LE FORT DE TÉHISCAHINGITE
Le "fol* " on poste de Témiscamingue est situe sur la rive gauche de TOutaouais, vis-à-vis de la Mission.. C'est un des plus anciens de la Compagnie de la haie d'Hudson : sa fondation remonte à plus de cent trente ans. Il n'y a plus trace aujourd'hui du premier poste construit à cette époque ; celui qui l'a remplacé, et que l'on appelle le " vieux fort," date de 1811 ; il est encore debout, solide sur ses larges et fortes assises, quoique ]^ ortant sur ses murs lézirdés et jaunis l'empreinte irrespectueuse du temps. On s'en sert aujourd'hui pour emmagasiner les énormes quantités de marchandises et de provisions que la Compagnie de la baie d'Hudson entasse dans ses dépôts. C'était jadis la seule construction qu'il y eût dans toute la contrée du Témiscamingue. Le facteur de la Compagnie, ses commis et ses employés l'habitaient et y tenaient un magasin ouvert aux Indiens, qui venaient y recevoir des marchandises en
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échange de leurs pelleteries. Depuis dix-huit ans, on a construit un nouveau poste, qui sert uniquement de magasin de détail; le logement du facteur, ou principal employé de la Compagnie, est aussi une construction séparée du magasin et absolument privée. Quant au " vieux fort," il est fermé aux acheteurs, et seuls les commis de -la Compagnie y pénètrent pour renouveler le stock du magasin.
Il ne faut pas que cette appellation de "fort" éveille chez le lecteur l'idée d'une forteresse véritable, avec des remparts, des fossés et des meurtrières ; non, les forts de la Compagnie de la baie d'Hudson n'ont jamais eu cet aspect belliqueux ; c'était simplement une habitation doublée d'un magasin, construite en murs très épais, et entourée d'une enceinte de pieux d'une quinzaine de pieds de hauteur, pour la préserver d'une attaque possible des sauvages qui auraient eu quelque sujet de mécontentement.
Si l'on jette un regard sur la partie septentrionale de l'Amérique britannique, on verra qu'à certains endroits particulièrement favorables, le long des grandes rivières, mais surtout à leur embouchure, de même qu'à la décharge des lacs de quelque importance, depuis le Labrador jusqu'aux montagaes Rocheuses, la Com- ]>agniede la baie d'Hudson avait établi des postes, où les Indiens de la région environnante venaient apporter leurs pelleteries et faire leurs achats de pro*
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visions et de vêtements. Ces pelleteries étaient ensuite transportées, dans des ^canots manœuvres par des hommes au service de la Compagnie, jusqu'aux factoreries d'York et de Moose, situées, la première, à rembouchure de la rivière Nelson, sur la baie d^Hudson, la seconde, à l'embouchure de la rivière Moo«e, au fond de la baie de James. De là elle 3 étaient expédiées en Angleterre sur les navires de la Compagnie, qui faisaient en moyenne deux voyiges par année. Au [retour, ils apportaient, dans de 3 oaisses doublées de fer blanc, toutes les marchandises dont la Compagnie avait besoin pour faire ses échanges avec les Indiens. Quast aux provisions, elle les faisait venir du Canada, excepté toutefois la farina, qu'elle importait dans «es propres navires par la baie d'Hodson, afin d'éviter les 'droits d'entrée; elle en a|)provisionnait ses nombreux postes, et réalisait sur oe seul article des bénéfices énormes. En outre, elle était très parcimonieuse à Tégard des sauvages qu'elle emplt^ait^au transport de ses marchandises ; elle 'les rationnait impitoyablement, en sorte que ceux-ci étaient souvent obligés de prélever sur leurs gages, toujours insuffisants, de quoi s'acheter un complément de provisions. C'était surtout le riz qui était distribué par petites rations. Mais il n'en est plus ainsi de nos jours. La suppression du monopole du commerce de fourrures, monopole que la Compagnie de la
baie d'Hudson revendiquait et qu'elle s'est efforcée de retenir jusqu'en 1867, l'arrivée des blancs et la concurrence établie enfin librement sur le vaste territoire qu'elle prétendait lui appartenir en propre, ont changé la face des choses, fait baisser le prix des provisions et oblige la Compagnie à payer plus cher aux Indiens leurs pelleteries, en même temps qu'à leur vendre la farine à meilleur marche* (1), enfin à bien nourrir et à bien payer ceux d'entre eux qu'elle emploie.
Pendant l'existence de la Compagnie du Nord- Ouest, qui fut longtemps une terrible rivale pour celle de la baie d'Hudson, et qui avait aussi de nombreux postes échelonnés dans l'intérieur de l'Amérique britannique, au delà du 48e degré de latitude, il y eut souvent des rencontres sanglantes entre les hommes engagés au service des deux compagnies, et que l'éloignement des lieux, l'absence absolue de communications mettaient en dehors de l'atteinte de la justice. Les commis du poste de Témiscamingue ne sortaient pas pour commercer avec les Ilidiens, qu'ils avaient parfois de bonnes raisons de redouter. La traite se faisait par une espèce d'embrasure pratiquée dans le mur du vieux
(1) Jadis un sac de fiirine était vendu huit dollars par la Compagnie de la baie d'Hudson. Aujourd'hui elle ue le yeud plus <^ue cixK^.
fort, au deuxième étage. Les Indi^ps y montaient un à un et y présentaient leurs pelleteries, lorsqu'ils avaient pu toutefois se rendre au poste sans être interceptés en route par les hommes de la Compagnie du Nord-Ouest.
D'une grande fenêtre du fort, d'où la vue embrasse la partie supérieure du lac, on voyait venir de loin les Indiens, et l'on se préparait à les recevoir. On envoyait au-devant d'eux des messagers spéciaux (runners) poui les gagner et les enlever aux agents de la compagnie rivale. Celle-ci avait aussi expédié ses messagers, qui, de leur côté, s'efforçaient de retenir à eux les Indiens ou de les détourner de suivre leurs concurrents. Ils se précipitaient à Tenvi les uns des autres sur les pelleteries de l'Indien et se les disputaient sous ses yeux. Le ballot de peaux restait aux mains du plus fort; celui-ci s'en eja parait, le chargeait sur son dos et se rendait au poste, s'il était de ceux de la Compagnie de la baie d'Hudson, pendant que le sauvage marchait derrière lui en " monsieur " qui fait porter ses paquets.
On sait que l'établissement de la puissante Compagnie de la baie d'Hudson remonte à l'année 1670, la vingt-deuxième du règne de Charles II, d'Angleterre. L'acte qui la constituant débutait dans les termes suivants :
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** Charles II ^ par la grâce de Dieu^ Roi d* Angleterre, d'Ecosse^ de
France et d'Irlande, défenseur de la foi, etc.^ etc. A tous ceux qui les présentes verront, saluL ;
Attendu que notre tout bien-aimé cousin le imuce Rupert, comte palatin'du Rhin, duc de Bavière et de Cuniberland, etc.,. Christophe, duc d'Albermale, William, comte de Craven, Henry lord Arlingtoû, Anthony lord Ashley, sir John Robinson et sir Robert Vyner, chevaliers et baronnets, sir Peter Colleton, baronnet, sir Edward Hungerford, chevalier du Bain, sir Paul Ncele, chevalier, sir John Grifiith et sir Philip Carteret, chevaliers ; James Hayes, John Kirk, Francis MilUngton, 'William Prettyman, John Fenn, écuiers, et John Portman, citoyen et orfèvre de Londres, ont, à grands frais et dépenses, entrepris une expédition à la baie d'Hudson, daus la partie nord-ouest de l'Amérique, afin d'y découvrir un nouveau passage à la mer du Sud et pour y faire le commerce de pelleteries, minéraux et autres commodités importantes, et qu'à raison de leur entreprise, ils ont déjà fait assez de découvertes pour les encourager à pousser plus loin l'objet de h'ur dessein, et que par ce moyen, il peut probablement nous arriver de grands avantages, à nous et à notre royaume, etc., etc., etc.
Sachez que, désireux de favoriser tous efforts tendant au bienêtre public de notre peuple et d'encourager la dite entreprise, nous avons, de notre grâce spéciale, connaissance certaine et de notre propre mouvement, octroyé, doiraé, ratifié et confirmé, et par ces présentes, pour nous et nos successeurs, octroyons, donnons, ratifions et confirmons, à notre dit cousin le prince Rupert et aux dits, etc., (suit l'énumération des noms cités ci-dessus) le pouvoir de se constituer en corps politique, et nous les constituons de fait et de nom, sous le nom de *' Le Gouverneur et la Compagnie d'aventuriers d'Angleterre faisant le commerce dans la baie d'Hudson Et pour mieux assurer l'exécution de notre volonté et de
notre octroi à cet égard,nous avons fait, nommé et constitué, et par ces présentes, pour nous, nos héritiers et successeurs, nous faisons, nommons et constituons notre dit cousin, le prince Rupert,
premier et présent gouverneur de la dite Compagnie ; et nons
avons désigné, nommé, et par ces présentes, pour nous, nos héritiers et successeurs, nous désignons, nommons et constituons les dits sir John Robinson sir John Vyner, sir Peter Colieton, James Hayes, John Kirk, Francis Milliugton et John Portman les sept premiers et présents membres du comité de la dite Compignie, à compter de la date des présentes jusqu'au dix novembre prochain, et lUnsi de suite jusqu'à ce que d'autres membres boieut choisis en la forme ci-après fixée, etc.
Et afin que les dits Gouverneur et Compagnie d'aventuriers d'Angleterre, faisant le commerce dans la baie d'Huds n, puissent être encouragés à entreprendre et à mener à bien le dit dessein, nous, de notre grâce spéciale, de notre connaissance certaine et pro[.re mouvement, avons donné, octroyé et confirmé, et par les présentes, pour nous, nos héritiers et successeurs, nous accordons, octroyons et confirmons aux dits Gouverneur et Compagnie, et à leurs successeurs, la traite et le commerce exclusif de toutes les mers, de tous les détroits, baies, rivières, lacs, cours d'eau et anses, sous que'que latitude qu'ils soient, qui sont situés à l'entrée du détroit communément appelé ** détroit d'Hudson," ensemble et avec toutes les terres et tous les territoires qui s'y trouvent et qui ne sont pas déjà en la possession de ou octroyés à quelques-uns de nos sujets, et le dit territoire sera, d'aujourd'hui à venir, réputé l'une de nos plantations ou colonies d'Amérique, sous le nom de «* Terre de Rupert."
Tel était le titre en vertu duquel la Compagnie de la baie d'Hudson prétendait naguère avoir non •seulement le monopole exclusif du commerce des pelleteries, mais la propriété même du territoire s'étendant depuis les bords de la baie d'Hudson jusqu'aux sources d»s rivières et cours d'eau qui s'y jettent. Cette prétention, elle l'a maintenue jusqu'en
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1868, alors qu'elle fit cession de tous ses droits au gouvernement canadien. C'était^^ simplement interdire Taccès de lu plus grande^partie du^Nord-Ouest, pour y faire la traite, à toute entreprise collective au individuelle ; c'était encore repousser tout essai de colonisation et fermer à jamais à la culture, à l'industrie, à la 'vie et à la /civilisation, une région prodigieusement éteûdue, dont la fertilité et la richesse BÛnéiale sent inépuisables.
Bien différente de celle de la Compagnie de la baie d'Hudson avait été la formation de la Com^pc^nie du Nord-Ouest. Au temps de la souveraineté française en Amérique, les " coureurs des boia/' qui étaient les principaux intermédiaires du commerce des pelleteries entre les sauvages et les marchands canadiens, s'étaient avancés, dans leurs aventureuses expéditions, jusqu'au voisinage des nkontagnes Rocheuses. Us avaient établi des postes sur le lac Supérieur, sur le lac Winnipeg, sur la rivière Eouge, sur la Saskatchewau, et sur les fleuves Nelson et Churchill, qui tombent dans la baie d'Hudson. Plus tard, peu après que le Canada eut étéj^conquis par la Grande-Bretagne, les mar-
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chands aDglais de Montréal et de Québec, qui reprirent le commerce des pelleteries, marchèrent pas à pas sur les traces des coureurs des bois, d'abord mesurément et avec circonspection, comme faisant une expérience douteuse, et, du reste, très mal accueillis par* les différentes tribus indiennes qui regardaient les Anglais comme les anciens alliés des Iroquois, leurs ennemis invétérés ; puis ils le firent avec résolution et avec âpreté, stimulés qu'ils étaient par le succès et par l'extension de leurs opérations. Plusieurs d'entre eux, et notamment Joseph Frobisher et Peter Pond, avaient même poussé fort loin des reconnaissances, jusqu'aux régions de l'Athabaska et du Churchill, et en étaient revenus, après avoir couru tous les dangers et enduré toutes les privations dans des pays déserts, où ils n'avaient trouvé d'autres moyens de subsistance que la chasse et la pêche, mais où, en revanche, ils avaient réussi à attirer à eux les Indiens Chipouyaus, qui, d'ordinaire, allaient porter leurs pelleteries à la factorerie d'York.
Forts de l'expérience acquise pendant quinze ou dix-huit ans d'opérations, les marchands du Canada qui faisaient le commerce des pelleteries, formèrent, dans le cours de 1783-84, une société sous le nom de " Compagnie du Nord-Ouost," et en confièrent la direction à deux maisons de commerce jouissant de
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beaucoup de crédit et de considération, la maison Benjamin et Joseph Frobisher, et celle de Simon MacTavish. Dès ce moment, le commerce du nordoueat de l'Amérique fut établi sur des bases plus solides qu'il ne l'avait jamais été, et la nouvelle société fit au moins autant d'aJBfeires que la Compagnie de la baie d'Hudson, dont les établissements étaient pourtant bien mieux situés que les siens. (1)
De là était résultée entre les deux compagnies une rivalité qui souvent d(^générait en rixes sanglantes. Elles avaient toutes les deux à leur service un grand nombre d*horames, qui parfois se livrèrent de véritables batailles rangées. La Compagnie du Nord- Ouest employait, pour sa part, cinquante commis, soixante et onze interprètes et commis d'interprètes, onze cent vingt rameurs ou conducteurs de canots, et trente- cinq guides. On désignait cette bande d'employés par le sobriquet de " mangeurs de cochon." Ils se louaient ordinairement à Montréal, et leur voyage durait depuis le premier mai jusqu'à la fin de septembre. Les guides recevaient pour salaire de huit cents à mille livres, avec un habillement convenable ; les patrons, ou chefs de canots, de quatre à six cents livres ; et les rameurs, de deux cent cinquante à trois «ent cinquante livres, avec une cou-
(1) Jonmal d'Alexander Mackenzie.
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vertnre de laine, une chemise et une paire de grandes culottes. Ils étaient nourris aux dépens de la Compagnie, pendant tout le temps que durait leur voyage. En outre, on leur' permettait de trafiquer avec les sauvagf'S, ce qui 'rapportait à plusieurs d'entre eux plus que la valeur de leurs gages.
Les guides, qui étaient d'une grande utilité pour la Compagnie, servaient aussi d'interprètes. On leur donnait une certaine quantité de marchandises, et, en outre, de mille à trois mille livres d'appointements.
Les conducteurs des canots se divisaient en deux ' classes : les maîtres d'équipage, les pilotes ou timoniers formaient la première ; et les rameurs, la seconde. Ce qu'on fournissait aux pilotes et aux maîtres d'équipage, indépendamment de leurs gages, consistait en deux couvertures de laine, deux chemises, ~ deux paires de culottes longues, deux mouchoirs de cou, quatorze livres de tabac en carottes, et quelques autres petits articles. Les rameurs recevaient les mêmes objets, à l'exception du tabac, dont on ne leur donnait que dix livres. Tous cea gens étaient dés'ignés sous les noms d'hiverneurs et d'hommes du Nord. Plus de sept cents sauvages, hommes, femmes ou enfants, étaient attachés aux rameurs et nourris aux dépens de la Compagnie (1).
(1) id. . -
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Lorsqu'on s'était procuré le nombre de canots nécessaire, que les marchandises étaient emballées et que la fonte des glaces avait rendu les lacs et les rivières navigables, la flotte partait de Lachine,. à huit milles au-dessus de Montréal. Chaque canot avait dix hommes d'équipage. On y embarquait tout le bagage de ces dix hommes, soixante-cinq balles de marchandises, pesant quatre-vingt-dix livres chacune, six cents livres de biscuit, deux cents livres de petit salé et trois boisseaux de fèves.
En quittant Lachine, les canots se rendaient à Sainte-Anne, près de l'extrémité occidentale de l'île de Montr4al,où les voyageurs se trouvaient à la vue du lac des Deux-Montagnes. C'est de cet endroit seulement qu'ils comptaient commencer en réalité leur voyage, parce qu'il y avait là une église consacrée à sainte Anne, protectrice des " voyageurs."(l)
(1 ) (Passage traduit du Scottish Magazine delS^l^pour le journal ^'Institut, de Québec, par U, «7. Tessier,)
Lesr** voyageurs** canadiens sont peut-ôtre les hommes les plus intrépides, les plus infati«,'ables, et en même temps les plus joyeux et les plus courageux que l'on puisse rencontrer. Leur tâche est de conduire les grands canots dVcorce de 1 1 puissante compagnie qui fait le commerce de fourrures au Nord-Ouest ; ils partent de Montréal le prijutemps et reviennent l'automne. Quelques-uus sont engagés pour un certain nombre d'années au service de la oompa gnie dans l'intérieur du pays. Dans le voyage en montant, les
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Ce voyage, commencé dans les premiers jours de mai, se terminait à la fin de septembre, lorsque les " voyageurs " étaient arrivés au Giand-Portage, à l'extrémité occidentale du lac Supérieur. Le Grand- Portage était le rendez- vous général des hommes de la Compagnie, de ceux venant de Montréal avec les marchandises comme de ceux venant du fond du Nord- Ouest avec les pelleteries. Là on échangeait les unes contre les autres, et les deux bandes d'employés r(?prenaient la route qu'elles venaient de suivre. Il se trouvait là quelquefois mille à douze cents hommes réunis, se livrant à leur gré à l'absorption
cauots sont chargés de couvertures de laine, d'eaux-de-vie, de poudre à tirer et d'autres articles qui seiveut au trafic avec les sauvages.
Au retour, ils rapportent les fourrures qui ont été récoltées dans tous les lieux dont les envois se font sur Montréal, parce que ce port se trouve situé, quant à ces postes, plus convenablement que celui de la compagnie dans les parages de la baie d'Hudsou. Les effets ainsi transportés sont mis en ballots de quatre-vingt-dix livres pesant environ, c'est-à-dire, d'une forme et d'un {loids tels qu'un homme puisse les porter à travers les nombreux portages que rencontre .e voyageur
On fait portage, lorsqu'il y a une cataracte ou un rapide impraticable à passer, lorsqu'il faut se rendre d'une rivière à une autre, ou pour éviter, en traversant une petite langue de terre, un long détour de la rivière. Alors on décharge le canot, et l'on porte les avirons «t la charge à la place où la navigation devient de nouveau praticabk. Tour transporter les grands canots, les
des boissons fortes, ayant souvent dispute entre eux, et, cependant, montrant toujours le plus grand respect pour les agents et les associés de la Compagnie, qui étaient relativement en petit nombre et qui n'avaient aucun moyen légal de se faire obéir. Telle est la manière dont la Compagnie du Nord-Ouest a fait le commerce des pelleteries, pendant bon nombre d'années, jusqu'à ce qu'elle se soit fondue dans la Compagnie de la baie d'Hudson, en 1821, Aujourd'hui cette dernière n'a plus à redouter de opneurrenee organisée en grand ; mais le i^ommerce des pelleteries étant devenu absolument libre, les Indiens peuvent
voyageurs les chargent sur leurs épaules, U plat-bord dessous ; ils se mettent autant d'hommes qu'il est nécessaire pour le porter. Les autres portent le bagage et les marchandists, an attachant leur fardeau avec une bande de cuir qu'ils se passent sur le derant de la tête. Un petit canot, capable de contenir cinq personnes ayec leurs couvertures, fusils et équipement ordinaire, peut ôtro transporté par un seul homme.
La chasse et la pêche fournissent au voyageur sa nourriture sur Ifi route ; que ce soit du poisson, du gibier ou d'autre viande, n'importe, il la prend telle que la Providence la jette sur son chemin ; et si la Providence lui manque, il a en réserve une provisiou de pemmican ou de chair de daim séchée et préparée d'une manière particulière. Les «lélices du voyageur hont le thé et de temps en temps un coup de rhvm,. On prépai-e le thé, lorsqu'on campe pour la nuit, lorsqu'on part de bon matin, et quelquefois encore lorsqu'on se repose au Qiilieu du jour. Tout dur que soit son travail et quelque grossière que soit sa nourriture, le voyageur est
aller vendre les produits de leurs chasse où et à qui bon leur semble, et ils y ont gagné de payer leurs provisions moins cher, tout en ayant un meilleur prix de leur marchaHdise.
On serait porté à croire qu'après la chasse sans trêve et ^ns relâche qu'on a faite aux animaux à fourrures, depuis plus de deux siècles, la plupart
tin être henieuz. Il n'a ni soncis ni regret», excepté peut-être pour sa b(>lle qu'il a laissée loin dercière lui ; alors il chante sa chanson ebemin faisant, et cela, mêlé avec l'espoir encourageant de Toir •es gâtées augmentés, de jonir d'nn long repos, «t des plaiaira de la ■ooiété, dont le Canadien sait si bien nser, le fortifie et lui donne d« la yignenr daits ses pénibles voyages.
Ce pnssage alternatif d'nn travail extraordinaire àrinactivité absolue, de la i^olitnde parfaite des lacs et des rivières de l'inttrienr au commerce ordinaire de la société et de la vie la plu3 joyense, n'est pas beuuooop propre à former un citoyen sobre et pa4»ib>le. Il y a, cependant, quelque chose dans le caractère social des Canadiens qui paraîi servir de sauvegarde contre touies sortes d'iuflveuces malignes ; et le voyageur, de retour dans sa famille, ne diffère pas b<an( oup de sies frères, dont les voyages ne s'étendent pas géueraleaient au delà de l'église de la parois^^e voisine. 11 existe peut-être un peu de folle gaieté dans .son ton et dai»s ses manières, et il est souvent trop porté à Jasery et à raconter de longues histoires, au lieu d'être occupé dans le champ ou dans la grangs ;
d'entre eux ont disparu, ou, du moins, sont près de s^éteindre, ou ont émigré vers des latitudes à peu près inaccessibles, comme la baleine, qui, poursuivie de mer en mer, a fini par se réfugier dang Tocéan Glacial.
Il en est ainsi, à la vérité, pour quelques-unes des grandes espèces, telles que le bison, qui, naguère, parcourait en troupeaux innombrables les prairies de rOuest, et qui n'existe plus aujourd'hui qu'à l'état d'exception, grâce à la guerre d'extermination aveugle, insensée, stupide, qu'on lui a faite. Il en est ainsi, dans une certaine mesure, du castor,
mais ses lougnes histoires sont remplies d'incideuts touchants, et comme Baptiste est réellement d'un bon naturel, et que pour cette raison il recherche beaucoup les attf-ntious des femmes, il trouve toujours assez de gens de bonne volonté pour partager son travail ordinaire, d'autant plus qu'il est toujours prêt à rendre le même service, lorsqu'il s'agit d'exécuter quelque chose qui requiert plui que de l'intrépidiié, de l'énergie et de la résolution ordinaires. Une manière de vivre qui ferait d'un Anglais ou d'un Américain uu parfait vagabond, altère à peine le caractère moral du Canadien, et le voyageur retiré dans son village devient presque invariablement un époux très affectionné, un teudie père, un ami fidèle et dévoué, et un bon citoyen.
Le canot d'écorce du sauvage est non seulement élégant dans sa forme, mais il est encore, par sa légèreté et son faible tirant d'eau, particulièrement adapté à la navigation des rapides peu profonds de l'intérieur. Le canot est construit avec des petites planches ^ninces, ou bandes de bois de trois pouces de largeur à peu près, Ûées par d'autres bandes également minces et légères, qui vont d,e
qui, tout en étant encore relativement abondant, a dû émigrer d'un bon nombre de nos lacs et de nos rivières où il élevait jadis ses ingt^nieuses constructions. Il en sera ainsi peut-être avant longtemps de l'orignal, ou élan d'Amérique, qui est le plus grand cerf du nouveau monde. Autrefois, l'orignal abondait en Canada ; on le trouvait même fréquemment au Bud, jusqu'aux bords de Tphio. Maintenant, aux Etats-Unis, pour le rencontrer, il faut pénétrer dans les forêts les plus septentrionales, ou dans les bois que renferme le parc national de Yellowstone. Dans la province de Québec, les chasseurs l'ont petit à petit
la proae à la ponpe, ou plutôt depuis un 1 out jusqu'à l'autre bout, car les deux bouts du canot sont semblables. On recouvre cette charpente de l'écorce d'un gros arbre de bouleau, en faisant le moins de couture qu'il est possible pour le mettre dans une forme convenable. Ces écorces sont cousues ensemble avec des fibres de bois, et sont mises à l'épreuve de l'eau au moyen d'une composition de gomme résineuse préparée à cet effet, que les sauvages et les voyageurs emportent toujours avec eux pour servir r.ux réparations qui peuvent devenir nécessaires. La ch.arpente est affermie et maintenue dans sa forme par un fort plat-bord et des pièces en travers comme les bancs de rameurs d'uue chaloupe. On ne peut pas se former une véritable idée du canot sans on voir un dessin ou un modèle. La cale ou le fond est jilat, les côtés sont enflés, les plats-bords sont inclinés en dedans. La courbure eu longueur des côtés du canot est plus grande vers le centre, et diminue graduellement vers les extrémités, qui se terminent eu une espèce de proue relevée, offrant à la surface de l'eau la moindre résistance.
TeUe est la frêle embarcation, qui se briserait au moindre choc.
fait disparaître du territoire du Saguenay et des forêts qui s'étendent en arrière de Québec. Il s*est réfugié d'abord dans la vallée du Saint-Maurice, puis dans celle de la Gatineau, et enfin dans la région du Témiscamingue, où l'on en fait un véritable massacre.
** L'orignal est le roi des rumiuants fauves de l'Amérique du Nord," disait réeemuient un remarquable écrivain canadien, M. A.-N. MoQtpetit. ** Il Test par sa taille, saluasse et sa force musculaire. (1) Un panache palmé, immense, du poids de soixante à soixante-quinze livres, lui tient lieu de couronne. Autrefois il régnait sur de vastes domaines s'étendant d'un océan à l'autre, entre le 42e et le 69e degré de latitude, dont il partageait
mais dans laquelle le voyageur traverse mille rapides en sûreté. Voici comme on la conduit : chaque rameur est muni d'un léger aviron d'à peu près quatre pieds et demi de longueur, dont la moitié sert de poignée, et l'autre moitié forme le plat de l'aviron. La largeur du plat de l'aviron varie parmi les différentes tribus de cinq pouces à trois pouces et demi. Les voyageurs du Nord- Ouest préfèrent l'aviron étroit, parce qu'il est moins fatigant et par conséquent mieux adapté aux longs voyages et à un travail continu. Xe rameur tient l'aviron perpendiculairement, de manière à pouvoir le plouger directement daus l'eau, et un coup d'aviron donné avec vivacité et simultanément par tous les rameurs fait littéralement sauter le canot sur la surface de l'eau. La route du canot est dirigée par le timonier, qui se sert d'un aviron ; et l'homme placé à la tête du canot aide, suivant l'occasion, le timonier
(1) Ou en voit qui mesurent jusqu'à six pieds de hauteur à l'épaule, et qui pèsent douze cents livres. Le cou et le garrot portent une épaisse crinière. C'est un animal défiant, dont l'odorat est très développé. Le plus léger bruit lui fait prendre l'alarme.
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l'empire avec le wapiti, maintenant difiparu ou refoulé du miAûs rers les montagnes Rocheuses.
" £n dé]>it de la protection des lois; de la yigilanee des- dobsde chasse et de la sollicitude des sportsmeTi, le jour n'est pas éloigné où l'orignal disparaîtra de nos forêts, et, conservé dans uo& musées, nos neveux le consi'iéreront comme une curie site des temps passés. Une loi du Nouveau-Bmnswick, édictée il; y a quelques années, défendit la chasse à l'origual pendant quatre ans : la loi était bonne, mnis difficile à faire respecti^r. li eût fkllu toute une armée de garde>chasse diniséminés dans ]ee^boi»poQr tenir les braconniers à distance et sauvegarder le préoieuz gibier de leurs coups. Si les chasseurs du Nouveau-Bruuswick- furent intimidés par cet édit, ceux de la prov nce de Québec ne se gênèrent pas d'aller marauder sur les terrains de chasse >'e leurs voisins. Le Nouveau- Brunswick entretenait à grands frais un parc au profit des étrangers. Interdites sur ses marchés, les dépouilles des orignaux abondaient sur les nôtres. Sic vos 9Um vohiSf toujours la même histoire.
par un coup d'avirou donné en bon temps. A la vérité, en cas de danger, comme lorsqu'il se présente soudainement une pointe de rocher, ou une pièce de bois flottante, c'est au rameui* de l'avact à l'éviter. Au moyen d'un coup sec donné en côté, la marche du eanot peut être soudainemeut changée, et si le rameur de l'avant incline beaucoup la tête d'un côté, — disons à gauche, — tandis qu'en même temps l'homme de l'arrière pousse la poupe à droite, le canot peut être amené tout à coup à angle droit avec sa marche et être lancé bien loin du péril qui le menaçait.
£n remontant les courants, ces dangei*s ne sont pab gi-auds, parce que le simple arrêt des rameurs, sur le signal de l'homme de l'avant, fait prendre au canot sa route ; c'est eu descendant les rapides, c'est-à-dire en chassant les courants, qu'il y a du danger. Alors règne un lugubre silence, les voyageurs cessent de nager, rhomme de l'avant veille à tout ; le timonier a le» yeux attxtchés
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Il y ft diÇjà plusieurs années que la chasse à l'orignal a cessé d*être un métier rémunératif : nos sauvages eux-mêmes y ont pre9que entièrement renoncé. Il faut aller trop loin pour le rencontrer ; la peine emporte le profit. L'ouverture des chemins de fer Mu lac Saint-Jean et du lac Témiscnmingue a dû les faire déguerpir de ces régions, où ils vivaient par troupes assez nom- \)reuses, surtout dans les Jardina, immense terrain situé^au nord de Québec, dévasté par Tiuceiidie, abondant eu jeunes poasaes d'érable nain, et de hois barré ou bois d'orignal dont ils font leur nourriture d*î prédilection. Il en existe encore en assez gran<l nombre daiisMes montagnes du Labrador, mais les Kontagnais seuls leur font la chasse. Vers les frontières du Maine, ils sont presque eutièrement disparus." (1)
sur celui-ci, pour obéir avec célérité au moindre signal de donner un coup d'aviron soit d'un côté ou de l'autre. Le danger passé, an •ri perçant à la manière des sauvages, capable d'exciter la joie et
l {1) Toutefois, dans l'Etat de Maine, la loi protège l'élan. Une ame^nde de 109 dollars, dont la moitié est remise à celui qui dénonce le contrevenant, est infligée à toute ])ersonne surprise tirant un élan en temps prohibé. On ne peut chasser cet animal qu'en octobre, novembre et décembre.
Cette loi a facilité le repeuplement des forêts dans le Maine, où, il y a une dizaine d'années, l'élan américain ne se trouvait plus qu'exceptionnellement.
Cepeud mt, pours'emparer de la peau et des andouillers de l'élan, plus d'un chasseur s'aventure à l'affût pendant la saison où la chasse est interdite. Lorsqu'il croit qu'il sera découvert, il s'entend au sujet de la déclaration de contravention avec un ami, qni toucho la moitié de l'amende, la lui restitue et partage avec lui le butin, peau, cornes, viande, etc., dont la valeur peut être égale à^celle de la somme que le coupable a dû payer. Le chasseur a ainsi éludé la loi, s'est procuré le plaisir d'une belle chasse et de précieuses dépouilles.
l'outaouais bupéribub
Ce n'est pas tout de faire des lois, malheureusement. Il faut encore pouvoir en assurer rexécution.
le courage h un degré inconcevable pour ceux qui ne Tont jamais entendu, s'élève avec les, voix réuiii»>H des voyageurs. Avant que le cri ait ccbsé de se hiire entendre, la plus belle voix a déjà entonné 1a chan.son pur excellence des vo ageurs canadiens :
A la claire fontaine
M'en alhiut ])ro!iieuer,
J'ai trouvé l'eau si belle
Que je m'y suis baigué ;
Il y a longtemps que je t'aime,
Jamais je ne t'oublierai.
J'ai trouvé l'eau si belle Que je m'y suis b.iigné ; Sous les feuilles d'un chêne Je me suis fait sécher ;
Il y a longtemps, &c.
Sous les feuilles d'un cliône Je me suis fait sécher ; Sur la plus haute brunche Le rossignol chantait.
Il y a longteujps, &c.
Sur la plus haute branche Le rossignol chantait ; Chante, lossignol, chante, Toi qui as le cœur gai,
Il y a longtemps, &c.
Chante, roësiguol, chante, Toi qui as le cœur gai ; Tii HA le cœur à rire, Moi, je l'ai à pleurer.
II y a lougtemps, &c.
Tu as le cœur à rire.
Moi, je l'ai à pleurer ; J'ai perdu ma maîtresse, Comment m'en consoler ?
Il y a lougtemps, &c.
J'ai perdu ma maîtresse, Comment m'en conso er ?
Pour une blanche rose.
Que je lui reiusai.
Il y a longtemps, &c.
Pour une blanche rose Que je lui refusai ; Je voudrais que la rose Fût encore au rosier.
11 y a lougtemps, &c.
Je voudrais que la rose Fût encore au rosier ; Et que le rosier mêm« Fût à la mer jeté.
Il y a longtemps, &c.
l'outaouais sttpérieitr 28?
Or, rien n'est plus difficile, dans un immense pays comme le nôtre, couvert en majeure partie de forêts où un grand nombre d'Indiens, et même de Canadiens vivant de la vie des bois, n'ont pas d'autre moyen de subsistance que la chasse. Il faudrait toute une aumée de gardes-forestiers ! comme dit M. Montpetit. Reconnaissons toutefois que l'éveil a été donné, que les clubs de chasse font des efforts très louables et que les mesures prises par l'autorité, dans ces années dernières, ont eu une efficacité réelle dans un certain nombre de cas.
Ce n'est pas la chasse proprement dite qui dépeuple nos forêts, mais c'est l'extermination, fruit de la recherche effrénée du lucre et du gain :
" Depuis le premier instant que les Européeus se sont établis dans le Canada," dit le célèbre explorateur Alexandre Mackensie, à la première page de son journal, " le commerce des pelleteries est devenu de la plus grande importtuice pour cette colonie. Les fiaturelfi étaient alors en si grand nombre, qu'encouragés par les colons à poursuivre les animaux dont la fouiTure était précieuse, fls en eurent bientôt détruit l'espèce autour des nouveaux établis- «ements. Us avaient, à la vérité, fait autrefois la chasse à ces animaux ; mais ils ne tuaient que ohux dont la chair leur était uéceit^ fiaive pour se nourrir, et la peau pour se vêtir.
** Les colons ne tardèrent pas à engager les naturels qui vivaient dans leur voisiuage, à pénétrer dans Tiutérieur du pays. Quelquesuns d'entre eux accompagnèrent même souvent des partis de chasseon, et ilfl trouvèrent moyen d'accoutumer les tribus sauvages les.pkis éloignées de leurs établissements, à venir y vendre des pelleteries."
288 l'outaouais supêrieue
Il n'y a pas longtemps les castors étaient encore en grande abondance dans le pays situé autour du lac Eappewa. Depuis que les blancs y ont pénétré, et à mesure que les " chantiers " ont augmenté en nombre dans la forêt, les castors ont à peu près disparu de cette région, et l'Indien, de prospère et indépendant qu'il était naguère, y est devenu le plus misérable des hommes. Néanmoins, quoiqu'il recule toujours, au fur et à mesure que la colonisation et l'industrie forestière avancent, le castor est encore nombreux, et constitue avec la loutre, le vison, la martre et le renard, le principal appoint du commerce do ^fourrures.
Au mois de septembre, les Indiens arrivent en foule au fort de Témiscamingue. Ils viennent s'y approvisionner de munitions; de vêtements, d'effets, de victuailles de toutes sortes, puis ils partent pour leurs territoires de chasse, et on ne les revoit plus qu'au mois de mai suivant. Ils vont aussi loin qu'ils le peuvent, à la recherche des animaux, dont quelques espèces diminuent, il est vrai, mais moins encore qu'on ne serait tenté de le croire. Ce qui diminue le plus, c'est le nombre des Indiens eux-mêmes.
l'outaouais supériiur 289
Ces pauvres gens ne s'accommodent guère mieux des progrès de la colonisation que les animaux auxquels ils font la guerre pour le profit des blancs.— Avec eux disparaîtra le type le plus pittoresque, qui tranche sur la fastidieuse uniformité des populations nord-américaines. En même temps que les plus imprévoyants des hommes, ils sont les plus probes, les plus sûrs et les plus confiants. Ce caractère est celui de toutes les tribus indiennes, à très peu d'exceptions près. Mackenzie raconte que M. Pond, un des marchands anglais qui faisaient le commerce de pelleteries, en 1780, dans le pays d'Athabaska, ayant acquis, par l'échange de ses marchandises, beaucoup plus de pelleteries qu'il ne lui en fallait pour charger ses canots, fut obligé de déposer toutes celles qu'il ne put euàbarquer, dans une des cabanes qu'il avait construites pour passer l'hiver ;. et lorsqu'il y retourna Tannée suivante, il les trouva dans le même état où il les avait laissées.
En Canada, le modèle pur. excellence de l'honnêteté indienne, c'est le sauvage " tête-de-boule" qui habite le territoire du Saint-Maurice. Quoique soumis aux lois, les Indiens les ignorent ou ne s'en occupent guère ; mais ils ont entre eux certaines conventions qui les lient bien plus étroitement que ne le feraient toutes les lois du monde, et auxquelles ils obéissent bien plus
290 l'outaouais supériettr
fidèlement. Par exemple, s'il arrive à l'un d'eux de passer sur le terrain d'un autre, et qu'il y fasse la rencontre d'un castor, il peut le tuer et le manger, ai la faim le presse; mais il doit en porter la j)eau au poste le plus voisin et déclarer qu'il a tué l'animal sur le terrain d'un tel. Plus tard, le commis du poste remet à celui-ci la peau qui lui a été confiée. Cette convention ne s'applique pas à l'orignal qui est considéré comme un animal eiTant, la propriété de celui qui l'abat. Si vous êtes bon, généreux envers l'un d'eux, les sauvages le sauront tous en un clin d'œil et vous seront dévoués sans restriction ni arrière-pensée. Mais, en revanche ils n'oublieront jamais le moindre mal que vous leur aurez fait. C'est grâce à ses procédés humains, à sa droiture, à sa manière d'agir souvent paternelle envers les sauvages, que la Compagnie de la baie d'Hudson a pu tenir si longtemps sous son contrôle un aussi vaste territoire que le sien. Mais la confiance du sauvage ne s'exerce qu'au sujet des choses qui sonl à la portée de sou intelligence ; il se refuse absolument à croire ce qu'il ne comprend pas, ce que ne lui atteste pas le témoignage de ses yeux, ou de la tradition ou des notions communes. M. Kankin, facteur de la Compagnie de la baie d'Hudson au Témiscamingue, nous racontait, lors de notre passage, qu'il n'avait jamais pu faire entrer dans la tête de plusieurs Indiens
qui récoutaient, qu'il avait parcouru soixante-dix milles en trois heure». L'idée de chemin de fer était beaucoup trop compliquée pour Tintellect de ses auditeurs, qui n'auraient jamais pu imaginer que leur Manitou lui-même fût capable de conduire une locomotive.
Un spectacle curieux, et qui donne la mesure de la nature enfantine des Indiens, c'est leur arrivée au post^ après leurs longues courses d'hiver à travers lea forêts. Il faut les entendre raconter ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont fait, et leurs fatigues et leurs privations et leurs longjj jeûnes, et les histoires, toutes plus puériles les unes ^ue les autres, qu'ils ont recueillies do chemin ou dans lesquelles ils ont figuré euxlaômes^ la plupart du temps d'uue manière un peu joerveiHeuse, bien entendu ! Au fur et à mesure qu'un nouveau canot arrive au poste, tous les sauvages qui sont déjà arrivés accourent au-devant de lui, et alors recommencent les mêmes histoires, aug* xxk^atées de celles qu'apportent les derniers arrivés. Ce sont des joies, des rires, des étonnements, des exalamîitions, des pantomimes les plus expressive», à propos des plus petits incidents, des épisodes ou des hasards les moins dramatiques. Le commis du poste l€ur donne à chacun une *'torquette" de tabac et use pipe ; ils allument un grand feu sur le rivage, s'asseoient autour, les jambes croisées, et prolongent
jusque bien avant dans la nuit les récits auxquels ils t'amusent et s'intéressent comme font les enfants aux contes de leurs bonnes. Le lendemain, ils vont faire leurs emplettes au magasin du poste. Ce magasin est bien, en vérité ce qui peut leur convenir le mieux. On y voit toute espèce de choses, jusqu'à des peaux de lapins noirs, la plus grande des raretés. On y trouve les Euticles de confection les plus variés, tous d'excellente étoffe, et des couvertures de laine qui se vendent douze dollars la pièce, et sont fabriquées spécialement et uniquement pou^^ la Compagnie de la baie d'Hudson. Les Indiens achètent tout ce qu'ils peuvent avec le produit des peaux qu'ils ont apportées. Ils font emplette des étoffes les plus belles et les plus coûteuses, ainsi que des «plus riches flanelles pour les^ doubler. Eien n'est trop beau pour eux. Ils brûlent de pouvoir dire à leurs aquawa, en les revoyant au wigwam, qu'ils leur apportent ce qu'il y avait de plus cher et de plus éblouissant dans le magasin, en même temps que ce qui les rendra magnifiques eux-mêmes, au jour de la grande fête annuelle. C'est là le seul plaisir que ces pauvres gens ont pendant toute l'année ; mais voilà que cela même va disparaître bientôt devant la marche de la civihsation, comme ont disparu du sol de l'Amérique des nations entières d'Indiens, dont on ne trouve plus le souvenir que dans les^romans de Fenimore^Cooper.
Le fort de Témiscamingue, noua l'avons vu cidessus, a été fondé il y a cent trente ans. Il a toujours été un poste très important, à la tête de douze petits postes intérieurs, jusqu'à ce que M. Eankin ait, en 1883, transporté à Mattawa le quartier général du district de Témiscamingue. Nous disons ** district," parce que c'est là le nom que la Compagnie de la baie d'Hudson donne aux divisions régionales de son immense territoire. Dans chaque division, il y a un quartier général où demeure le facteur de la Compagnie, et auquel se rattachent un certain nombre de postes secondaires établis dans la division. C'est ainsi que se trouvent compris dans le district de Témiscamingue la sous-division d'Abbitibi, celle du Grand-Lac, celle du lac Barrière, celle du lac Témogami, etc., toutes 'contenant des postes ou ** forts" rattachés à l'établissement principal, sous la surintendance du facteur, qui est un des oJBBciers supérieurs formant le conseil de la Compagnie de la baie d'Hudson. (1)
(1) La Compagnie de la baie d'Hudson "possède près de cent cinquante établissements ou postes qui nécessitent un personnel de 25 facteurs, 27 commis principaux (chief trad rs, ce que l'on pourrait traduire par "directeurs des achats"), 152 commis ordi-
Depuis la construction du chemin de fer du Pacifique, la malle s« rend au Témiscamingue une fois par semaine. Avant cette époque et jusqu'à l'année dernière, c'était le commis du fort qui recevait la malle et qui distribuait les lettres dans les différents postes du district. Il préparait aussi la malle de Moose-Factory, où se trouve le dernier bureau de poste de la Compagnie, dans le nord, et l'expédiait trois fois par année, le printemps, l'automne et rhiver, par des hommes qui faisaient cette course de trois cents milles à la raquette. Chemin faisant, le courrier laissait une partie de sa malle au fort Abbitibi, qui est à cent milles environ de celui de Témiscamingue. (1)
Depuis Tannée dernière, il a été établi un bureau de poste à la baie des Pères, spécialement pour les résidents de l'endroit et les colons des cantons avoisinants.
iiaireB, 1200 employés et serviteurs de toute déuominatioD, outre un certain uouibre d'hommes qu'elle emploie à des expéditioMS particulières, circoustauce tjui se renouvelle tous les ans.
(1) La factorerie de Moose est situt e à l'extrémité méridionale de la baie de Jam'.*s. Elle est le principal t ntrepôt de la Compagnie, dans toute la région qui s'étend entre la baie d'Hudson et les lacs du nord de la pioviuce de Québec.
C'est <!e là, ainsi que de la factorerie d'York, à Tembouchure lie la rivière Nelson, .sur la baie, que la Compagnie expédie eu Europe, deux fois par année, ses riches cargaisons de pelleteries.
Jadis, le territoire autour du fort, jusqu'à une certaine distance, avait, dans les documents officiels et sur la carte du Canada, le nom de "canton" de Tëmiscamingne, comme on peut le constater sur une carte de 1853, cqnservée au poste, et portant la rubrique : Township of Temiscamingy Area : 67,520 acres. Crown Lands Department^ Toronto, — ce qui, traduit en français, signifie : Canton de Témiscamingue ; superficie, 67,520 acres. Département des Terres de la Couronne, Toronto. (1)
(1) Toronto était alors, alternativement avec Québec, la capitale des denx provinces du haut et du bas Canada, réunies sous un seul gouvernement. Aujourd'hui, ces deux provinces, faisant partie, à Texception de l'î e de Terreneuve, d'une confédération qui embrasse toute TAmérique britannique, portent respectivement les noms de province de Québec et de province d*Ontario.