‹ L'Outaouais supérieurChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TOPOGRAPHIE ET HISTOEIttUE DE TOUTAOUAIS SUPÉEIEUR

Le lac Témiscamingue est le plus grand et le plus profond de tous les lacs qui' se trouvent sur le cours 'de la rivière Outaouais.

Il est situé sous le 47^ degré de latitude nord et s'étend sur une longueur de soixante-quinze milles, sans aucun obstacle quelcohqne pour les bateaux, mênae de fort tonnage, depuis remboucbure de la rivière Blanche, du côté ouest, et celle de la rivièie des Quinze, du côté est, à son extrémité supérieure, jusqu'à sa décharge dans le rapide du Long-Sault, à son extrémité inférieure.

Ce lac, dont le nom signifie en langue indienne "eau profonde," est le grand réservoir de TÔutaouais supérieur. Il reçoit les eaux de plus de dix-

148^ l'OUTAOUAIS SUPÉRIEim

huit millions d'acres carrés. On le divise généralement en deux parties, réunies entre elles par une étroite passe ou rétréci que les Anglais appellent "The Narre ws"; c'est là que se trQuvent les deux établissements de la mission des Oblats et du fort de la compagnie de la baie d'Hudson.

La partie supérieure, qui a bien plus que l'autre la physionomie proprement dite d'un lac, a une longueur d'environ vingt-quatre milles. Sa largeur, qui atteint six ou huit milles, apparaît échancrée de baies et bordée de rivages qui saillent çà et là, sous forme de promontoires hardis et de falaises plus ou moins escarpées et abruptes.

Les deux plus grands tributaires du lac, qui sont la rivière Montréal et la rivière Blanche, parcourent tous deux la côte occidentale, dans la province d'Ontario, tandis que la Kippewa et la Loutre coulent à l'est, dans la province de Québec.

La rivière Montréal, l'affluent le plus considérable en étendue et en volume, prend sa source à la ligne de partage des eaux, vers le 48® degré, court environ soixante milles vers l'est, soixante autres milles dans la direction du àud-est, et se décharge par plusieurs embouchures vers le milieu du lac, à douze milles plus bas que la Mission.

De récentes explorations ont fait découvrir qu'il y avait, entre- la ligne frontière des deux provinces

d'Ontario etde Québec et la rivière Montréal,, toute une contrée à peu près inconnue, qui ne renferme pas moins de mille milles carrés d'un sol avantageusement cultivable.

On y voyait naguère d'admirables forêts de pins, mais, depuis 1866, des incendies répétés les ont presque entièrement détruites.

La rivière Blanche arrose une étendue de terre argileuse de près de six cents milles carrés, équivalant à douze cantons de cinquante milles chacun en superficie ; c'est la plus grande éteudue arable, en une seule section, de toutes les parties de la province d'Ontario non encore colonisées.

Cette rivière, qui tire son nom de la couleur trouble de ses eaux, est navigable jusqu'à trente milles de son embouchure, à travers un pays plat, dont le sol a été reconnu excellent, partout où l'on a poussé les explorations. Ce pays constitue le bassin propre- " ment dit. Il n'a pas encore de délimitation bien précise ; mais on peut considérer en général son climat comme analogue à celui des bords du Saint-Laurent.

Ajoutons qu'il est couvert de vigoureuses forêts de bois durs, mais entièrement dépourvu de pins, à l'exception de quelques maigres bouquets que l'on en trouve sur les bords d'un lac où la rivièie prend sa 'source, à la **-hautear des terres." Mais là où la "rivière débouche dans le Témiscamingue, près de la

ligne frontière des deux provinces, le pin croît encore en abondance.

Lari^iè^e Blanche, dont rembouchure forme un véritable delta, a une largeur moyenne de trois cent cinquante pieds, et est navigable, même aux basses eaux de l'été, pour des bateaux d'une capacité moyenne. Au printemps, elle déborde et submerge les îles situées à son embouchure, et, durant tout l'été et l'automne, elle tient presque noyées sous ses eaux de vastes et riches prairies de foin naturel. Ce foin est la principale nourriture des chevaux et des quelques bêtes à cornes que possèdent les rares colons de l'endroit. De même que les Indiens, ceux-ci le coupent en août et en septembre, Tentassent sur les lieux, et, l'hiver venu, le transportent à leurs demeures respectives.

La rivière Blanche contient bon nombre de cascades et de rapides 4 ni peuvent être utilisés comme moteurs hydrauliques. La vitesse de son courant varie suivant les différentes époques de l'année : en juillet, elle atteint deux milles par heure tandis qu'en septembre, époque des basses eaux, elle ne dépasse pas un mille.

La rivière abonde en poissons d'espèces recherchées, tels que le brochet, l'anguille, le poisson blanc et le brocheton. L'orme, le bouleau, le frêne, l'épinette rouge, l'épinette blanche, la plus belle de

toute la province d'Ontario, le cèdre et jusqu'à l'érable et au chêne, lui font, des deux côtés, une bordure de forêts, où vivent et se multiplient, loin de la poursuite de l'Jiomme, les orignaux et les caribous, ces fauves majestueux, élancés, rapides comme le vent, qui restent encore, après des chasses acharnées, les derniers grands hôtes de nos bois.

Le pays situé à Test du lac, dans la province de Québec, forme une admirable série d'ondulations, sans montagnes, sans rochers, où croissent le pin blanc, l'épinette, le cèdre, le sapin, le tremble et le bouleau. I)e loin en loin, on y trouve aussi des érables et des merisiers, par groupes clair- semés et solitaires. Ces ondulations, qui s'étendent sur des centaines de milles, offrent le plus beau champ possible à la colonisation, outre que le climat y est moins rigoureux et plus uniforme que dans beaucoup d'endroits situés sur les bords du Saint- Laurent.

Il faut remarquer que la région du Témiscamingue est à peu près sous la même latitude que celle du lac Saint-Jean, et que plus on avance vers l'ouest, moins la rigueur du climatise fait sentir. Le printemps y

152 l'outaouais supékieur

commence d'aussi bonne heure qu'à Trois-Kivières, et l'automne y finit aussi tard. Les fermes qui ont été ouvertes jusqu'à présent, sur les bords du lac, produisent toutes sortes de légumes et de céréales ; et, à l'embouchure de la Loutre, les marais formés par les.sédiments que charroie cette rivière, donnent naissance à de superbes prairies de foin sauvage, semblables à celles qui se trouvent à l'embouchure de la rivière Blanche.

C'est ici, disait le Père Paradis, un vaste pays de colonisation, ^ reufermaut non seulement quelques cantons, mais à vrai dire loute une province de bonne terre. Ordinairement, le touriste qui remonte d'Ottawa, voyageant depuis Pembroke entre des masses de granit, de gneiss de formation laurentienne ou huronieune, s'imagine 'qu'il ne doit y avoir qu'une succession non inteiTompae ^de montagne bouleversées et de rochers déuudés, jusqu'au pôle nord. En admirant les points de vue de Téoiiscamiugue, dignes des Alpes et de la Suisse, il ne soupçonne pas qu'à UM mille du rivage, quelquefois à cinq ai^ieuts, se trouve u-U ao^ uni, aussi fertile, aussi facile aux travaux de la culture que celui des environs de Montréal.

Du reste, en dehors de sa situation géographiq|ue, il ne faut pas oublier que le climat d'une contrée dépend de circonstances nombreuses qui, toutes, influent sur sa. production. Un long été, par exemple, n'active pas plus la production et la maturité des végétaux qu'un été plus court, avec une atmosphère plus pure et plus brillante. Ainsi, dans tout le Dominion, les côtes ;le la mer, in'i Tété est le plus long; demandent d'autant plus de temps pour la maturité

des céréales, qu'elles sentent moins les rayons du soleil et que l'atmosphère y est moins nette et moins claire. Au point de vue du climat, Gaspé et le lac Saînt-Jean sont aussi propres à la culture des grains que le Nord-Ouest. Pour le prouver, il suffit de dire que certaines plantes, qui veulent plus de temps pour mûrir que les grains, mûrissent très bien autour des lacs Saint-Jean et Témiscamingue. Les gelées d'été n'y sont pas plus fréquentes que dans certaines parties d'Ontario. Du reste, ces gelées se produisent dans les bas-fonds et non dans les terrains bien exposés, et les plantes que l'on trouve jusque dans le voisinage de la baie d'Hudson, indiquent que le climat n'y est pas plus rigoureux qu'à Québec.

Le gouvernement de la province d'Ontario à si bien compris l'importance et la valeur d'une région comme celle du Témiscamingue, que, depuis plusieurs années, il n^ cesse de faire tous ses efforts pour y développer la colonisation. L'année dernière encore, il a fait délimiter et arpenter en partie huit cantons nouveaux à la tête du lac. Il avait déjà agi de la même manière à l'égard des vastes territoires connus respectivement sous les noms de Muskoka, de Parry-Sound et de Nipissing. Avant l'adoption de " l'Acte des terres gratuites," passé immédiatement après la Confédération, ces territoires n'étaient qu'une immense solitude ; aujourd'hui on y compte

au delà de cent cantons. A Torigine, il ne s'y trouvait pas un seul habitant ; à l'heure actuelle, la population dépasse quarante mille âmes, et elle envoie des représentants aux deux chambres, fédérale et provinciale.

Pour ouvrir et coloniser la région du Témiscamingue, les habitants de North-Bay, (endroit situé sur le lac Nipissing, où il n'y avait pas une âme il y a quatre ans, et qui en renferme aujourd'hui sept à huit cents) ont songé à la construction d'un chemin de fer.

Le 2 février dernier, ils se sont réunis en assemblée, et ont adopté une série de " résolutions " pour engager le gouvernement d'Ontario à construire une voie ferrée depuis North-Bay, qui est sur le parcours du Pacifique canadien, jusqu'aux bords du lac Témiscamingue et de là jusqu'à la baie de James, laquelle forme l'extrémité inférieure de l'immense mer du Nord appelée baiie d'Hudson.

Si ce projet reçoit son accomplissement, la région du Témiscamingue se trouvera avoir, dans un avenir prochain, deux voies communiquant avec le chemin de fer du Pacifique : la route de Mattawa, moitié par chemin de fer et moitié par eau, et la route projetée de North-Bay, par chemin de fer.

La sortie du lac Témiscamingue, en remontant rOutaouais, s'opère par la rivière des Quinze, nom qui lui vient de quinze rapides en succession <iui forment la majeure partie de son cours, et qu'elle a donné à son tour au lac si irrégulièrement et si singulièrement formé d'où elle s'échappe.

Le lac des Quinze, de même que le lac Témiscamingue, n'est autre chose, on le sait, qu'un élargissement de rOutaouais, Il en est ainsi du vaste lac Migizowaja, situé plus haut, d'où, en remontant toujours rOutaouais, après avoir fait portage le long de plusieurs rapides, on arrive à la branche sud-est de la rivière Abittibi, un peu en deoà du 48e degré de latitude. C'est de ce dernier point qu'on se met en route pour les grands lacs Abittibi, qui se rencontrent à peu près au tiers du chemin entre le lac Nipissing et la baie de James.

Cette route âpre, pénible, interceptée par des marais et des savanes, qui se fait, tantôt à travers de grandes étendues de forêts, tantôt le long des cours d'eau, coupés de rapides, qui servent de traits d'union entre les différents lacs, n'est guère connue

encore de nos jours et n'a guère été suivie que par les BLissionnaires et les chasseurs indiens.

En ligne droite, on compte, entre le lac Témiscamingue et les lacs Abittibi, environ quatre-vingts milles, à travers un pays légèrement montueux et en général ondulé, dans lequel de nombreux petits lacs, semés de tous côtés, partagés eux-mêmes en maint et maint chenal par les îlots qu'ils renferment, constituent de véritables labyrinthes.

La plus grande partie de cette région a été ravagée par le feu et est couverte d'une seconde pousse.

Le sous-sol est formé d'argile bleue portant une couche plus ou moins épaisse de terre végétale. Au reste, toute cette vaste contrée qui s'étend au nordouest de notre province, jusqu'au 50e degré de latitude, et, de là, dans tout le nord de la province d'Ontario, jusqu'au lac Supérieur, embrassant près de trois degrés de latitude et une profondeur de plus de deux cents milles, est caractérisée par la formation argileuse inférieure, indice d'une terre fertile, qui est restée seule intacte, alors que les feux de forêts avaient brûlé et desséché tout le sol qui la recouvrait. C'est grâce à elle si le pays n'a pas été complètement stérilisé, et si, chaque fois qu'on y a fait des essais de culture, les résultats obtenus ont émerveillé ceux qui croyaient toute culture impossible au delà d'une latitude déterminée.

Ce que Ton redoute le plus, ce sont les gelées, et Ton croit que les gelées suivent un développement graduel et régulier, au far et à mesure qu'on avance vers le nord. Mais les gelées dépendent en grande partie de la nature du terrain, et les terrains argileux y sont plus exposés que les autres, parce qu'ils sont froids et humides; mais aussi, Ton peut les y combattre plus aisément par le drainage. C'est ainsi qu'on a combattu, dans les grands comtés de Grey et de Wellington, les gelées très fréquentes, à l'origine de ces établissements, et maintenant elles n'y sont plus à redouter. Il en sera de même dans toute la contrée qui s'étend au nord des lacs Nipissing, Témiscamingue et Abittibi, jusqu'à la baie de James ellemême. Tous les récentes explorations s'accordent à reconnaître l'excellence de ce pays, dont on compare le climat à celui des environs de Montréal ; et, quant à sa richesse forestière, elle doit être énorme, puisque l'exploitation des bois ne s'y est pas encore exercée.

Dans le pays qu'arrosent les tributaires de la baie d'Hudson et que la province d'Ontaiio réclame, on voit d'immenses forêts d'épinettes, de tamaracs et de bouleaux. Sans doute, avant longtemps, le chemin

de fer en apportera des quantités considérables de bois, tirées principalement de la région appelée " le plateaux argileux du Nord," où se rencontre fréquemment de la terre arable d'excellente qualité et où Ton trouve en outre des gisements de houille, plus particulièrement dans le bassin inférieur de la rivière Moose ou de TOrignal.

Quant au pays situé entre la limite nord de la province de Québec et la baie d'Hudson, quoique le pin y pousse jusqu'à vingt milles au delà de la limite, vers les portages qui aboutissent au lac Abittibi, il renferme beaucoup moins de bois de commerce et de terre propre à la culture. On attribue ce fait à ee que les belles forêts qui bordent les rivières, principalement au nord du lac Abitdbi, ont souvent moins d'un mille de profondeur, et qu'au delà tout le terrain est couvert de tourbières d'une grande épaisseur, l'humidité du climat y étant très favorable au développement des plantes dont la décomposition produit les tourbières et en • épaissit graduellement les couches. L'énorme quantité de combustibles qu'elles accumulent peut donner à ces tourbières une valeur incalculable, d'autant plus que ce combustible se vendrait aisément dans nos villes, à des prix modérés, pour l'usage domestique ou pour de nombreux travaux industriels ; d'autre part, le sol qui s'étend au-dessous de ces tourbières,

étant naturellement rétentif et résistant, donnerait, aussitôt mis à découvert, de fortes récoltes de foin et d'avoine, d'orge et de sarrasin, comme le sol que l'on a affranchi des tourbières de '" Blair-Druminond ", en Ecosse.

Mais la quantité de bois que cette région pourra produire, à quelque période future que ce soit, sera toujours bien moins considérable que celle que donnera le territoire réclamé par l'Ontario. (1)

On trouve le pin blanc et surtout le pin rouge disséminés sur toute la surface du sol entre le Témiscamingue et les lacs Abittiti. De même, Tépinette blanche, le merisier et le cèdre y sont en assez grande quantité et de bonne taille. L'érable ainsi que la plaine se voient encon». à la tête du lac Témiscamingue, mais ne dépassent pas cette limite.

L'arbre le plus abondant de cette région, au nord de la limite de l'érable, c'est le tremble, suivi de près

(1) NoDs n'avons que des notions très rudimentaires sur la con, trée à Test des lacs Abittibi, et sur la vallée de la rivière Hurri cauaw, dont les sources prennent naissance au-dessous du 48e parallèle, à moins de dix milles au nord du lac Victoria. Il serait fort à désirer qu*uue exploration fût faite du cours de cotte rivière et de la vallée qu'elle an ose, puisque ce cours commence à vingt milles au sud de celui de l'Abittibi où l'on a trouvé eu abondance de belles forêts de pins. On poui rait aussi peut-être exploiter le cuivre, M. Richardson, de la Commission géologique, y ayant découvert un gisement de ce minerai, dans la partie est de la région.

1 60 L'oUTAOUAIS SUPÉRraUR

par le bouleau, Tépinette et le baumier du Canada. On trouve encore, mais rarement, l'orme et le frêne dans les bas-fonds qui s'étendent jusqu'aux lacs Abittiti.

Ces lacs, auxquels on a donné respectivement les noms de " Lac supérieur " et de " Lac inférieur, " n'eu sont à proprement parler qu'un seul, dont les deux sections sont reliées entre elles par une étroite passe.

Le lac Abittibi, dirons-nous, pour être plus court, s'étend de l'est à l'ouest, au nord du 48e parallèle, iur une longueur de cinquante-cinq milles et une largeur variant de cinq à quinze milles. C'est un lac peu profond, boueux, rempli d'îles et entouré de vastes marais, où s'abattent en passant d'innombrables volées d'outardes, dans leurs migrations d'automne vers le sud.

Le caractère physique et géologique de cette contrée est à peu" près le même sur toute sa surface. Partout pays de montagnes ne s'élevant qu'à une faible hauteur, terrain ondulé, formation granitique et* roches éruptives ; mais les étendues de terre arable sont considérables. A mesure qu'on avance vers le nord, le sol renferme plus d'éléments productifs. En certains endroits, la terre végétale, qui recouvre le fond uniforme d'argile bleue, atteint une épaisseur de trois à cinq pieds, comme on peut le voir à cent cinquante milles même au delà du Témiscamingue, sous le 50e degré de latitude.

l'outaouais supérieor 161

A rextrémite occidentale du lac, débouche la"rivière Abittibi, qui a une largeur moyenne de trois arpents. Tin courant très vif, des chutes et de nombreux rapides qui nécessiteift autant de portages. De chaque côté de la rivière, sont les territoires de chasse des Indiens, autour de petits lacs et le long de petits cours d'eau. Pour se reconnaître, se guider eux-mêmeg et guider les autres chasseurs qui viendront après eux, les Indiens ont imaginé une sorte de sténographie imagée, représentant des animaux dans différentes attitudes, qu'ils dessinent sur des écorces de bouleau fixées à des bâtons plantés en terre. Ces caractères sauvages sont parfois très ingénieux, et même assez compliqués pour que les missionnaires du Nord croient nécessaire de les enseigner aux petits Peaux-rouges qui vont aux écoles établies dans les différents postes de la compagnie de la baie d'Hudson.

L'embouchure de la rivière des Quinze, est à 612 pieds au-dessus du niveau du fleuve devant la ville des Trois-Eivièies ; et'celle de la Mattawan, située cent vingt milles plus bas, est à 250 pieds au-dessus de ce même niveau. Il y a donc, entre la tête du lac Témiscamingue et la Mattawan, une descente de quatre-vingt-douze pieds, qui s'effectue par les rapides du Long-Sault, de la Montagne, des Erables et de la Cave.

162 l'ouïaouais supérieur

Les eaux du lac, très hautes au printemps, baissent de huit ou dix pieds jusqu'au mois de septembre, et les pluies d'automne n'en augmentent guère le volume. D'après M. Proudfoot, géomètre d'Ontario, le niveau du Témiscamingue s'est élevé *de trois pieds dans le cours des quatorze dernières années. " Certains endroits de la rive, dit- il, où naguère on coupait le foin, sont aujourd'hui submergés, du commencement à la fin de la belle saison. Comme je ne saurais témoigner de la valeur scientifique des raisons qu'on 'm'a données de ce fait sur les lieux, je m'abstiens de les consigner dans mon rapport."

L'éden du Témiscamingue, comme disait le Père Paradis, c'est sa partie supérieure, là où débouchent la rivière Blanche et la rivière des Quinze, celle-ci entre des rivages aux molles et fléchissantes ondulations, chargés des sucs les plus généreux de la terre et offrant aux colons les plus riants et les plus attrayants aspects ; l'autre, comme l'eau qui s'échappe d'une urne trop pleine, coule à travers des prairies à moitié submergées, lourdes de leurs grasses aouches d'alluvion, et flottantes, pour ainsi dire, comme des champs d'algues que Tonde recouvre et redresse tour à tour, dans un mouvement uniforme et cadencé.

Ah 1 la belle et luxuriante terre promise aux colons de l'avenir, et cx)mme on songe en la contemplant, avec une amère et douloureuse mélancolie, à toute

ai >

Q ûi

cette vaillaato et vigoureuse jeunesse canadienne qui déserte ses foyeis et s'en va consumer sa force dans les fabriques américaines ! Comme on déplore de ne pas la voir venir ici plutôt se déployer en liberté et conquérir en peu d'années , sans trop de peine, cette aisance heureuse, cette plénitude bénie de toutes les choses nécessaires qui fait les peuples contents de leur sort autant que modestes dans leurs désirs, peuples laborieux, honnêtes, capables de soutenir les plus rudes épreuves aux jours fatals, parce qu'ils ont conservé toute leur vigueur, parce que rien n'a altéré en eux ni les sources vitales de l'énergie, ni cette abondance de jeunesse qui accompagne jusque dans la maturité les peuples bien formés et bien constitués !

De quelque côté qu'on tourne les regards, sur les profondes et fertiles étendues que baigne le Témiscamingue, dès qu'il commence à écarter au loin ses rives et à s'élargir en liberté, au sortir de l'étroit et tumultueux cours de la rivière des Quinze, on ne voit nulle part de montagnes, de brusques saillies du sol, de reliefs fortement accentués, mais une longue ondulation de prairies alternant avec des coteaux délicatement^ esquissés, surmontés au loin de plateaux qui étendent leur large surface jusqu'aux dernières limites de l'horizon.

164 1,'OUTAOUAIS SUPÉRIEUK

Lorsqu'en remontant le Térniscamingue^ on arrive à la rivière des Quinze, on longe la " Eéserve des Indiens," territoire fédéral où un groupe de Tancienne tribu des Algonquins possède un petit village et cultive une étendue de terre déterminée, que le gouvernement a fait diviser en lopins pour chaque famille séparément.

La dimension de la réserve est d'environ 38,400 acres. C'est là exactement, un peu au-dessus de la rivière Blanche, par 47^ 37'i de latitude nord, que se trouve la ligne frontière entre les deux provinces de . Québec et d'Ontario.

Pendant plus de quatre milles, depuis son embouchure jusqu'au premiev rapide qui l'intercepte, la rivière des Quinze est navigable, et assez profonde même pour qu'un grand bateau à vapeur puisse raser presque le rivage. De chaque côté, le terrain,, diversement et gracieusement accidenté, présente un asj)ectdes plus pittoresques, qui rappelle, à s'y méprendre, le ravissant paysage de l'embouchure de la Mistassini, au lac Saint- Juan.

A sa droite, on a la rive orientale, où croît une •forêt épaisse et où se dressent lentement des coteaux, portant un sol végétal rempli de promesses, A gauche, se trouve la " réserve des Indiens," où s'élève, sur une petite hauteur, tout près de la rive, l'école ?^auvage destinée à donner les premiers rudiments de l'éducation à ces grossiers enfants de la nature.

C'est, au moins, un spectacle peu commun et des plus piquants, à coup sûr, que cette école de sauvages fondée par des blancs là où les blancs ont encore à peine pénétré. Au confins déserts d'une province immense, dont pas même la centième partie n'est habitée, au delà d'une f(*gion à peu près inconnue, où de rares colons se sont dressé à la hâte un abri précaire, au do là de l'immensité en apparence infranchissable des for^Us, des lacs^ des vallées mystérieuses et des plateaux à perte de vue, au delà des plus lointaines retraites, inaccessibles jusqu'ici à tout contact du dehors et à toute civilisation, on découvre — alors que le voyageur perdu dans sa pensée, cherche le secret de ces étranges courants qui portent et disséminent les hommes sur tous les points du globe — on découvre une école de sauvages organisée, agissante, bien réelle, de véritables petits Peaux-rouges qui s'y rendent tous les jours, qui s'y tiennent assis sur des bancs pendant des heures entières, et qui

écoutent un maître leur enseignant à trouver un sens dans des signes tracés les uns à côté des autre» sur une ardoise, et à former eux-mêmes d'autres sens avec d'autres signes, sans le secours de la parole ou du geste !

C'est là le prodige, c'est là le triomphe de l'enseignement chez ces natures primitives, grossières, rebelles à toute idée abstraite, incapables de voir dans les signes autre chose que l'image exacte, q^e la représentation rigoureuse de ce que l'on veut exprimer. Des signes, qui ne sont que de convention, dépassent l'intelligence commune des Indiens, lesquels ne comprennent absolument que ce qui tombe sous les sens. La sphère de leurs idées étant très étroite, bornée à ce qui les entoure immédiatement, sans qu'ils puissent rien soupçonner au delà, il en résulte que leur langue est nécessairement peu étendue, et cependant elle est très riche, très imagée, tellement susceptible, dans son état rudimentaire, de recevoir toutes les euipreintes, qu'on peut lui trouver des mots pour exprimer jusqu'aux plus subtiles nuances des choses.

Dans un voyage qu'il a fait l'année dernière, l'auteur de ce livre a visité l'école sauvage du lacTémiscamingue. Il y a compté vingt et un élèves, dont la plupart pouvaient lire et dont plusieurs écrivaient passablement. Il a été surpris de leur prononciation,

l'outaouàis supébieuk 167

d'autant plus qu'ils ne parlent que leur langue et ne lisent que machinalement Tanglais, sans rien comprendre aux mots qu'ils profèrent. On ne songe donc pas à leur faire d'inutiles questions, et l'on se demanderait quel peut être le résultat d'un enseignement aussi forcément limité, si l'on ne savait que l'école est le meilleur instrument de civilisation, et que le seul fait de réunir les enfants, pour des exercices et des efforts communs, est le premier et le plus sûr moyen de les habituer à Tidée d'une vie sociale supérieure au simple groupement des individus.

C'est depuis une couple d'années tout au plus que les commerçants de bois ont poussé leurs bandes destructrices jusqu'au pays des Quinze. Avant 1885, ils n'avaient guère dépassé la région du lac Kippewa ; aujourd'hui, leurs concessions de coupe atteignent la igné de partage des eaux. Même, afin d'éviter les rapides des Quinze, où le flottage est difficile, on parle de pratiquei un canal, en s'aidant du cours de quelque rivière, depuis la tête des Quinze jusqu'au lac Témiscamingue. Il paraît que des arpenteurs du gouvernement sont allés explorer le terrain dans ce but.

Ce qui est certain, c'est qu'avant longtemps l'exploitation forestière se concentrera surtout dans la région des Quinze, de sorte que l'embouchure de cette

168 l'ouiaouais bupérieur

rivière deviendra un poste des plus avantageux et de la plus grande importance.

Lorsqu'après être parvenu à la hauteur du lac Témiscamingue, on veut rebrousser chemin et descendre rOutaouais, on passe devant la *< réserve des Indiens," puis devant l'embouchure de la rivière Blanche, en suivant un chenal étroit et peu profond, le long de prairies à fleur d'eau. On laisse, à sa droite, la pointe Wabee, riche en excellente pierre à chaux ; on dépasse, à gauche, l'embouchure de la Loutre et l'île de M. Bonaparte- Wyse, à laquelle on a donné le nom de Sainte-Hélène ; on longe les emplacements que se sont réservés sur le bord du lac les actionnaires de la future colonie française, et l'instant d'après, on est tout surpris de voir le bateau accoster doucement le long d'un petit quai naturel, formé de roches de granit qui semblent s'être placées les unes à côlé des autres avec une symétrie préméditée. Au bout de ce quai, l'on descend sur une espèce d'appontement, en forme de chevalet, qui a été installé pour faciliter le débarquement des voyageurs, depuis qu'un bateau à vapeur parcourt le Témiscamingue.

Tout le paysage, depuis le rapide des Quinze, n'a fait que glisser comme un rêve sous les yeux, et le voyageur se trouve déposé sur une petite pointe de rochers granitiques qui s'avance d'une centaine de pieds tout au plus dans le lac, et, devant lui, flotte et se déploie au loin un orbe de forêts et de coteaux aux nuances mobiles, vaste panorama d'une grâce de contours exquise et d'une majestueuse harmonie.

C'est ici la pointe Piché, fameuse parmi les chasseurs et les Indiens, à cause de l'homme qui lui a donné son nom, le père Piché, type le plus parfait de ces traiteurs d'autrefois qui s'aventuraient seuls jusqu'aux dernières limites habitables du nord, et y vivaient des années entières, sans communion possible avec leurs semblables et n'ayant de rapport, deux fois l'an, qu'avec les Indiens en route pour les pays de chassa», et à leur retour, aux premiers jours du printemps.

Mais le père Piché, lui, n'était pas seul, contrairement à l'antique usage. Il avait une femme pour remplir les longues et accablantes heures de la solitude. Petit à petit les enfants, augmentant en nombre et grandissant tour à tour, avaient formé une famille qui était tout un petit monde dans le désert. L'ancienne chaumière, qui n'avait été d'abord qu'un abri contre les rigueurs des saisons, b'était transformée insensiblement en une demeure de campagne seui-

170 L'OUTAOUAia SUPÉRIEUR

blable à celles des bords du Saint-Laurent, grande, bien divisée, bien aménagée, confortable, offrant les images et les ressources de la civilisation.

Relativement enrichi par son commerce de fourrures avec les Indiens, le père Piché avait réussi à faire donner une éducation complète et parfaite à quatre de ses filles, dont les deux dernières, qui liabitent encore aujourd'hui le toit paternel, en charment et ennoblissent l'intérieur, par l'hospitalité affable, la courtoisie digne qu'elles exercent envers l'étranger, et par une distinction de manières, une sûreté et une élégance de langage qu'on ne rencontre que dans la meilleure société des villes.

Voilà plus de vingt ans que le père Piché habite sa pointe et qu'il y fait avec les Indiens le commerce de fourrures, en opposition à la compagnie de la baie d'Hudson, qui avait autrefois le privilège exclusif de la traite. Son magasin, rempli d'effets, de vêtements et de provisions, qu'il troque contre des peaux, est une espèce de hutte noire, à moitié ensevelie, dont on ne voit guère que le toit hors de terre, et, dans le pignon, une porte solidement cadenassée.

C'est dans ce ** réduit obscur et ténébreux," que le père Piché a gagné laborieusement une honnête fortune, qui lui a permis de s'entourer de tout le luxe que comporte un séjour loin des hommes et des

commodités les plus délicates de la vie. Ces commodités, il a réussi, cependant, à s'en assurer un assez bon nombre, par la cultuie de la terre et aussi grâce aux talents domestiques de sa femme et de ses filles. A ces dernières est dévolu le soin du jardin spacieux qui s'étend en arrière de la maison, et qui renferme •uiie variété surprenante de légumes, de fruits, de plantes et de fleurs. Nous y avons vu, uu peu après la mi-juillet, des melons à la veille de mûrir, des citrouilles en abondance, plusieurs variétés de fèves, des oignons, des pruniers sauvages, des groseilliers d'une très belle venue, des cerisiers à grappes, des pommiers, des rosiers chargés de roses, des pavots, des pensées, des lis de Pensylvanie, et enfin, sans que nous voulions faire ici une énumération qui aurait l'air d'une nomenclature fastueuse, de vigoureux plants de maïs, des tomates, et jusqu'à des melons-citronelles, fruits qui mûrissent difficilement même sous des lattitudes plus favorables que celle du haut Outaouais.

Au delà du jardin, on peut voir un beau champ de pommes de terre, et tout près, broutant l'herbe des enclos, les seules bêtes à cjrnes qu'il y ait encore dans toute la partie supérieure du Témiscamingue. Quelle admirable terre à pâturages, pourtant, que cette région si bien arrosée, si bien découpée, et comme il faudra peu de temps aux colons qui com-

172 l'outaouais bupérieub

mencent seulement à pénétrer dans le canton Guignes, pour découvrir les sources de profits qu'ils pourront tirer de l'élevage des bestiaux et des industries variées cj ui en découlent !

Aujourd'hui, ce n'est pas seulement le bétail qui manque dans cette partie de la province, mais aussi les colons eux-mêmes, lesquels s'y jetteraient par centaines, si on leur donnait des chemins. A l'heure actuelle, à peine l'arpentage même du canton est-il complété. Il est difficile de comprendre avec quelle lenteur traditionnelle on procède là, comme ailleurs, à cette opération indispensable qui doit précéder les défrichements, opération sans laquelle ils sont impossibles, sans laquelle, du moins, les colons sont exposés à toutes sortes de déboires, de troubles dans leur possession, de conflits inattendus et décourageants.

Le gouvernement d'Ontario a fait arpenter, l'année dernièi'e, huit cantons à la fois dans le haut Témiscamingue, avant même qu'il y eût un seul défrichement effectué, mais uniquement dans la prévision que les défrichements ne tarderaient pas à suivre les arpentages. Pour nous, fidèles aux habitudes routi-

l'outaouais supÉiaEUK 173

nières et processives qui ont été de tout temps le caractère distinctif de nos opérations, nous laissons la colonisation ;sô faire au hasard ; et faute de mesures préliminaires qui, dans bien des cas, peuvent devenir des mesures préventives, nous laissons les difficultés se préparer tranquillement sous nos yeux et s'entasser jusqu'au jour où elles deviendront irrémédiables ou insolubles.

Faute de chemins, les quelques colons établis aujourd'hui dans l'intérieur du canton Guignes, sont obligés de payer de quatre à cinq dollars pour faire transporter à do3 d'homme un baril de farine Jusqu'à leurs lots respectifs. Comment veut-on que la colonisation progresse dans des conditions semblables ? Combien sont justes les reproches d'imprévoyance et d'inertie qu'on a adressés, de temps à autre, aux administrations antérieures à celle d'aujourd'hui !

Quelques milles plus bas que la pointe Piché, à peu près à la ligue d'intersection des cantons Guigues et Duhamel, le bateau arrête à un endroit connu sous le nom de " Mine d'argent de Wright."

Quoique cette dénomination date d'une époqiie toute récente, la mine était déjà connue depuis fort longtemps. Avant la Conquête, des géographes et des géomètres français avaient pénétré presque partout, jusqu'aux dernières limites du vaste territoire connu

sous le nom de •* Nouvelle-France." Ainsi, dès 1733, Normandin, arpenteur français, s'était lendu à deux cents milles au nord-ouest du lac Saint-Jean, plus loin qu'aucun arpenteur moderne ne l'a fait encore, et avait dressé de toute cette région la carte la plus fidèle et la plus détaillée que l'on possède. Bien avant lui, en 1688, Jean-Baptiste-Louis Franquelin, hydrographe du roi, avait exploré l'Ouiaouais supérieur; ii avait reconnu la même mine qui porte aujourd'hui le nom de Wright, et avait douné à l'endroit où elle se trouve celui d'Anse de la Mine. C'est ce que nous avons pu constater d'après un exemplaire unique, conservé à Québec, au ministère des TeiTes, d'une carte dressée par lui sous ce long titre :

" Carte de rAmérique Septeutdouale, dspuis le 25e jusqu'au 65e degré de latitude euvirou.

140 et 235 de longitude.

Conteuant les pays de Canada, Nouvelle Frauce, la Louisiane, la Floride, Virgiuie, Nouvelle Suède, Nouvelle York, Nouvelle Angleterre, Acadie, Isle de Terreueuve.

Le tout très fidèlement dressé, conforméuieut aux observations que l'auteur eu a faites lui-même, i»tudaul plus de seize aunées, par ordre des Gouverneurs et Intendants du Pays, pour le service du Koy, et pour leur instruction particulière ; et suivant les Mémoires ei Relations qu'il a eu soin de recueillir, exactement i»ar le même

l'ocjtaouais supérieur 175

ordre et peudant le même temps, de tous Ips Voyageurs les plus entendus, qu'il a consultez et confrontez avec une application toute particulière :

£n l'auiiée 1688, par

Jban-Baptisïe-Louis Franqublin,

Hydrographe du Roy,

A Québec en Canada. (1).

La " mine d'argent " est aujourd'hui la propriété de MM. Wright, Goodwin et Brophy, d'Ottawa. On Ta dit remarquablement riche; mais, jusqu'à présent, elle n'a été que faiblement entamée, malgré différentes tentatives faites de temps à autre pour l'exploiter dans des conditions lucratives. Nous croyons que les circonstances n'ont pas encore été assez favorables, et que les propiiétaires attendent, pour ouvrir à fond le précieux gîte, que la population soit plus nombreuse dans le canton et que lès communications deviennent plus faciles.

En face de l'anse de la Mine, de l'autre côté du lac, dans la province d'Ontario, s'étend une des plus admirables régions agricoles du Canada. Généralement, du côté de la province de Québec, le littoral du lac, sur une profondeur variant de deux à

(1) Nous ferons remarquer ici que Franqueliu emploie Tortliographe originale *• ou " dans tous les mots où l'usage moderne, lire de l'anglais, à presque généralement substitué le double v. Ainsi il écrit ** Outaoua," et non pas Ottawa, ^/atoowawaulieudeMatawan, et ainsi de suite.

176 l'outaouais supÉmEUK

trois milles, est brisé et montagneux ; les coteaux et les vallées ne commencent qu'au delà de cette barrière , qui a donné si longtemps au pays toutes les apparences de la stérilité. Mais, du côté d'Ontario, le sol est cultivable à partir de la rive. C'est là, croiton, que devra aboutir la ligne du chemin de fer de North-Biiy au Téiuiscamingue. La moitié supérieure de la rivière de Montréal arrose la contrée d'alentour et a servi seule jusqu'ici de chemin aux " bourgeois de chantiers," et à leurs " engagés," chemin lent et pénible ; mais grâce au nouveau chemin de fer, on sera transporté en quelques heures sur le bord du lac, en face de la portion du pays qui sera peut-êtie la plus importante dans un avenir prochain.

Cette section du'lac gèle de bonne heure, en sorte que les colons de Guignes et de Duhamel pourront se rendre aisément, l'hiver, au chemin de fer de North- Bay, en attendant qu'ils aient le leur, à travers le comté de Pontiac; tandis qu'à Opémikan, huit milles en aval du Long-Sault, où l'on parle également de faire aboutir la ligne nouvelle, le lac est plein de courants ; la rivière Kippewa, débouchant violemment dans les environs, empêche la glace de s'y former assez tôt et assez solidement, et les colons, de ce côté, courraient grand risque, la plupart du temps, de ne pouvoir se rendre au chemin de fer, ce qui aurait sans doute

pour effet de détourner la colonisation trop largement au profit de la province d'Ontario.

Voici maintenant Tîle Brûlée, qui renferme en abondance de la pierre à chaux. Les Indiens, employés au travail de l'extraction par le Père Fafard, écoçome de la Mission des Oblats, la détachent avec le pic et la cuisent sur place. La chaux est ensuite vendue aux colons et transportée sur le bateau à vapeur, la Minerve.

En ligne avec l'île Brûlée se présentent, un peu plus bas, la Grande-Ile, puis l'île des Sœurs, et enfin la pointe au Vin, qui forme l'extrémité occidentale de la baie des Pères, centre de tout le pays de Témiscumingue, future ville et poste assez important pour avoir déjà conquis une véritable célébrité.

Page 1