, par un beau jour d'été, lorsque le surface du lac est parfaitement calme, on peut voir nettement établie la ligne de démarcation entre les eaux sombres de l'Outaouais et celles relativement pâles que les vastes lacs de l'Ouest versent dans le sein du grand fleuve.
Au-dessus du rapide de Sainte-Anne, l'Outaouais s'est divisé; un de ses bras longe le côté sud de l'île de Montréal jusqu’à sa rencontre avec le Saint-Lau-
longueur des portages st leur nombre et leurs dificultés, depuis le lieu de la mine jusques à Montréal.
11 demandera à M. Michel les vivres et ustensiles et équipages nécessaires pour ce voyage ; le Sr Foublanche peut luy estre aussy utile ; 1l a connoïssance de cette mine, et d'une autre dans ls même voisinage, qui peut estre du cuivre. Il emmènera ce particulier avec luy.
11 tâchera de faire des épreuves sur le lieu de la mine de plomb et en fera fondre, examinera les déchets, à l'effet de quoy il se pourvoira d'une balence et de poids suffisants.
11 nous apportera uussy 40 ou 60 liv. de mine au moins, et même si
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rent, et l’autre‘a formé, du côté nord, la rivière des Prañies, qui passe au Sault-au-Récollet et viert se perdre enfin dans le Saint-Laurent, à l'extrémité inférieure de l'île.
Le lecteur a dû être frappé, ‘en suivant le cours de l'Outaouais, d'un trait caractéristique, particulier à cette rivière et à son affluent la Mattawan; c’est la concentration, en quelque sorte, de sa descente dans ruptes où des chutes presque
des rapides courts e perpendiculaire, qui interviennent à des intervalles de quinze à cinquante mille, et forment chaque fois des pouvoirs hydrauliques d’une capacité presque illimitée, dont l’industie pourrait tirer avantage le plus aisément du monde. Pour ne citer que la chute des
elle estoit abondante, il pent en apporter une bien plus grande quantité, qu'il remettre aux ordres de M, Michel pour me l'euvoyer à Québec.
Ce sont deux sauvages nepissingnes qui ont donné les premières connaissances de ectte découverte ; il seroit bon.que M. de Boisclerc les eust avec Iuy pour travailler plus surement.
L'importance de cette découverte se foit assez sentir, et nous sommes persuadez quele Sr Boisclere ne négiigera rien pour l'exéoution de la yrésente instruction ; nous Je luy recommandous. Fait à Montréal le vingt-deux juillet 1784.
HocquART
Chaudières, à Ottawa, le pouvoir hydraulique utilisable y dépasse tous les calculs possibles, Le volume tout entier de l'énorme rivière s'y précipite du haut d'un barrage naturel de quarante pieds, en même temps que le bassin qui s’épanche au bas de la cataracte recoit leseaux de deux grands affluents: au sud la rivière Rideau, qui tombe d’une hauteur de cinquante-quatre pieds, et, au nord, la Gatineau qui, dès son embouchure, n'est que rapides et que cascades.
Faisons remarquer, en passant, que si l'Outaouais et la rivière des Français, tributaire du lac Huron, étaient rendues navigables sur tout leur parcours, la capitale de l'Amérique britannique se trouverait à cent milles plus près de Chicago que ne l'est la ville
américaine de {Buffalo elle-même, située sur le lac Erié.
Quelque éloignée et inaccessible qu’ait pu paraître avant la construction du Pacifique canadien, la région de la Mattawan, du lac Nipissingue et de la rivière des Français, elle est en réalité bien plus accessible aujourd’hui que ne l'était la région sauvage s'étendant entre Ottawa et Kingston, quand, il y a soixante ans, le colonel By entreprit de l'ouvrir de part en part au moyen du canal Rideau ; et, toute proportion gardée, la canalisation de l'Outaouais et de la rivière des Français est peu de chose aujourd’hui, en regard
de la grandeur de l'entreprise conçue et si vaillamment exécutée par cet homme remarquable.
La contrée qui borde la Mattawan, le lac Nipissingue et la rivière des Français présente à peu près uniformément le même caractère que le pays riverain de l'Outaouais supérieur. Les bords, aussi loïn que le regard peut atteindre, semblent stériles et impropres à toute culture ; mais, dans l’intérieur, il y a de vastes espaces de terre arable. Tout le pays est admirablement arrosé et d’une rare salubrité. Les fièvres intermittentes, cette plaie des établissements nouveaux dans la fertile région alluviale qui desceud vers les grands lacs, y sont entièrement inconnues. Le climat n’y est pas sensiblement différent de celni de la vallée du Saint-Lâurent, et l’on y a vu la saison de navigation durer sept mois entiers, comme en 1848, année où la navigation sur l'Outaouais s'ouvrit le 18 avril, et en 1854, année où les bateaux à vapeur ne cessèrent leurs voyages que le ler décembre.
En termes généraux, on peut dire que la navigation sur l'Outaouais dure depuis le 27 avril jusqu'au 27 novembre.
La glace, sur la rivière des Français, n'est jamais bien forte. Cette rivière est ordinairement libre avant le 1er mai, et prend rarement avaut le 10 où
1e 15 décembre. Le lac Nipissingue est toujours libre
durant le mois de novembre, et la glace n’y est assez forte pour porter des voitures ou des fardeaux que vers la fin de décembre; mais ensuite elle se maintient ferme jusqu'au commencement de mai. Cette dernière date est celle qui correspond à l'ouverture de la navigation dans la rivière Mattawan.
Sans doute la vallée de l'Outaouais n'est pas l’égale, en valeur et en importance, de celle du Saint. Laurent, avec son fertile sol d’alluvion et ses vastes étendues propres à la culture de toutes les céréales ; mais celui qui a foi dans l'avenir de son pays ne peut manquer d'y découvrir les splendides destinées qui attendent la vallée arrosée par la bellu rivière du Nord. Cette vallée, en effet, par sa position géographique, sa forme et son étendue, donne à la province de Québec l'équilibre qui lui faisait défaut. Sans le nord en eflet, et surtout sans la vallée de
l'Outaouais qui complète sa charpente, qui est une partie, essentielle de sa membrure, la province ne serait qu'une longue lisière étroite, que ne protège aucune barrière naturelle, sur les bords du Saiut- Laurent. Mais, grâce au nord illimité, sur lequel
nous nous appuyons jusqu'aux confins de la terre habitable, nous pouvons dire que nous sommes les véritables “ hommes du Nord” de l'Amérique, les “ Northmen,” ou comme on disait au moyen âge, les “northmans,” pour désigner cette race haïdie et aven-
tureuse de Seandinaves, dont les barques se promenaient vietorieuses sur presque toutes les mers de l'Europe.
Tout homme qui étudie les lois qui gouvernent le mouvement des populations et du commerce de Y'Ouest-Amérique, ne tarde pas à voir grandir et se développer sans cesse devant lui un admirable spectacle, celui que devra offrir, dans un avenir prochain, Ja route flaviale pénétrant au cœur même du Dominion, et faite pour raccourcir de plusieurs centaines de milles la distance entre l'Atlantique et le vaste Nord-Ouest.
Avec le commerce de tout un continent débordant par le cours de nos deux grandes rivières, qui pêut douter un instant que les villes de Montréal et de
Québec ne deviennent bientôt deux des plus grands entrepôts des produits de ces Etats géants, et de cès provinces du Nord-Ouest qui débutent à peine dans la carrière et que l’on compte déjà parmi les greniers du monde ?